Dette publique : pour quelques milliards de plus

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

La dette française a atteint 2000 milliards d’euros, un symbole dont le gouvernement se serait bien passé.

Par Stéphane Montabert.

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Si François Hollande se dit inquiet et déterminé – et ce n’est même pas une plaisanterie – le président fait aussi preuve d’une certaine hypocrisie. La tendance est connue depuis fort longtemps et on ne peut décemment imaginer qu’il n’ait pas été au courant. Selon l’Institut Montaigne, le montant avait été atteint au mois d’août dans l’indifférence générale, vacances obligent. Aujourd’hui la nouvelle vient du très officiel INSEE, l’institut français de la statistique, et ne peut donc plus être ignorée.

Cela équivaut à 95,1% du PIB, les critères de Maastricht – 60% – ont été explosés depuis longtemps. Les 100% du PIB, un autre symbole fort, seront franchis dans un an ou deux. Une dette élevée n’est pas forcément un problème fatal si elle est aussi stable ; le gouvernement a alors une petite marge de manœuvre pour tenter de dégager un bénéfice primaire et essayer de réduire cette dette, fut-ce lentement. Ce n’est pas le cas de la France. Celle-ci emprunte déjà aujourd’hui pour payer les intérêts. La dette française se creuse donc sous son propre poids.

La situation correspond donc à une accélération du processus – ce n’est pas pour rien que l’on parle de la « spirale » de l’endettement. Et bien sûr, depuis des décennies, aucune volonté politique n’est jamais venue pour tenter de tenir le budget de l’État. Il est tellement plus facile d’être populaire en achetant des électeurs avec de l’argent qu’on n’a pas !

La dette publique française se situait à 12% du PIB en 1974. En 1981, à la veille du passage « de l’ombre à la lumière » avec l’élection de François Mitterrand, elle était à 20%. En 1994, celle-ci atteignait 50%. La progression se fit à un rythme plus lent pendant quelques années grâce à un cycle mondial plus dynamique ; mais le mouvement ne s’arrêta pas et la dette dépassa les 60% du PIB, la fameuse limite du critère de Maastricht, en 2002. Douze ans plus tard nous en sommes désormais à 95%.

Dette Publique 1

Une autre façon de réaliser la progression de cette dette est à travers son montant, aujourd’hui 2000 milliards d’euros. Sachant que la Ve République française a été fondée en 1958, quand la France était-elle endettée à hauteur de 1000 milliards d’euros (ou équivalents) ? Quelque part à mi-chemin entre 1958 et 2014, pensez-vous peut-être ? Vous n’y êtes pas. Le cap des 1000 milliards d’euros fut franchi en 2004.

La dette publique française a doublé en seulement dix ans.

dette milliards rené le honzecPoursuivons notre réflexion. Quel sera le niveau de la dette dans dix ans ? Trois mille milliards, selon une évolution linéaire ? Quatre mille milliards, selon une progression géométrique ? Bien malin qui peut le dire. Mais, selon moi, ces estimations sont de toute façon fausses, car les montants n’obéiront pas à de simples règles mathématiques. Il est plus que probable qu’il se passe quelque chose durant les prochaines années – et tout porte à croire que ce ne sera pas joli-joli.

Ne vous laissez pas leurrer par le calme apparent en surface ou par les taux d’intérêt rassurants (et manipulés) auxquels la France parvient à emprunter sur les marchés financiers. La dynamique du système est instable. Tout pourrait basculer très vite à n’importe quel moment – encore plus aujourd’hui, alors que l’endettement français repose essentiellement sur la confiance.

Depuis des décennies les libéraux tentent d’alerter l’opinion sur les dangers de la dette publique, dans l’indifférence générale et les ricanements de mépris d’une classe politique accro au keynésianisme. Les dénégations et les sautes d’humeur n’empêcheront pas la vague de la dette de tout emporter sur son passage.

Je fais partie des déçus de François Hollande mais pour des raisons probablement différentes du plus grand nombre. « L’expérience montre que lorsque la rigueur survient, un président et un gouvernement de gauche sont plus à même de faire passer la pilule des réformes auprès de leurs administrés », écrivais-je à la veille du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, plein d’espoir naïf. J’imaginais que François Hollande aurait peut-être, au pied du mur, la stature d’un véritable homme d’État capable de faire les douloureuses réformes que d’autres se contentent de formuler timidement, et uniquement lorsqu’ils sont dans l’opposition.

Mais depuis nous avons vu de quoi était capable François Hollande : de rien. L’énergie de l’homme est entièrement tournée vers la communication, la gestion de crise et le placement de ses pions pour donner le change et espérer conserver le pouvoir en 2017.

Ce qui doit donc arriver arrivera.


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