La politique monétaire expansionniste, fausse bonne idée

euro-création monétaire CC Pixabay geralt

Nombreux sont ceux qui voient dans la création monétaire une sortie de crise. À tort.

Par Marius-Joseph Marchetti

euro-création monétaire CC Pixabay geralt

Au vu des excellentes nouvelles dont nous pouvons être témoins en ce moment, tel que le fait que nous ayons désormais passé le palier de 2000 milliards d’euros de dettes, nombreux sont ceux qui sous-entendent l’idée de mettre en action la planche à billets ou les quantitative easing (injection de liquidité) pour rembourser la dette, relancer l’économie, ou « créer de la richesse ». Une allégation que j’entends le plus souvent, et que j’ai entendu le week-end dernier, est celle qui consiste à dire et surtout à croire que la création monétaire peut créer de la richesse. Il n’y a rien de plus faux que cette affirmation défiant toutes les lois de l’économie. Ainsi on m’a rétorqué il y a peu : « Oui on aura des prix élevés mais aussi des salaires plus élevés, du coup tout le monde consommera plus. » Oui les salaires et les prix seront plus élevés, mais ce seront les salaires et les prix nominaux (ne prenant pas en compte l’inflation) mais pas les prix réels (c’est-à-dire prenant en compte l’inflation). D’ailleurs au cours du processus, votre revenu réel aura peut-être même diminué, selon si vous êtes dans les premiers ou les derniers à détenir la nouvelle monnaie. Car s’il y a bien un effet qui est très souvent méconnu lorsqu’on parle de la monnaie, c’est que celle-ci a un effet redistributif.

La fuite en avant de la création monétaire

La nouvelle monnaie créée ne génère pas de hausse des prix tant que celle-ci n’est pas encore dépensée. C’est lorsque celle-ci est dépensée que la machine se met en route. Ainsi, les premiers détenteurs vont acheter des biens et augmenter la demande pour les biens qu’ils consomment. Ceux qui reçoivent la monnaie via l’échange vont à leur tour la dépenser et augmenter leur prix par la hausse de la demande. Ce mécanisme se poursuit jusqu’à que la nouvelle monnaie ait fait le tour des agents économiques. On peut clairement deviner que ce processus n’est pas neutre. Les premiers détenteurs de la nouvelle monnaie possèdent un pouvoir d’achat vu que les prix n’ont pas encore augmenté. Ainsi, au fur à mesure que la monnaie passe de main en main, les prix augmentent et votre revenu réel augmentera ou diminuera selon que vous aurez obtenu rapidement ou non la nouvelle monnaie.

Les propositions démagogiques de Marine Le Pen

Munis de ces éléments de compréhension, nous pouvons analyser la proposition de Marine Le Pen de revenir à une monnaie nationale avec sa banque centrale. L’analyse que nous avons faite précédemment nous aidera énormément à comprendre que dans ce cas-là, « l’inflation est une imposition sans législation ». Vous trouverez ici un billet humoristique sur le programme économique du Front National.

Ainsi si l’on se réfère à ce lien, Marine Le Pen nous prépare 75 milliards de nouvelles dépenses qui ne seraient compensées que par des recettes additionnelles s’élevant à 25 milliards d’euros, soit 50 milliards de déficit en plus par an. Et comment Marine compte-t-elle payer ces dépenses et amorcer la pompe de la dette ? En faisant tourner la planche à billets, c’est-à-dire en recourant à la création monétaire. N’est-ce pas merveilleux de pouvoir financer n’importe quelle dépense « gratuitement », juste en créant de la monnaie ? Mais il n’y a qu’un monde où cela fonctionnerait ainsi, celui des Bisounours. Il n’existe aucun repas gratuit1, et tout doit être financé. Sachant que la monnaie n’est pas neutre, et que l’État est le premier bénéficiaire de la nouvelle monnaie, il n’est pas compliqué de comprendre qui paiera réellement l’addition. C’est le contribuable, encore une fois, qui sera plumé, vu qu’il ne recevra la monnaie qu’après coup. « La Marxine guidant le peuple » ne le guide que dans une impasse où elle pourra tranquillement le dépouiller de manière encore plus criminelle que ses prédécesseurs. Le changement ne s’est pas fait avec Sarkozy, il ne se fait pas avec Hollande et, vu la manière dont Marine Le Pen propose de spolier les individus et de nourrir l’État, elle ne risque absolument pas d’incarner le changement. Au contraire, elle incarne la continuité jacobine et planificatrice.

