Pourquoi les dépenses publiques sont-elles plus élevées dans certains pays ?

En voilà une question qui est bonne ! Et c’est France Stratégie qui se la pose, c’est dire si c’est du sérieux.

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Pourquoi les dépenses publiques sont-elles plus élevées dans certains pays ?

Publié le 27 septembre 2014
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Par Patrick Coquart.

contrepoints 731 dépenses publiques

France Stratégie est le dernier avatar du Commissariat général au Plan (CGP), vous savez le « machin » créé en 1946 par le général de Gaulle, avec Jean Monnet à sa tête, pour planifier l’économie française. En 2006, le CGP est transformé en Centre d’analyse stratégique (CAS), puis, en 2013, en Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP), plus couramment appelé France Stratégie.

Voilà donc que le nouveau « machin » s’intéresse aux dépenses publiques élevées. Plus précisément, il a mené une étude, à partir des dépenses publiques réparties par grands postes, cherchant « à identifier, à l’aide de comparaisons internationales, les postes pour lesquels les dépenses sont plus élevées [en France] que dans les autres pays pour un niveau de performance équivalent ou supérieur – dans ce cadre, la performance est appréciée par des indicateurs de résultats. »

L’étude rappelle d’abord que les administrations publiques françaises – État, collectivités territoriales et administrations de sécurité sociale – dépensent chaque année l’équivalent de 54% du PIB (hors intérêts de la dette). La France se trouve ainsi classée au troisième rang des pays européens les plus dépensiers, derrière le Danemark et la Finlande. La Suède, longtemps paradis rêvé des socialistes français, est en cinquième position. L’Allemagne est à 42% du PIB (12 points de moins) et en 18ème position. La moyenne de la zone euro est à 47% du PIB (7 points de moins). Comme le disent Céline Mareuge et Catherine Merckling, rédactrices de l’étude, « dans un contexte d’ajustement budgétaire, ces écarts sont considérés comme une source potentielle d’économies. »

L’étude de France Stratégie compare les trois principaux postes de dépenses publiques en France et dans trois autres pays :

  • protection sociale : 24,4% du PIB en France ; 21,4% en Suède ; 19,4% en Allemagne ; 17,9% au Royaume-Uni ; 20,6% en moyenne dans la zone euro ;
  • santé : 8,3% du PIB en France ; 7,1% en Suède ; 7% en Allemagne ; 7,9% au Royaume-Uni ; 7,4% dans la zone euro ;
  • enseignement : 6,1% du PIB en France ; 6,8% en Suède ; 4,3% en Allemagne ; 6% au Royaume-Uni ; 5% dans la zone euro.

Pour chacun de ces trois postes, les dépenses publiques françaises sont au-dessus de la moyenne de la zone euro, et au-dessus de celles des trois pays choisis. Il n’y a que pour l’enseignement que la Suède dépense, en pourcentage, davantage que la France.

Ces écarts de dépenses peuvent être attribués, selon les auteurs, à plusieurs types de facteurs : des différences objectives de situation (comme les facteurs démographiques), des préférences collectives (niveau de protection ou de transferts, par exemple), des différences dans l’efficience de la dépense. C’est sur ce dernier point que l’étude de France Stratégie se concentre.

En matière de protection sociale, la France dépense largement plus que la zone euro pour la vieillesse (13,8% du PIB et 56% du budget de la protection sociale). Pour mesurer la performance de ces dépenses, les auteurs de l’étude ont choisi des indicateurs en rapport avec les « trois objectifs affichés de la politique de retraite : assurer aux retraités un revenu de remplacement en rapport avec les revenus perçus durant leurs dernières périodes d’activité, réduire la pauvreté parmi les plus de 65 ans et limiter les inégalités ».

