La 18ème marche Existrans pour les droits des personnes trans et intersexes

Samedi 18 octobre avait lieu la 18ème édition de la marche annuelle pour les droits des personnes trans et intersexes.

Par J. Sedra

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Ce samedi 18 octobre avait lieu la 18ème édition de la marche annuelle pour les droits des personnes trans et intersexes, à l’appel du collectif Existrans. Au départ de la place de la bataille Stalingrad à 14h le cortège d’environ 4000 personnes a progressé jusqu’à l’hôtel de ville de Paris au son des « Contre la transphobie, résistance ! » et « Trans : une loi, des droits, qui respectent nos choix ! », distribuant tracts et plaquettes des différentes associations rassemblées, avant de s’y arrêter à 17h pour « occuper l’espace public » et faire connaître l’ensemble de ses revendications.

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Juste avant d’arriver à l’Hôtel de Ville le cortège réalise un « die-in » symbolique.

 

Une moitié environ de la foule était constituée d’associations d’homosexuel(le)s (comme Act’up, SOS homophobie ou Inter-LGBT), auxquelles s’ajoutaient une délégation d’Amnesty International venue dénoncer les persécutions des personnes trans à l’étranger, un groupe du Parti de Gauche venu par « solidarité avec les minorités opprimées », et des travailleurs du sexe (le collectif s’oppose au projet de loi sur la prostitution initié par Najat Valaud-Belkacem). Les trans complétaient le reste de la troupe, une seule personne représentant officiellement et directement les personnes intersexes au nom de l’Organisation Internationale Intersexe francophone.

En chemin ce cortège quelque peu hétéroclite a croisé un groupe de manifestants portant badges du Conseil Musulman de France, se rendant à un événement de soutien au développement du Sénégal, non loin. Échanges de regards polis.

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Une loi pour combler un ‘vide juridique’ et simplifier les démarches

La situation juridique des personnes amenées à devoir modifier leur état civil pour entériner leur changement de genre, à l’heure actuelle, implique de lancer une procédure judiciaire, peu prévisible et pouvant s’éterniser pendant des années sans garantie de succès. La jurisprudence française a longtemps exclu toute possibilité de changement officiel de sexe, jusqu’à la condamnation de la France en 1992 par la Cour européenne des droits de l’homme. À partir de là, les requérants devaient justifier auprès des autorités judiciaires d’une opération chirurgicale de réassignation sexuelle, irréversible et impliquant une stérilisation par ablation génitale, jusqu’en février 2013 : la Cour de cassation admet alors qu’un changement irréversible de la seule apparence générale de la personne est suffisant. Un pas en avant pour un pas en arrière : l’arrêt s’accompagne d’une réaffirmation de l’exigence d’expertises médicales, alors même que cette exigence avait été initialement dénoncée par la Cour européenne.

Des progrès en dents de scie, bien trop lents et frustrants pour le collectif Existrans, qui conduit chaque année depuis 1996 cette marche pour réclamer un cadre légal établissant clairement les conditions de changement d’état civil, ainsi qu’une procédure administrative accessible via les services des mairies (comme cela se fait au Danemark ou en Argentine), pour ne plus avoir à saisir un juge systématiquement ni engager des milliers d’euros de frais.

Et de fait, maintenant que le service militaire obligatoire est aboli, et que n’importe quel couple, hétérosexuel ou pas, peut se marier, on peut légitimement se demander en quoi le genre d’un individu devrait garder la moindre importance pour l’État.

