Démantèlement du nucléaire : nos politiques sont fantastiques !

clown credits reece (licence creative commons)

Nos politiques sont fantastiques : ils n’ont pas vu qu’il n’existe pas de marché mondial du démantèlement.

Par Michel Gay.
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Nos hommes et femmes politiques sont fantastiques : ils construisent des champions industriels mondiaux par un simple claquement de doigts !

Ainsi, grâce à la mise au rebut avant terme de la centrale nucléaire de Fessenheim, la France va devenir le « leader » mondial du démantèlement. La construction d’éoliennes « offshore » au large de la Bretagne va créer une filière « verte » que nous allons exporter dans le monde entier. Sur le plan économique, il y a une différence fondamentale entre des capitaux investis pour construire un appareil productif, et des capitaux investis pour son démantèlement. Certes, il faudra bien passer par cette phase un jour, mais la durée de production d’une installation permet de rentabiliser les investissements, surtout quand les frais de fonctionnement sont faibles au regard des revenus (chacun des deux réacteurs de 900 MW rapporte en moyenne un million d’euros par jour…).

Ensuite, la France dispose déjà d’une capacité d’ingénierie unique au monde en matière de démantèlement avec le Centre d’Ingénierie et de Déconstruction Environnement (CIDEN) d’EDF, les équipes du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et celles d’AREVA. Rien que pour le CIDEN, l’ingénierie de déconstruction des réacteurs nucléaires concerne :

  1. la filière eau lourde (Brennilis),
  2. la filière rapide sodium (Superphénix),
  3. la filière uranium naturel graphite gaz (UNGG avec les réacteurs de Chinon 1-2-3, Saint Laurent 1-2 et Bugey 1)
  4. et la filière des réacteurs à eau pressurisée (REP de Chooz A).

Au total, le CIDEN a établi des procédures pour quatre filières différentes et gère la déconstruction de neuf réacteurs. De plus, il existe déjà en France des expériences achevées de démantèlement de réacteurs expérimentaux. Il n’y aura pratiquement aucune différence méthodologique pour démanteler les réacteurs de 900 MW de Fessenheim et le réacteur de Chooz A. Seul le retour d’expérience va jouer, et les outillages suivront les évolutions liées aux innovations technologiques.

Sur le site de Bugey 1 (UNGG), il y a un ingénieur chargé d’appliquer les procédures définies par le CIDEN, un responsable de la sécurité et de la radioprotection, un responsable de la gestion des déchets et quelques chefs d’équipes qui encadrent des intervenants extérieurs peu qualifiés. Il y a environ 30 personnes pour déconstruire ce réacteur de la filière UNGG, loin des 300 agents hautement qualifiés nécessaires à son exploitation. De plus, la déconstruction d’une installation de ce type est plus complexe que celle d’un REP. Pour démanteler en parallèle les deux REP de Fessenheim, 50 agents devraient suffire. Ce chiffre est à comparer aux 2 200 agents directement ou indirectement employés par cette centrale.

Mais là où nos politiques sont encore plus fantastiques, c’est qu’ils n’ont pas vu qu’il n’existe pas de marché mondial du démantèlement, pas plus qu’il n’existe un marché mondial de la casse automobile. Les USA ont démantelé la centrale nucléaire de Maine Yankee par leurs propres moyens, et aujourd’hui c’est un « gazon ». Chaque pays exploitant des réacteurs nucléaires a largement les capacités de réaliser ses propres démantèlements.

Enfin, parmi les arguments spécieux parfois repris par nos politiques (fantastiques), il y a cette perle : « Il faut en démanteler une pour savoir si l’on sait faire ! » Les Américains l’ont fait avant nous. Pourtant, nous n’avons pas été les chercher pour démanteler le même réacteur REP de Chooz A, et le chantier se déroule sans difficulté. Et puis, démanteler une installation en parfait état de marche et économiquement performante, quelle qu’elle soit, pour voir si l’on sait faire est une absurdité !

On pourrait presque s’exclamer, comme dans la Bible : « Pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Nos « politiques » sont même peut-être plus que fantastiques…