« Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai qui vous êtes »

Une récente étude montre une corrélation troublante entre les facultés intellectuelles et la teneur en certains acides gras du lait maternel.

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« Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai qui vous êtes »

Publié le 29 septembre 2014
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Par jacques Henry

Jeu d'échec en CP CC flickr  Jyaire

« Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai qui vous êtes ». Cet adage ne s’applique pas seulement à la forme physique mais également aux capacités intellectuelles. On pourrait aussi dire « dites-moi ce que votre mère mangeait quand vous étiez encore un fœtus puis nourri au sein et je vous dirai… » car tout se passe très tôt dans la vie ! C’est ce que vient de montrer une étude réalisée à l’Université de Californie à Santa Barbara en établissant une corrélation entre les facultés intellectuelles telles qu’on peut les quantifier à l’aide de tests de QI, les tests PISA, et la teneur en certains acides gras du lait maternel. Mais le développement du cerveau commence aussi au cours de la vie fœtale et pour qu’il soit optimal, il faut que les nutriments disponibles pour le fœtus puis l’enfant nourri au sein soient harmonieusement équilibrés en particulier au niveau des acides gras insaturés. Et tout dépend naturellement, en partie du moins, du régime alimentaire de la mère pendant la grossesse puis quand elle allaite. Il est en effet crucial pour le développement cérébral qu’un apport équilibré en acides gras puisse être, si l’on peut dire, susceptible de favoriser le développement neuronal. Un acide gras est particulièrement important sinon critique pour la bonne maturation du cerveau, il s’agit d’un de ces « fameux » omega-3 dont on n’entend dire que du bien pour la santé dans la presse populaire. Pour une fois, c’est bien vrai et l’étude réalisée à l’Université de Santa Barbara le prouve clairement.

Pour une bonne compréhension de ce qui va suivre, il faut faire quelques rappels au sujet de la synthèse des acides gras insaturés que notre organisme est pratiquement incapable de synthétiser par lui-même. Par exemple l’acide linoléique (un omega-6) est très difficilement allongé pour produire l’acide docosahexaenoïque (DHA), un autre acide gras polyinsaturé, un « omega-3 » qui est essentiel pour le développement du cerveau durant la vie fœtale mais aussi pour les gonades, la qualité du sperme ou encore le fonctionnement de la rétine. La femme enceinte fait preuve d’une certaine ingéniosité pour procurer à l’enfant qu’elle porte suffisamment de cet acide vraiment essentiel pour le cerveau au prix de quelque prouesses métaboliques qui permettent d’en synthétiser suffisamment à partie de l’acide linoléique (LA) qu’on trouve dans l’huile de pépin de raisin ou de tournesol par exemple et de bien d’autres plantes :

JH-1

dhanumbering

(Il faut encore deux étapes de désaturation pour aller de l’acide docosotétraenoïque à la DHA, Wikipedia)

Le mieux en réalité est de manger du poisson des mers froides pour constituer un apport en cet acide essentiel pour un bon développement du cerveau. Autrefois, et je m’en souviens très bien, on se shootait étant enfant avec de l’huile de foie de morue, un véritable cadeau de la nature pour le bon développement de l’organisme et en particulier du cerveau. Le fait que depuis une centaine d’années on ait inondé notre nourriture avec des huiles riches en acide linoléique provenant de diverses cultures, en particulier dans les pays européens, a eu tendance à modifier de manière critique le développement du cerveau sans qu’on ne s’y attende vraiment.

Un marqueur fiable permettant d’apprécier la teneur en différents acides gras est le lait maternel et en déterminant par analyse chimique les teneurs relatives en DHA et en LA, on a pu avec cette étude, selon les pays, établir une corrélation avec le développement cérébral et cognitif des enfants, aussi incroyable que cela puisse paraître. Le programme PISA, dont on a beaucoup parlé à propos du mauvais classement de la France, mis en place par l’OCDE, est un excellent outil objectif pour établir une évaluation des capacités intellectuelles des enfants et il aura suffi de rapprocher ces résultats avec les teneurs en DHA et LA du lait maternel pour tenter d’établir une corrélation entre le développement cérébral et les teneurs en ces acides gras insaturés dans différents pays. Le test PISA comporte trois volets, l’arithmétique, la lecture et les sciences naturelles, un terme désuet que je réécris ici pour la bonne cause car il s’agit d’une évaluation de la curiosité intellectuelle, on pourrait dire l’éveil, tout simplement.

Il apparaît que l’étude réalisée sous la direction du Docteur Steven Gaulin montre clairement un résultat inattendu, illustré par la figure tirée de l’article paru dans le dernier numéro du journal scientifique Prostaglandins, Leukotrienes and Essential Fatty Acids.

JH-2-graph

Moins il y a d’acide linéoléique et plus il y a de DHA dans le lait maternel, plus le succès aux tests PISA est satisfaisant, ceci après analyse des laits maternels dans 28 pays différents ayant également participé à ce programme PISA.

