Permis de conduire pour tous !

rené le honzec permis pour tous

La seule vraie réforme du permis de conduire serait de briser le monopole des auto-écoles.

La seule vraie réforme du permis de conduire serait de briser le monopole des auto-écoles et de permettre à tout moniteur de délivrer lui-même l’intégralité de la formation. Le service s’améliorerait tandis que les prix baisseraient mécaniquement.

Par Delphine Granier.
Un article de GenerationLibre.

Voiture sans permis Licence Creative Commons, Crédits : Luc

1,5 million de personnes passent le permis de conduire chaque année, tandis que 4 millions attendent toujours une place d’examen1, et que le nombre de conducteurs sans permis est, selon les évaluations, compris entre 800 000 et 2,5 millions2. Le problème du permis de conduire est bien, au-delà de l’anecdote, une véritable question de société, qui handicape de nombreux jeunes (et moins jeunes) dans leur recherche d’emploi, faute de pouvoir indiquer « permis B » sur leur CV. C’est d’ailleurs ce qu’a récemment déclaré le Ministre de l’économie, Emmanuel Macron, à propos des employées de l’abattoir Gad : « Aller travailler à 50 ou 60 km ? Ces gens-là n’ont pas de permis de conduire, on va leur dire quoi ? Il faut payer 1 500 euros et attendre un an ? »3.

Le système actuel repose sur le monopole des auto-écoles qui rend la clientèle captive. La seule vraie réforme serait de permettre à tout moniteur assermenté de délivrer lui-même l’intégralité de la formation, hors du cadre de l’auto-école. Par le libre jeu de la concurrence et l’élimination des intermédiaires, le service s’améliorerait tandis que les prix baisseraient mécaniquement.

Le New York Times a récemment publié un article de Une sur l’absurdité du système français d’apprentissage de la conduite, reflet d’une société emmurée par ses réglementations4. Il est temps de s’attaquer à nos archaïsmes.

Une situation anormalement complexe et bloquée

  • Un coût exorbitant : passer son permis revient en moyenne à 1 600 euros5 (avec un écart net entre Paris et certaines villes de province). Pour la majorité, le passage du permis s’avère in fine plus coûteux que prévu en raison des heures supplémentaires liées au délai d’obtention de date d’examen. L’heure de conduite coûte entre 35 et 60 euros environ en France6 quand elle revient en moyenne à 24 livres au Royaume-Uni, soit 30 euros.
  • Des délais anormaux : obtenir une place d’examen requiert 95 jours d’attente en moyenne. Plus de la moitié des candidats recalés doivent attendre 3 mois ou plus afin de repasser l’examen7. L’attente moyenne entre la première et la seconde présentation à l’examen pratique est de 108 jours dans le Rhône, 120 jours en Seine-Saint-Denis et 124 jours dans les Hauts-de-Seine8. Bien que les candidats disposent de la possibilité de passer le permis en candidat libre, les délais sont nettement plus longs.
  • Une formation imparfaite : le taux d’échec à l’examen du permis, de 41%, est supérieur à la moyenne européenne.
  • Un système bureaucratique : les places d’examen sont attribuées aux auto-écoles par la préfecture selon une méthode de « quotas » absconse : le calcul du nombre de places d’examen est basé sur une moyenne annuelle de premières présentations de l’année passée, auquel est ajouté un coefficient multiplicateur de 1,66.

L’échec des tentatives de réforme

Les tentatives de réforme du permis de conduire sont nombreuses, preuve que le problème est largement reconnu. Plusieurs dispositifs ont tenté de s’attaquer au coût du permis de conduire : en 2005, apparaît le permis à 1€ par jour (le coût total de la formation ne change pas mais des établissements prêteurs avancent les frais et l’État paie les intérêts) ; en 2007, la « bourse au permis » (les jeunes ne disposant pas de ressources suffisantes bénéficient de financements des municipalités en réalisant en échange des activités d’intérêt collectif) ; en 2011, Jeannette Bougrab propose d’inciter les établissements pré-universitaires et universitaires à conclure des partenariats avec les auto-écoles et la sécurité routière pour réaliser des économies d’échelle… Aucune de ces mesures n’a pourtant été décisive. Le rapport récent de Florence Gilbert, remis par la Commission du permis de conduire à Bernard Cazeneuve en avril 2014, s’attaque de nouveau au problème et préconise d’augmenter le nombre d’inspecteurs et d’introduire plus de flexibilité dans la formation pratique. Il n’apporte néanmoins aucune nouveauté pour répondre aux deux problèmes principaux que sont les délais d’attente et les coûts excessifs. Méfiants à l’égard des « opérations escargots » dont les auto-écoles sont familières, les pouvoirs publics font le dos rond et n’osent pas aborder le seul vrai sujet : la libéralisation.

L’agrément, principale barrière à l’ouverture à la concurrence

rené le honzec permis pour tousL’ouverture d’une auto-école est soumise à l’obtention d’un agrément : « L’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur ne peut être organisé que dans le cadre d’un établissement dont l’exploitation est subordonnée à un agrément délivré par l’autorité administrative, après avis d’une commission » (article L213-1 du Code de la route).