L’illusion de la création monétaire

Il est vrai que l’inflation peut faire diminuer le chômage2 ou plus exactement l’écart entre la hausse des prix et la hausse des prix anticipée par les agents. C’est ce que proposait Keynes pour compenser le pouvoir des syndicats, pour, en somme, les tromper. Lord Keynes disait que les syndicats n’accepteraient pas de baisse de salaire nominal (c’est une des raisons de sa grande phobie de la déflation). Ainsi, il pensait que les syndicats ne seraient pas attentifs à une baisse des salaires réels tant que les salaires nominaux ne bougeraient pas. Ainsi, si les syndicats n’anticipent pas ou anticipent mal l’inflation, il y aura une diminution du taux de salaire réel qui le rapprochera du taux de salaire d’équilibre, ce qui fera baisser le chômage.

Certaines personnes se demandent cependant s’il ne vaudrait pas mieux que l’État se finance, entièrement ou partiellement, par la création monétaire. Si ce mode de financement pouvait fonctionner de manière permanente, il n’y aurait pas de raison de s’y opposer en tant que tel. Car en plus d’entrainer une perturbation des prix, la création monétaire ne peut pas durer indéfiniment car ce mécanisme a sa propre limite : l’hyper-inflation. Prenons l’exemple de l’Allemagne du début du XXème siècle : celle-ci a eu recours à la création monétaire dès 1914. Avec les conséquences que nous lui connaissons : l’effondrement de la valeur du mark.

« Le 1er août 1914, la valeur du dollar était de 4 marks et 20 pfennigs. Neuf ans et trois mois plus tard, en novembre 1923, le dollar était côté à 4 milliards 200 millions de marks. En d’autres termes,le mark ne valait plus rien, il n’avait absolument aucune valeur. » — Ludwig Von Mises, Politique Économique.

Cette création monétaire a continué ainsi jusqu’au moment où les gens ont cessé de croire que l’expansion monétaire s’arrêterait un jour, leurs anticipations ont alors changé. Ils ont compris qu’ils devraient dépenser leur argent, et ce le plus vite possible. Ainsi l’anticipation de prix plus élevé à très court terme a effectivement créé encore plus d’inflation, et a accéléré la chute de la monnaie officielle.

La baisse artificielle des taux d’intérêt

Nous avons également une autre espèce de « monétaro-expansionniste », qui critique de manière très importante la monnaie tout en ignorant royalement son rôle régulateur lorsque le marché n’est pas faussé et qui, en même temps, demande la mise en place d’injection de liquidité pour relancer l’économie (en argumentant que puisque les États-Unis mènent une politique monétaire expansionniste, il faudrait faire de même). Il ne peut y avoir de plus grande contradiction, contradiction clairement explicitée par l’ABCT (Austrian Business Cycles Theory = La Théorie autrichienne des cycles économiques). Comment l’injection de liquidité dans l’économie peut-elle stimuler ? Selon l’argumentation keynésienne, l’injection de liquidité dans l’économie entraine une diminution du taux d’intérêt, qui stimule les investissements qui font partie de la Demande Globale.

Y = c(Y-T)+b+I(r)+G+(X-M)

Y est le revenu national, c la propension marginale à consommer (c’est-à-dire que si vous gagnez un euro supplémentaire et que c=0,8, alors l’agent utilisera 80 centimes pour consommer et épargnera 20 centimes), T les impôts, b la consommation autonome (les agents sont obligés de consommer au moins cette somme, la consommation ne peut pas être nulle), I(r) le volume des investissements dépendant du taux d’intérêt r, G les dépenses publiques et X-M représentant le solde commercial.

Il suffirait dont de créer de la monnaie et de diminuer le taux d’intérêt pour augmenter le revenu global et faire diminuer le chômage.

