BNP Paribas : des fonds éthiques lui font la guerre

Le non-respect d’une décision humainement contestable prise par le gouvernement d’un pays étranger est-il un acte contraire aux valeurs de l’éthique ?

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

BNP Paribas (Crédits : King Brian, licence Creative Commons)C’est, dans quelques jours, la semaine de l’ISR, la grand-messe du « socialement responsable » qui se tiendra du 29 septembre au 5 octobre… À cette occasion, Novethic, filiale de la Caisse des dépôts, a publié aujourd’hui son millésime 2014 de fonds d’investissement socialement responsable (ISR).

Qu’est-ce que le label « ISR » ?

Le label ISR a été lancé en 2009 par la CDC et est attribué par sa filiale Novethic selon des critères correspondant « aux fonds d’ISR dont la gestion prend systématiquement en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ». Il s’agit de fonds ouverts au public, qu’ils soient obligataires, en actions, monétaires ou diversifiés. Les particuliers doivent pouvoir y avoir accès au travers de leur épargne salariale, de leurs contrats d’assurance-vie ou via des produits d’épargne retraite.

La liste des 118 fonds, dévoilée à la mi-septembre, peut être consultée sur le site de Novethic. Elle se découpe en 111 fonds ISR et sept « fonds verts », censés contribuer « à la transition énergétique ».

BNP Paribas virée des fonds « éthiques »

Dans son dossier de presse, Novethic soulève un événement marquant de l’année 2014 : « L’affaire BNP Paribas est considérée comme une controverse majeure par les gérants de fonds ISR ». Ce que le rapport appelle une « controverse » concerne l’amende record infligée par les tribunaux américains à la banque française pour avoir violé des embargos américains. Cette « affaire » a touché tous les fonds dits « éthiques » qui comportaient des valeurs BNP, soit environ 70% d’entre eux. 20% d’entre eux ont vendu l’ensemble des titres de BNP Paribas présents dans leurs fonds ISR, tandis que les autres se sont contentés d’une mise sous surveillance ou d’une réduction des investissements.

Cette situation pose tout de même une question sur la valeur de l’éthique. Le non-respect d’une décision humainement contestable prise par le gouvernement d’un pays étranger est-il un acte contraire aux valeurs de l’éthique ?

La clarification viendra-t-elle d’un label unique et public ?

Si le nombre de fonds reconnus comme ISR progresse légèrement, on ne peut décemment pas parler d’engouement du public. Ces concept et notion d’éthique, comme nous venons de l’évoquer avec BNP, n’est toujours pas clairs dans l’esprit des investisseurs et des épargnants. Question que Novethic formule de la manière suivante: « Les fonds labellisés ISR et verts ont-ils la capacité de démontrer leur bénéfice environnemental et social ? Ils sont encore loin de proposer des indicateurs concrets et standardisés, comme les émissions de CO2 évitées ou la création d’emplois, qui permettraient de comparer leurs performances. » Eh oui, cela tient plus du discours que du concret pour l’instant.

Pour couronner le tout, Ipsos-FIR-EIRIS a publié cette semaine un sondage qui indique que 63% des Français détenteurs d’un produit financier n’ont jamais entendu parler de l’ISR ! Et que seulement 3% des sondés investisseurs se seraient déjà vus proposer un fonds ISR par leur banquier.

Dans l’espoir d’apporter une réponse à ces points de fonds, de reconnaissance et de distribution, 8 acteurs du secteur, dont Novethic, ont décidé de s’allier afin d’établir un label commun, unique et reconnu… Cela suffira-t-il ?


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