Les entreprises sont-elles réellement créatrices d’emplois ?

entreprise cadres manager CC pixabay

Contrairement à une idée fort répandue, ce n’est pas la demande qui génère la richesse, mais le capitalisme.

Par Le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.

entreprise cadres manager CC pixabayNormalement, j’évite de lire la propagande communiste constamment publiée sur Les7duQuébec.com. Malheureusement, cet article a piqué ma curiosité de par l’absurdité de son titre et j’ai voulu vérifier si c’était une blague…!

Donc, selon la nouvelle génération d’extrême-gauche, ce ne sont pas les entreprises qui créent des emplois. En fait, les emplois découlent naturellement de la demande et les entreprises ne font qu’embaucher pour y subvenir. Dans les mots de l’auteur : « Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes, dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors – c’est-à-dire du bon vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises. (…) Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. »

Ainsi, selon nos spécialistes de l’économie gauchiste, les gens demandent des produits, ce qui incite les « preneurs d’otages » que sont les entreprises à embaucher des gens pour fabriquer ces produits. Pas besoin de capitalisme pour vivre dans l’abondance, c’est aussi simple que cela ! Évidemment, la réalité est tout autre…

Pour faire mon travail, j’ai besoin d’un ordinateur et, surtout, de logiciels très spécialisés et fort coûteux. J’ai aussi besoin d’un bureau, d’un téléphone et de plusieurs autres accessoires. Tout cela a un coût très élevé. Qui a payé pour cela ? C’est l’entreprise pour laquelle je travaille, qui a utilisé du capital épargné pour investir. Et si la demande pour nos services augmentait soudainement – ce que je souhaite – ne pourrions-nous pas embaucher un nouvel employé immédiatement, du jour au lendemain ? Non ! Il faudrait d’abord investir du capital pour qu’il dispose lui aussi d’un poste de travail fonctionnel. Donc, pas d’emploi sans investissement de capital.

De plus, si je décidais de quitter la firme et de me lancer à mon compte, il faudrait que j’investisse moi-même mon épargne pour reconstituer ce capital productif sophistiqué qui me permet de produire un service de qualité à haute valeur ajoutée. Sans les ordinateurs performants et les logiciels spécialisés, impossible d’être aussi productif et donc impossible de justifier des salaires élevés. Ce pourquoi l’accumulation de capital permet de faire progresser le niveau de vie des travailleurs en plus de leur procurer des emplois.

Et ces biens de productions, ordinateurs et logiciels, ont dû eux-mêmes être produits par d’autres entreprises qui ont elles-mêmes investi dans leur capital productif de manière à pouvoir les concevoir, développer, produire et vendre. Ces entreprises avaient-elles anticipé une demande pour ces actifs ? Possiblement, mais cela est loin d’être certain. La décision d’investir dans la conception d’un nouveau logiciel n’est pratiquement jamais prise dans un contexte où il est certain que ce logiciel sera adopté par les entreprises susceptibles de l’utiliser. Il y a donc un risque. Et il se peut aussi fort bien que le nouveau logiciel développé par l’entreprise A permette à l’entreprise B de mettre en marché un nouveau service innovateur qui sera ensuite demandé par l’entreprise C. Dans ce cas, l’entreprise C et ses consommateurs n’ont pas été à l’origine de ce nouveau service. C’est l’investissement en R&D de l’entreprise A qui a permis à ce nouveau service d’émerger et d’améliorer notre niveau de vie (et de créer des emplois).

Dans le même ordre d’idées, les nouveaux produits qui faciliteront grandement notre vie dans le futur ne sont présentement pas « en demande » par les consommateurs, puisqu’ils n’existent pas. Prenons l’exemple de la voiture sans conducteur, qui a le potentiel de révolutionner le monde et de sauver un grand nombre de vies. Cette invention a déjà créé de nombreux emplois, sans qu’il y ait de demande. Ces emplois ne résultent que des investissements en capital d’une entreprise visionnaire comme Google. C’est le capitalisme qui génère cette richesse, pas la demande.

