Belgique : Charles Michel, le néant

L’accession de Charles Michel au 16 rue de la Loi illustre un de ces maux endémiques qui rongent l’État belge, le népotisme.

Par Patrick Smets.

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Lors de la dernière campagne présidentielle française, Ségolène Royal eut cette phrase assassine à l’égard de François Hollande : « Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisée en 30 ans de vie politique ? » La même question peut désormais être posée aux Belges à propos de Charles Michel. L’homme qui va devenir Premier ministre s’illustre par l’absence de toute réalisation personnelle.

Charles Michel, c’est le fils de Louis Michel. Voilà qui suffit à le définir. Toute sa carrière se résume à celle d’un héritier dont le géniteur surveille les intérêts. Pour s’en convaincre, un rapide passage sur sa page Wikipédia est particulièrement instructif. On n’y relève aucune réalisation, aucun projet, aucune prise de position particulière. Tout au plus peut-on apprendre qu’il fût le plus jeune ceci ou le plus jeune cela. Facile quand papa dirige l’appareil du parti ! Le voici désormais plus jeune Premier ministre. Et certains de s’émerveiller…

Ni brillant ni médiocre, Charles Michel accomplit des études de droit qu’il finit de façon très ordinaire à 23 ans. Dans les mois qui suivent, il est propulsé à la Chambre de Représentants dans la circonscription familiale. En 2000, Louis Michel est ministre des affaires étrangères et adoube son fils « plus jeune ministre de l’histoire belge » dans le gouvernement wallon. Un autre pays que la Belgique peut-il se vanter d’avoir compté simultanément un père et son fils parmi ses ministres ? Par la suite, il recevra encore un de ces ministères bidon (la coopération au développement) qui ne servent qu’à entretenir économiquement une petite clique de partisans.

Son accession à la tête du MR s’inscrit dans la même lignée. Avant les élections régionales de 2009, les frères ennemis, Louis Michel et Didier Reynders s’étaient partagés le futur pouvoir. À Reynders le fédéral et au père Michel la Région wallonne, dont il devait devenir le ministre-président. Mais – patatras ! – les électeurs en ont décidé autrement et une coalition PS-Ecolo-cdH se mit en place, laissant le clan Michel sans un os à ronger. Pour assurer leur survie politique, ces derniers (alliés au MCC de Gérard Deprez dans le groupe « Renaissance ») ont organisé un putsch contre Didier Reynders pour récupérer la direction du parti. Les vassaux du père portèrent le fils sur le trône et lui renouvelèrent leurs serments d’allégeance.

La carrière de Charles Michel se résume à la gestion d’un patrimoine politique familial. Reconnaissons-lui d’ailleurs qu’il s’occupe de cette gestion assez proprement. Ce n’est manifestement pas le petit frère, Mathieu Michel, qui aurait pu gérer ce patrimoine. Celui-là se contentera d’un poste à vie à la députation provinciale du Brabant wallon. Toute la famille ne peut pas devenir Premier ministre, quand même !

L’accession de Charles Michel au 16 rue de la Loi illustre un de ces maux endémiques qui rongent l’État belge, le népotisme. Certes, il est présent dans tous les partis et on compte de nombreux ministres à avoir profité du soutien familial. Mais nulle part, il n’est aussi systématique et aussi outrancier qu’au MR. J’ai personnellement bien connu la génération des quadras. J’y ai rencontré quelques personnes de qualité, mais aucune n’a émergé. Il n’y a eu de place que pour les Michel, les Ducarme, les Barzin. Derrière eux, les militants, les intellectuels, les entrepreneurs devaient se contenter des miettes. Finalement, la nomination de Charles Michel au poste de Premier ministre n’est qu’une gifle de plus pour tous les honnêtes libéraux qui croient encore dans l’effort personnel et la promotion au mérite.