Le libérisme : une alternative libérale pour sauver les pauvres ?

Pauvreté (Crédits : Luis Felipe Salas, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Quelles réformes pro-marché aideront les plus pauvres ?

Par Marius-Joseph Marchetti.

pauvreté (Crédits : photonadadoru, licence creative commons)

Le libérisme est un terme provenant de l’italien « liberismo ». Il a été créé par Giovanni Sartori pour désigner un courant libéral en particulier. Ainsi ce politique (né en 1924 à Florence) a utilisé ce terme pour le différencier du libéralisme de gauche, qui propose une plus grande intervention de l’État (comme le revenu de base universel ou encore la répartition des terres par l’État).

Deux économistes libéraux italiens, Alberto Alesina et Francesco Giavazzi, ont d’ailleurs écrit un livre en 2007 où ils décrivent le libérisme de manière intéressante : « Notre argument est que ce sont les objectifs traditionnellement chers aux partis de gauche européens – comme la protection des plus faibles ou le refus de trop grandes inégalités et des privilèges – qui doivent les amener à adopter des politiques pro-marché. Ce qui a souvent été la norme depuis les années 1960, comme une forte réglementation, la protection des statuts, un secteur public très développé qui ne bénéficie pas aux plus pauvres mais aux plus connectés et impose de lourds prélèvements, des universités qui produisent la médiocrité au nom du principe d’égalitarisme (alors que les très riches se débrouillent d’une manière ou d’une autre pour obtenir une bonne éducation), tout cela n’est pas seulement inefficace, mais socialement injuste. »

Ainsi pour Alesina et Giavazzi, le libérisme est un courant libéral se revendiquant d’une idée de gauche en ce que les plus importantes inégalités, les plus grands privilèges et l’appauvrissement général sont le fait de l’action de l’État dans l’économie, et le seul moyen pour y remédier serait l’introduction de réformes pro-marché.

Quelles réformes pro-marché ? Et quelle preuve indique qu’elles aideront effectivement les pauvres ? C’est quelque chose que je ne peux promettre, pour la simple et bonne raison que je ne suis pas un politicien. Mais on peut penser que oui, la pauvreté dans une société libérale, est amenée progressivement à disparaître.

Flexibilité et précarisation

Je prendrai plusieurs exemples pour cela : lorsqu’on parle de flexibilité du marché du travail par exemple, on crie à la précarisation, ce qui est faux car cette flexibilité permet l’ajustement du marché et donc de tendre vers le plein emploi. Et sur un marché qui tend vers le plein emploi, un fait indéniable se produit : une concurrence se forme entre les différents employeurs pour pouvoir embaucher une main d’œuvre qui se fait rare, ce qui fait tendre les salaires à la hausse. C’est d’ailleurs une des raisons qui a fait penser aux keynésiens que le plein emploi s’accompagnait d’un taux d’inflation élevé. Et d’une certaine manière, certains libéraux ont suivi les keynésiens en disant qu’une hausse des coûts de production entraîne forcément une augmentation des prix et donc une baisse de la « compétitivité ». C’est simplement faux car avec le libre-échange, il y a égalisation du prix des biens et services grâce à la concurrence accrue ; et c’est également faux car les courbes de demande sont prédéfinies et que les entrepreneurs ne peuvent aller contre l’élasticité-prix de la demande : les ménages risqueraient de consommer moins de ses biens, ou alors, au vu de la concurrence catallactique sur le marché, la consommation risque de perdre sa place dans l’échelle de valeur du consommateur : comme le dit Mises, sur un marché libre, tous les biens se font concurrence.

De la même manière, mettre des barrières au licenciement correspond parfaitement à ce que Bastiat décrit dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit, c’est que, miracle, la réglementation permet de protéger le salarié. Ce qu’on ne voit pas, c’est que cela crée un important chômage, le capitaliste prenant ses décisions en anticipant ses coûts et ses risques. S’il ne peut pas licencier, il essaiera de diminuer ses risques d’une manière simple. Il n’embauchera pas. Et si un salarié se fait licencier, il lui faudra bien du courage pour retrouver du travail.