L’échelle logarithmique horizontale représente le rapport entre l’acide docosahexaenoïque (DHA) et l’acide linoléique (LA) dans le lait et l’échelle verticale le score obtenu pour les tests PISA : arithmétique, lecture et éveil. On remarque que plus le lait maternel est enrichi en DHA, plus le test PISA est satisfaisant. C’est un résultat inattendu qui indique qu’une nourriture enrichie en LA n’était pas aussi favorable qu’attendu pour le bon développement du cerveau, quand bien même cet acide gras (18 atomes de carbone) peut éventuellement servir de point de départ pour la synthèse de l’acide gras vraiment important pour le développement cérébral, la DHA (22 atomes de carbone). On peut donc se poser la question suivante : ne sommes-nous pas en train de nous abâtardir intellectuellement avec cet enrichissement artificiel en acides gras provenant des grandes cultures d’oléagineux ? La figure est riche d’enseignements : tous les pays faisant partie du peloton de tête du classement PISA, hormis la Chine car les tests furent réalisés exclusivement à Shanghai sur des échantillons d’enfants présélectionnés, sont des pays où la nourriture comporte des apports importants en DHA provenant des poissons marins à chair rouge connus pour être riches en DHA ou encore certaines algues communément utilisées dans l’alimentation.

Ces travaux entourés de toutes les précautions d’analyses biochimiques et statistiques semblent donc sans appel : une alimentation n’apportant pas suffisamment d’acides gras polyinsaturés, notamment la DHA, entrainerait un sous-développement cérébral et par voie de conséquence un sous-développement intellectuel. Triste perspective…

Source : W.D. Lassek, S.J.C. Gaulin, « Linoleic and docosahexaenoic acids in human milk have opposite relationships with cognitive test performance in a sample of 28 countries », PLEFA, August 08, 2014.


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  • Intéressant, on m’a toujours dit que le poisson rendait intelligent, c’est vrai qd j’achète mon saumon sauvage venue de Norvège, que j’imagine frétillant dans les mers froides, avec ses petits copains les autres saumons, voguant au grès des courants, qu’est-ce que je me sens intelligente!

  • nos zélés zélus ont certainement manqués de DHA ; triste perspective…..

  • Ce qui est triste c’est qu’on déconseille beaucoup de produits de la mer aux femmes enceintes.

  • Je suis étonné que vous ne fassiez pas l’apologie du bœuf de kobé 🙂

    Perso, je n’ai pas connu ce bonheur (du lait maternelle, ceci explique cela ?!)
    De plus, mon père était con comme ses pieds. Double peine pour moi.

    Mais, comme je suis un peu cultivé, pour compenser mes manques du reste, je sais que la nature a besoin de l’intelligence, uniquement pour sa survie. En gros se reproduire et perpétuer l’espèce.

    Comme j’ai déjà des enfants, je suis intelligent !

    Enfin, je peux dire avec fierté deux choses:

    1- J’ai été le premier sur un nombre de plusieurs milliards à gagner la 1° course. (pas si nul que ça)
    2- Mes gènes ont traversés les ages, les guerres, les maladies, les famines, etc…

    Je suis trop fort !

  • Très intéressant, merci pour ce billet.

    Cependant en France les taux d’allaitement ne sont pas élevés, au moins par rapport à d’autre pays européens comme, par exemple, la Norvège (98%). Ce qui rend toute corrélation entre les résultats PISA des élèves français et la composition du lait maternel statistiquement non-représentative.

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/18/la-pratique-de-l-allaitement-varie-fortement-en-fonction-du-niveau-social-de-meres_1761653_3224.html

    Et du coup je n’explique pas le positionnement de la Norvège dans ce graphique, car les norvégiens mangent beaucoup de saumon.

  • Pourquoi ne toujours parler que du poisson comme source d’omega 3 ?
    Le colza, le lin, les noix, la mâche, les produits animaux nourris au lin sont aussi des sources d’omega 3, sans les métaux lourds présents dans nombres de poissons.
    C’est aussi moins cher et cela présente l’avantage de ne pas mettre trop de pression sur une ressource souvent surexploitée.

    • Oui mais ça ne rapporte rien par rapport à l’élevage intensif de poisson.
      Donc le bourrage de crane continue : omega 3 = poisson

  • D’abord, l’étude en question est une analyse entre nations, et non pas à l’intérieur des pays. Je peux facilement citer des études de corrélations within-countries dont les conclusions diffèrent des corrélations between-countries. Par exemple, entre pays, on trouve une corrélation positive entre fortes inégalités et faible mobilité, alors même qu’à l’intérieur des pays (e.g., US, Canada) il n’y a pas de lien temporelle entre les deux variables. Méfiance donc.

    Deuxièmement, le fait que l’allaitement au sein de produit pas d’effet sur le QI me laisse très sceptique quant à la conclusion de la présente étude.

    Der, G., Batty, G. D., & Deary, I. J. (2006). Effect of breast feeding on intelligence in children: prospective study, sibling pairs analysis, and meta-analysis. Bmj, 333(7575), 945.

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