Considérant l’essor du numérique et d’internet dans le mode de fonctionnement de notre société actuelle, les conditions requises afin d’obtenir l’agrément manquent de pertinence. L’arrêté préfectoral du 8 janvier 2001 impose, entre autres, aux auto-écoles : de « disposer de moyens matériels nécessaires à la formation » afin que les élèves s’entraînent au code ; de « disposer d’une superficie totale minimale (accueil et enseignement) fixée à 25 mètres carrés » et de « comprendre au minimum une salle affectée à l’inscription des élèves et une autre à l’enseignement » afin de « procéder aux inscriptions individuelles des élèves uniquement dans ce local, à l’exclusion de tout autre lieu »9. Ces obligations matérielles posées par l’agrément engendrent naturellement une augmentation, superflue, des coûts fixes au détriment des candidats.

L’agrément porte préjudice à la libre concurrence et la liberté de choix du consommateur. Les conditions qu’il requiert restreignent drastiquement la possibilité de voir des auto-écoles concurrentes, basées sur un modèle en ligne, émerger. En témoigne le parcours de la start-up Ornikar, première auto-école en ligne, dont le combat pour obtenir l’agrément dure toujours (et qui, avant même d’être opérationnelle, a dû affronter de nombreux procès intentés par les syndicats d’auto-école).

Ornikar a en effet inventé un nouveau modèle visant à rendre plus accessible la formation du permis de conduire en proposant : des moniteurs agréés disponibles partout en France pour un apprentissage mobile, un entraînement au code de la route en ligne, et des tarifs réduits. Première auto-école dématérialisée, Ornikar permet à chacun de passer son permis simplement, sans changer d’auto-école en cas de déménagement, de composer sa formation sur mesure, et de suivre une formation à des tarifs raisonnables10. Plutôt que d’avoir sa propre flotte, avec locaux et voitures à son nom, elle met en relation moniteurs et clients. Inacceptable pour les corporations d’auto-écoles traditionnelles, protégées par l’État…

Notre proposition de réforme : l’abolition du monopole des auto-écoles

Afin de répondre aux exigences du consommateur en termes de service, et de permettre l’émergence d’entrepreneurs innovants et concurrentiels, nous préconisons :

  • L’abolition de l’article L213-1 du Code de la route portant définition de l’agrément à l’origine du monopole des auto-écoles. Une telle réforme favoriserait l‘apparition de nouvelles auto-écoles en ligne permettant une baisse des coûts et une nette amélioration des délais. Elle permettrait surtout l’émergence de moniteurs indépendants. Tout moniteur détenteur du BEPECASER (Brevet pour l’Exercice de la profession d’enseignant de la Conduite Automobile et de la Sécurité Routière), et équipé d’un véhicule à doubles pédales dûment assuré, pourrait prendre en charge l’ensemble de la formation, construisant ainsi une relation personnelle avec ses clients, et adaptant ses tarifs à cette pratique plus légère et plus concurrentielle.
  • Dans son rapport sur les professions réglementées, l’Inspection des Finances propose bien de revoir le cadre juridique pour les moniteurs indépendants mais laisse inchangée « l’exigence d’offre intégrée, via les écoles de conduite, de l’apprentissage du code et du perfectionnement pratique à la conduite ». Or, pour que les moniteurs indépendants puissent véritablement s’imposer face aux auto-écoles traditionnelles, il faut leur permettre de proposer une formation complète, et de ne pas priver leurs clients de places d’examen. À cette fin, il suffit d’ouvrir l’inscription aux examens (théoriques et pratiques) sur un site public, à l’image de ce qui se pratique au Royaume-Uni. L’apprentissage à domicile, en ligne, offrira une formation plus flexible à tous les candidats. L’inscription individuelle mettra fin au système de quotas obscurs et aux difficultés de gestion rencontrées par les Préfectures (notamment dans le cas des candidats libres). Enfin, tous les candidats seront véritablement égaux devant l’attribution des places.
  • S’agissant de la question (distincte) des examens de conduite, engorgés et dysfonctionnels, on pourrait imaginer la privatisation de ce service via une délégation de service public, sans affecter les exigences de qualité et d’impartialité.

Déjà en vigueur dans de nombreux pays à l’étranger – USA, Belgique, Royaume-Uni entre autres – un nouveau modèle d’apprentissage « low cost » se heurte en France à la résistance de la profession. L’émergence d’entrepreneurs utilisant de manière disruptive les nouvelles technologies doit conduire les pouvoirs publics à s’emparer du problème, au profit des candidats et des moniteurs.


Sur le web.

  1. Étude menée par l’UNIC
  2. Cf Airy Routier, La France sans permis, Albin Michel, 2007
  3. Europe 1, 19/09/2014
  4. « A driving school in France hits a wall of regulations », 23/08/2014
  5. Dossier de presse sur la réforme du permis de conduire 2014, Ministère de l’Intérieur
  6. Enquête « Tarifs et pratiques des auto-écoles », association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), août 2013
  7. Ibid
  8. Rapport de l’IGF, « Professions réglementées : une réforme dans la transparence », mars 2013
  9. Arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière
  10. Un arrêté du 19 Juin 1987 interdit à Ornikar d’afficher les tarifs qu’elle pratique pour l’enseignement de la conduite tant qu’elle n’aura pas reçu l’agrément.