On peut également montrer comment un prix plancher comme le SMIC nuit avant tout aux pauvres. Faut-il donc supprimer le SMIC, faire un SMIC jeune, ou le baisser car trop élevé ? La réponse est que tout prix plancher ou plafond sur un marché entraine des répercussions néfastes.

Le problème du SMIC

Prenons une courbe de demande de travail (qui émane des employeurs sur le marché du travail) et une courbe d’offre de travail (qui émane des travailleurs). On voit ainsi que quand le prix augmente (ici le salaire) les quantités demandées baissent et les quantités offertes augmentent, jusqu’à ce que ces deux courbes se croisent et déterminent le salaire d’équilibre. Maintenant, regardons l’intervention de l’État sur ce marché. Il impose un prix plancher (le SMIC) qui est évidemment au-dessus du prix d’équilibre (il ne servirait à rien sinon). Regardons ce qui se passe : comme le prix augmente, les quantités offertes augmentent elles aussi (il y a plus de travailleurs qui vont chercher un travail) et les quantités demandées vont diminuer (car le coût d’un salarié sera plus élevé que sa productivité ; imaginons que cet employeur est dans une activité qui dégage assez peu de valeur ajoutée). En somme, le prix plancher (sous lequel on ne peut pas descendre) entraîne un déséquilibre sur le marché, ce qui sur le marché du travail débouche donc sur du chômage.

Pour les prix plafond, nous pourrions prendre l’exemple du contrôle des loyers. La courbe de demande ce sont les locataires et la courbe d’offre, ce sont les propriétaires. Dans ce cas précis, l’État légifère sur un prix plafond (en dessous du prix d’équilibre car il n’a aucune utilité sinon). Ainsi le prix plafond est plus faible que le prix d’équilibre. La demande de logement va donc augmenter (car le prix baisse) et les quantités offertes vont diminuer (les propriétaires devant louer moins cher et avoir des coûts plus élevés, ou ils peuvent aussi hésiter à louer à cause d’une législation très restrictive, etc.). Le contrôle des loyers va donc entraîner une pénurie de logement.

À New-York, le contrôle des loyers avait été promu et celui-ci a conduit à un résultat inverse de celui escompté, à savoir aider les plus défavorisés. Le contrôle des loyers (qui ne s’est accompagné d’aucune mesure restrictive) a contribué à la diminution du loyer des plus aisés et à l’augmentation de celui des plus défavorisés. L’objectif social n’a clairement pas été atteint, c’est même son contraire qui s’est produit. Les gens défavorisés ont été obligés de déménager faute de moyens de se loger en ville. Le contrôle des loyers est aujourd’hui une source de clientélisme, la majorité des locataires ne souhaite bien entendu plus sa suppression et les seuls qui le voudraient ont déménagé.

Notre démarche peut également s’intéresser aux petites entreprises, prenons donc un cas simple. Celui de la grande distribution. À ce jour, tout le monde s’offusque du taux de marge des grandes surfaces, sans réellement réaliser qu’il est la conséquence même des lois censées protéger le petit commerce (lois Royer, Raffarin et Galland, limitant la création de grandes surfaces et annihilant toute autre possibilité de concurrence : ce qui n’a bien entendu que pour seule conséquence d’augmenter leur taux de marge).

Mais ne nous arrêtons pas là. L’État, voyant dans le marché un monstre qu’il faut enchaîner, est à cette heure le plus grand créateur d’économies d’échelle. Pourquoi cela ? Car il réglemente. Et que toute réglementation représente un coût fixe. Ainsi, plus la structure de production est importante, plus celle-ci aura de facilité à absorber les coûts imposés par la loi. Ainsi la boucle est bouclée. La réglementation est donc bien un filet de pêche entre les mains du gouvernement comme dirait Proudhon. Pour le riche et le puissant, elle n’est qu’une toile d’araignée dont ils peuvent se défaire et pour le pauvre et le petit, elle représente des chaînes que nul ne saurait briser.