Le dilemme n’est pas : que choisir, du chômage ou de l’inflation ? Cette fausse position du problème est soutenue en Angleterre, dans les pays industriels d’Europe et même aux États-Unis. Ce qui fait dire à certains : »Voyez : même les États-Unis font de l’inflation. Pourquoi ne devrions-nous pas faire de même ? »

À ceux qui parlent de la sorte, l’on doit répondre avant tout : « L’un des privilèges de quelqu’un qui est riche, c’est qu’il peut s’offrir le luxe de se comporter sottement beaucoup plus longtemps qu’un pauvre ». Et c’est là la situation des États-Unis. La politique financière des États-Unis est fort mauvaise et ne fait qu’empirer. »

— Ludwig Von Mises, Politique Économique

Faire diminuer le taux d’intérêt, qui n’est rien d’autre que le prix du temps (et qui détermine les préférences temporelles), correspond à rendre la consommation plus attractive que l’épargne, de sorte qu’il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande de fonds prêtables. Et vous l’aurez compris, l’État, via la Banque centrale, compense ce déséquilibre grâce à l’injection de liquidité et maintient donc le taux d’intérêt à un niveau artificiellement bas qu’il n’aurait jamais atteint s’il y avait confrontation entre demande d’épargne et offre d’épargne volontaire, et non factice. Il y a donc création d’une fausse épargne qui arrive sur le marché des fonds prêtables. Cela entraine un niveau de consommation et d’investissement intenable en temps normal.

Cela modifie les structures productives de l’économie. Nous pouvons notamment nous référer à ce que nous appelons le triangle hayékien, représentant les différents stades de production. Cette baisse du taux d’intérêt artificiel entraine une déformation du triangle, et celle-ci ne correspond à rien d’autre qu’à de mauvais investissements ayant lieu sur le marché. Ces investissements ont l’air justifiés pour deux raisons :

  • La consommation est désormais, elle aussi, plus élevée car les individus ont été désincités à épargner.
  • Le taux d’intérêt ayant été artificiellement baissé, les entrepreneurs sont plus incités à emprunter pour financer leurs activités.

Ainsi cette baisse artificielle du taux d’intérêt allonge les stades de production qui seront caractérisés par une plus forte concentration de capital (à l’inverse les stades se rapprochant le plus de la consommation sont les stades inférieurs).

Il n’est pas dur de comprendre que l’épargne ne peut se constituer qu’en sacrifiant d’abord une partie de sa consommation, pour pouvoir financer des biens d’équipement. L’épargne est donc une consommation différée. L’augmentation aplatit le triangle hayekien : la production se concentre moins sur les stades inférieurs (stades proches de la consommation) et plus sur les stades de production supérieurs grâce à l’augmentation de l’épargne volontaire. La baisse artificielle du taux d’intérêt donne la sensation que de nouveaux projets d’investissements sont rentables et cela aura pour conséquence d’allonger la structure de production (comme dans le cas d’une hausse de l’épargne volontaire). Cependant, financé sans épargne volontaire, le boom des investissements et de la consommation conduit à la méchante « exubérance des marchés » (je suis convaincu que vous commencez à percevoir l’hypocrisie dans l’opinion de certains).

Nous arrêterons l’explication ici, l’ABTC méritant bien plus de lignes que celles-ci pour expliquer ce phénomène. La description relativement courte développée ci-dessus avait avant tout pour but de montrer soit l’ignorance, soit l’hypocrisie, et très souvent les deux, des politiques, des « économistes » mainstream et des gens buvant leurs paroles. Ainsi, manifester contre la très célèbre « exubérance des marchés » et demander la mise en place de politique monétaire expansionniste est un contresens majeur.

« Le plus important à garder en mémoire, c’est que l’inflation n’est pas un coup du sort, ce n’est pas l’effet d’un cataclysme naturel, ou un fléau épidémique comme la peste. L’inflation est une politique. » — Ludwig Von Mises, Politique Économique

  1. Quelque chose qui est gratuit n’est pas un bien ou un service car ceux-ci sont rares. Si quelque chose est « gratuit », c’est-à-dire que celui-ci ne vous coûte ni à vous ni à autrui, c’est qu’il n’est pas rare, et cela est donc une condition générale du bien-être humain.
  2. Cela est notamment admis par les monétaristes (Cf. Milton Friedman sur la théorie des anticipations adaptatives dont il s’est servi pour discréditer la Courbe de Philips et l’arbitrage chômage-inflation), les nouveaux classiques, qui disent que les individus ne font pas d’erreur en moyenne, ou encore Ludwig Von Mises dans Politique Économique, pour ne citer qu’eux.