Considérez maintenant le passage suivant : « On dira cependant que les entreprises se différencient, que certaines réduisent mieux leurs prix que d’autres, innovent davantage, etc. Ce qui est vrai. Mais qui n’a d’effet, in fine, que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale… laquelle demeure irrémédiablement bornée par le revenu disponible macroéconomique. »

Encore une fois, on constate la fameuse vision keynésienne voulant qu’il existe une « Demande » avec un grand « D » et la vision socialiste voulant que l’économie ne soit qu’une tarte, dont la taille est invariable, et que le capitalisme ne consiste qu’à diviser cette tarte. En fait, la taille de la tarte peut augmenter ou diminuer, selon le cas où le capital productif s’accumule ou se détruit. Ainsi, en investissant du capital, les entreprises font grossir la tarte des revenus et font augmenter notre niveau de vie.

Ceci dit, on peut observer l’évolution des choses dans les pays soviétiques, où l’entrepreneuriat et le capitalisme avaient été anéantis. De la demande, il y en avait tout plein, mais il n’y avait pas d’offre pour y subvenir, parce que sans capital, pas de production. Et le peu de capital disponible était de piètre qualité, technologiquement arriéré, ce qui faisait en sorte que la valeur ajoutée produite par le travail était faible. Le résultat fut un niveau de vie médiocre et une existence pénible parsemée de pénuries et de famines. On voit que tous les pays qui tendent présentement vers le socialisme, du Venezuela à Cuba en passant par l’Argentine, sont en implosion, alors que les pays qui s’en éloignent et se rapproche du capitalisme, comme la Pologne (lire cet article), voient leur niveau de vie s’améliorer.

Évidemment, ce ne sont pas que les entreprises qui créent des emplois. Certaines personnes travaillent de manière autonome. Mais la vaste majorité des emplois est effectivement créée par des entreprises et résulte d’investissements en capital productif. On pourrait donc dire que si ce ne sont pas les entreprises qui créent les emplois, ce sont plutôt les capitaux qu’elles génèrent et/ou qui leur sont injectés par leurs bailleurs de fonds (actionnaires et prêteurs). Ceci dit, les entrepreneurs sont responsables de l’allocation de ce capital et de l’orchestration des investissements, desquels dépendent la survie et la prospérité de l’entreprise ainsi que de l’économie dans son entièreté.

On peut aussi réaliser la mauvaise compréhension de l’économie des socialistes lorsqu’il est question de productivité (ici). Quand on parle de réduire le déficit de productivité de l’économie québécoise, pour eux cela signifie diminuer les salaires des travailleurs et les forcer à travailler plus fort et plus longtemps : « Nous avons déjà répondu à Monsieur Parizeau à propos des hausses de productivité qui impliquent de décharger le fardeau de la crise sur le dos des salariés, d’accentuer le chômage et de réduire le salaire horaire des travailleurs. »

Encore cette vision de l’économie comme étant une « tarte » dont la taille est fixe. En fait, comme je l’expliquais dans cet article, ce qu’il faut au Québec pour améliorer la productivité des travailleurs est de l’investissement en équipement, machinerie et technologie, qui permettra d’augmenter la valeur ajoutée par travailleur et ainsi justifier des salaires plus élevés – donc l’inverse de ce que la gauche craint !

Pour chaque heure de travail, le travailleur moyen Québécois produit pour presque $18 de moins de valeur de biens et services que le travailleur moyen américain, soit presque 25% de moins. Cela signifie que les Québécois occupent des emplois à plus faible niveau de compétence et/ou à plus faible valeur ajoutée et/ou disposent d’équipements moins performants. Et vous l’aurez deviné, pour combler cet écart, il faudra davantage d’investissement, et donc du capital.

Qu’arrivera-t-il selon vous si, comme le veut Thomas Piketty, les pays développés se mettent à dilapider le capital productif en le taxant à 80% ?


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