La chute du pétrole est-elle terminée ?

Depuis le mois d’août dernier, le prix du pétrole a chuté de 104$ à 82, perdant plus de 21%.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

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Depuis le mois d’août dernier, le prix du pétrole a chuté de 104$ à 82, perdant plus de 21% ! La raison fondamentale de cette chute est structurelle. Les États-Unis deviennent autosuffisants grâce au pétrole de schiste. Une situation que nous vous avions annoncée il y a maintenant deux ans, même si certains idéologues adeptes de la religion du peak oil vous prédisaient mille maux autour de cette technologie et en particulier qu’elle ne changerait rien dans les équilibres énergétiques mondiaux.

Les conséquences de la baisse du pétrole sont majoritairement positives

Le prix de l’énergie baissant, les coûts de production en Europe vont baisser. Le coût de production baissant, soit les entreprises françaises reconstituent un petit peu de marge leur permettant d’investir, soit les prix de ventes vont baisser, leur permettant de gagner quelques parts de marché, même si, au regard du périmètre de marché de nos entreprises (extrêmement franco et euro centrées) leurs gains de parts de marché seront limités puisque les autres entreprises européennes bénéficieront aussi de cette baisse du coût de l’énergie. On peut même imaginer que l’Allemagne, qui exporte plus que nous en dehors de la zone euro, en bénéficiera plus.

L’euro, comme nous l’avons évoqué précédemment, chutant face au dollar et le pétrole restant encore coté dans cette dernière unité de compte, le coût de l’énergie se renchérissait mécaniquement. La baisse du cours permet de contrer cette hausse mécanique, là encore pour le plus grand profit des entreprises… de production (nous ne répéterons jamais assez que la France, depuis Mitterrand, s’est fourvoyée dans la désindustrialisation…).

En théorie, la chute des cours devrait bénéficier au consommateur. Le prix des carburants devrait baisser, permettant ainsi aux budgets malmenés des ménages français de retrouver un tantinet de souplesse. Malheureusement, l’ogre fiscal risque de manger cette marge retrouvée. En effet, qui dit baisse des cours dit baisse des revenus relatifs liés aux carburants. Or, le gouvernement ayant déjà largement triché sur l’établissement de son budget ne peut pas se permettre de voir une de ses vaches à lait fiscales rendre moins que prévu. Ainsi donc, il y a fort à parier que, sous prétexte d’écologie, de bons sentiments et avec moult démonstrations « citoyennes et responsables », on voit le monstre de Bercy augmenter les taxes sur les carburants, maintenant ainsi les carburants à leur prix maximum et assurant éventuellement au passage un petit surcroît de recettes fiscales…

Un point négatif à la baisse du pétrole

Il est nécessaire d’envisager une vraie politique énergétique dans ce pays (dans d’autres aussi, mais sincèrement, il m’arrive parfois de penser que les autres, je m’en fiche, tant je vois la France partir à la dérive…). Cette politique énergétique passe par la dissociation entre les besoins domestiques, les besoins agricoles et les besoins urbains et industriels.

Sur le plan domestique, l’incitation à la production décentralisée, voire autonomisée, d’énergie électrique est capitale. Si le coût des carburants fossiles baisse trop, la rentabilité d’investissements domestiques ne sera plus établie et nous connaîtrons à nouveau la situation des années 70 où nous avons raté l’opportunité qui se présentait à nous.

Sur le plan industriel, les ayatollahs de l’anti nucléaire entraînent notre planète vers une pollution aérienne au soufre et une surconsommation d’énergies fossiles, condamnant à terme la réindustrialisation de notre pays. En effet, il est impossible d’envisager la réindustrialisation de la France sans prendre en compte le surcroît d’énergie nécessaire. Si vous ne disposez pas de la capacité de production des centrales nucléaires, vous serez amenés à multiplier les centrales à énergies fossiles. Or, les normes internationales et la responsabilité mondiale en matière de pollution ne le permettront pas. Ne pas construire de centrales nucléaires aujourd’hui revient à condamner notre pays au sous développement économique pour plusieurs générations. La baisse du prix des énergies fossiles va accentuer le ralentissement du développement énergétique de la France car il va rendre le nucléaire moins compétitif et donner ainsi des arguments supplémentaires aux passéistes.

Où va le prix du pétrole ?

Comme toujours en matière de prospective, rien n’est sûr. Je serais néanmoins tenté de répondre… nulle part ! En effet, plusieurs phénomènes conjugués laissent à penser que le pétrole ne descendra pas en dessous de 80$.

  • 80$ représente le seuil en deçà duquel le pétrole de schiste n’est plus rentable. Les États-Unis n’y ont pas intérêt.
  • 80$ est déjà en dessous du seuil a minima des business plans des compagnies pétrolières (88$ pour Total).
  • 80$ est le seuil en deçà duquel les économies des pays arabes ne s’équilibrent plus. On imagine mal l’Arabie Saoudite entrer en restriction (il ne manquerait plus que cela au regard de ce qu’elle représente pour les économies américaine et européenne…).

Trop de facteurs, donc, pour que nous risquions de voir le pétrole s’installer en dessous de ce seuil. Maintenant, il arrive quelquefois que des phénomènes « anormaux » s’installent (comme le cours surévalué des actions pendant plusieurs années…), mais, comme le savent les lecteurs, les équilibres naturels reprennent toujours le dessus…


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