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Intersexe, avec un ‘i’ comme ‘invisible’

Pour les personnes intersexes, en revanche, il n’y a aucune jurisprudence sur laquelle s’appuyer. Juges, fonctionnaires de l’état civil et requérants font face à un flou total, la loi ne reconnaissant ni l’existence de sexe variable, plus ou moins « intermédiaire » ou absent, ni la possibilité d’un genre autre ou ambigu. Un manque souligné par l’évolution des autres pays de l’Union Européenne : ainsi outre-Rhin il est possible d’être reconnu à la naissance comme relevant d’un troisième genre, ni féminin ni masculin, depuis le 1er novembre 2013. Mais même cette avancée ne suffit pas à couvrir la complexité de la réalité : seule une partie de la cinquantaine (environ) de conditions d’intersexualité connues, dont beaucoup restent très sous-diagnostiquées même aujourd’hui, sont visibles à la naissance, les autres n’étant décelables qu’à la puberté ou à l’âge adulte.

Dans les cas décelés à la naissance, en dehors de rares complications mettant en péril leur santé, les nouveau-nés sont souvent opérés pour « normalisation génitale » dans un pur souci de confort social et cosmétique pour les parents (souvent très mal informés des conséquences par les médecins). Au prix, pour les victimes de telles réassignations sexuelles forcées, d’une perte de fonction sexuelle voire reproductrice, et d’effets secondaires néfastes (risques infectieux accrus, cicatrices importantes), quand ils ne se voient pas carrément assignés un genre qui ne leur correspond pas.

Pour toutes ces raisons, Existrans réclame comme l’OII l’arrêt de ces opérations de normalisation, afin de laisser les enfants se développer le plus naturellement possible et décider par eux-mêmes, une fois en âge de choisir, s’il y a lieu d’intervenir.

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Sur place, l’âge va aisément de 13 à plus de 60 ans.

 

Récupération politique et espoirs déçus

En marge de ces exigences de respect des personnes, de leur choix de carrière, de leur identité et de leur intégrité physique, le collectif Existrans est aussi évidemment porteur de sa propre forme de clientélisme politique, lobbying oblige. Par exemple on trouve dans le manifeste de l’édition 2014 des demandes de reconnaissances spécifiques aux personnes trans : un accès prioritaire à la régularisation des migrants illégaux ou à l’asile politique de réfugiés trans, ainsi qu’aux ressources médicales requises (traitement et suivi psychologique), des formations particulières à la transidentité pour les équipes d’hôpitaux publics, des prisons, des cours de justice ou de l’administration publique, ainsi que des programmes de recherche (publique) sur la santé trans relative à leurs traitements spécifiques ou aux maladies auxquelles ils sont plus exposés (SIDA, hépatites…). Un lobbying apparemment inefficace : comme on peut le lire sur le site du collectif, ces réclamations sont systématiquement ignorées par le monde politique, et cela fait au moins 18 ans que ça dure…

Sous traitement mais pas malades, uniques mais comme tout le monde

Leur positionnement politique à gauche sert principalement le PS sans jamais rien leur rapporter en échange, tandis qu’avec la démonisation du mot « genre » à travers les mouvements de ‘Manif pour tous’ ils estiment avec une belle unanimité (et certainement à raison) n’avoir rien à attendre de la droite. Transsexuels et intersexes pourraient-ils se sortir de leur rôle de clientèle captive de la gauche française en s’intéressant sincèrement au libéralisme ?

Les revendications d’ordre juridique du collectif Existrans ont beaucoup de sens et peuvent tout à fait s’accorder à un public libéral, car la recherche de l’égalité en droit, de l’auto-détermination et de l’émancipation des individus sont des thèmes qui nous rapprochent et nous concernent tous.

Reste le positionnement social des transsexuels, qui est, sans mauvais jeu de mot, un tantinet ambigu : d’un côté ils réclament une dé-pathologisation et une dé-psychiatrisation de leur condition, mais de l’autre ils réclament d’être considérés et traités spécifiquement, y compris sur le plan médical. Être assimilés à des personnes normales, mais spéciales, tout à la fois. Ne plus dépendre des médecins et des psychiatres, mais être accompagnés au mieux par les professionnels de la santé. Une confusion dont ils ont conscience, mais qui est inévitable faute de pouvoir d’un coup de baguette magique changer la réalité et réduire l’importance du genre dans les rapports humains.