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Au final, la France est, parmi les grands pays, celui qui a le plus mauvais rapport dépenses-efficience. « À performances égales, la Suède a par exemple des dépenses relatives en vieillesse très inférieures à celles de la France. » Les Pays-Bas, avec des dépenses relatives moitié moins élevées ont un taux d’efficience supérieur au nôtre.

Pour l’enseignement, la situation n’est pas meilleure. L’étude met l’accent sur l’enseignement secondaire et retient comme indicateurs le taux de décrochage scolaire, les taux d’élèves diplômés du secondaire et les scores Pisa.

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L’on remarque que l’Allemagne réalise un très bon score. Mais les performances de la Suède, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de l’Irlande, du Danemark sont également supérieures à celles de la France.

Enfin, en ce qui concerne la santé, les auteurs ont choisi l’Euro Health Consumer Index comme indicateur. Là encore, le système de santé français apparaît « coûteux, performant mais peu efficient ». Sur chacun des trois postes de dépenses choisis, la Suède a de meilleurs résultats en termes d’efficience.

En janvier 2013, Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, signait une tribune dans Le Monde, avec Bénédicte Berner, une de ses collègues.

Pour les auteurs, la France de 2013 fait penser à la Suède des années 1990. « À cette époque, écrivent-ils, la Suède se caractérise par une dette publique élevée (proche de 85% du PIB), un chômage élevé, une production en stagnation et une grogne de la part des artistes (on se souvient des réactions d’Ingmar Bergman et d’Astrid Lindgren contre le système fiscal) et des entrepreneurs (notamment avec l’exil d’Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea). En réaction à la crise des années 1990-1991, les Suédois agissent sur deux fronts. Le premier est celui de la fiscalité : la réforme de 1991 donne naissance à un nouveau système fiscal plus simple et plus incitatif qu’auparavant. Le second est celui de la dépense publique : la Suède s’engage dans une réforme radicale de l’État pour améliorer l’efficacité de ses interventions. Ces deux piliers sont en effet reliés, car, en l’absence d’un plan crédible de réduction des dépenses publiques, il ne peut y avoir de baisse crédible de la charge fiscale dans le moyen terme, et donc de changement de comportement de la part des investisseurs. Résultat : la Suède est devenue l’un des pays développés les plus performants, avec un taux de croissance annuel de plus de 3 % en moyenne sur les trois dernières années, et des finances publiques rééquilibrées. »

Plus loin, Aghion et Berner précisent que « les effectifs dans le secteur public [suédois] sont ainsi passés de 1,7 million employés dans les années 1990 à environ 1,3 million aujourd’hui, tandis que l’emploi dans le secteur privé est passé de 2,8 millions à 3,25 millions. Dans le même temps, les dépenses d’assurance-maladie n’ont augmenté que d’un point de PIB entre 1990 et 2011, alors qu’en France elles ont augmenté de près de quatre points. La Suède a réussi à maîtriser la hausse du coût de la santé notamment en décentralisant le système de soins. Enfin, la mise en place d’un mécanisme par points en 1994 a permis à la Suède de garantir l’équilibre de son système de retraites depuis lors. »

CQFD !


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  • moi a une epoque j etais plein de courage pour travailler ,j ai essaye ,j ai prisune affaire puis û’e autre,mais quand j ai vu le racquet fiscal ,je suis devenu chomeur et glandeur et j ai ete tres heureux…cônclusion … je vous laisse la faire

  • « Pourquoi les dépenses publiques sont plus élevées en France ? »

    Sans doute pas de cause unique, mais…
    – c’est l’héritage de l’Etat-Providence, perpétué par une démocratie centralisée
    voir H.H. HOPPE
    – les lobbies qui exigent des baisses d’impôt n’ont pas encore assez de poids dans la politique française (Contribuables Associés, Nous Citoyens…)
    – les avocats de la dépense peuvent appeler en renfort à la fois la tradition colbertiste française, et la luttes contre les inégalités
    – l’ENA et les écoles de journalisme n’apprennent pas ce que signifie être entrepreneur : obligation de résultat, responsabilité, équilibre des comptes…
    – l’élection présidentielle réduit l’offre électorale du citoyen par rapport à l’élection législative.
    J’en oublie sûrement.

    • L’Etat providence se porte à merveille en Finlande, et dans une certaine mesure au Danemark. Il n’est pas ‘perpétué par une démocratie centralisée ». Il est inscrit au coeur de la vie locale.

  • Il faut comparer ce qui est comparable, à savoir la dépense publique+ la dépense privée.

    Diminuer l’impôt pour augmenter le solde à charge des citoyens n’a pas grand intérêt.

    • Très exact.

      Quand je compare mes cotisation maladie (part salariale et part patronale comprise), et que j’ajoute ma CSG, je suis encore gagnant par rapport aux assureurs privés US. Sans parler de la qualité des soins qui est largement comparable, voire meilleure.

      • On connait cette théorie…

        • Pas de méprise: je suis pour la responsabilisation des citoyens

          – versement du salaire complet, charge à chaque individu de s’assurer auprès de l’organisme de son choix. L’assuré choisira sa vie, les risques quil assure et en connaîtra le prix ( tout le contraire d’aujourd’hui)
          -notion de chèque éducation, avec autorisation pour lez établissements devenus autonomes de refuser l’inscription.

          Et hélas, je suis un affreux socialiste… je suis aussi pour le revenu universel… étape indispensable pour faire basculer notre société vers moins d’état et plus de responsabilités individuelle.

  • « La Suède a réussi à maîtriser la hausse du coût de la santé » : pour être précis, ce qui est plus ou moins bien maîtrisé, c’est l’assurance santé collectivisée. Si un quidam souhaite dépenser 50% de ses revenus dans sa santé, c’est son problème. D’ailleurs, le biais d’analyse apparaît clairement dans la terminologie employée, la santé étant analysée exclusivement sous l’angle du coût, de la charge qu’elle représente. Va-t-on prétendre que l’achat de cuisines équipées, par exemple, représente un coût, une charge pour un pays ? Stupide, non ? Eh bien, ce qui est une analyse ridicule, économiquement inopérante, pour le marché des cuisines équipées l’est tout autant pour le marché de la santé.

    Evidemment, les pays qui collectivisent le marché de la santé renoncent à une part non négligeable de leur potentiel de création de richesses. Plus on collectivise, santé, retraites, éducation, énergie, logements, transports, culture, etc., moins la croissance potentielle est forte, jusqu’à devenir structurellement négative. Fin de l’histoire pour les pays englués dans le socialisme périmé.

    • Bien vu et très juste !

      Migrer la santé et l’éducation du budget public vers le budget des ménages revient pour le pays à transférer ces postes d’un centre de coût à un centre de profit. L’éducation et la santé redeviennent des business comme les autres. L’allocation de ressources y est libre. Les prestations adaptées aux clients (familles, élèves, patients).

      La commune destination des biens (et/ou les externalités négatives de non-éducation ou de non-soins de santé) exige toutefois que chacun ait accès aux soins nécessaires et à un minimum d’instruction.

      Ceci ne justifie pas l’Education nationale, solution du XIXe ni la Sécurité sociale, solution collectiviste. D’autres pays font mieux pour moins cher.

    • Le socialisme ou le système qui transforme un processus de création de richesse en une charge…
      Et après on s’étonne que ça tourne mal…

  • Cela ne fait que confirmer le retard affolant de la France sur les réformes structurelles, qui ont été réalisées partout en Europe dans les années 90-2000. En France toujours rien.

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Ce doit être un effet de la pensée complexe jupitérienne qui veut ça, une pensée complexe dont je suis à l'évidence complètement dépourvue, mais le fait est que selon mon point de vue, les déclarations élyséennes, toujours très enflammées, toujours très littéraires, se succèdent avec une belle cadence sans vraiment coller logiquement les unes aux autres.

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