Il faut sauver le soldat Valls !

bouée credits yozine (licence creative commons)

La droite devrait voter la confiance au gouvernement Valls, ou au moins s’abstenir, le 16 septembre prochain.

Par Jacques de Guenin.

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Valls est un libéral et il a commencé à entreprendre des réformes libérales avec beaucoup de courage et de volonté. Le rythme en est lent, mais il ne peut pas être plus rapide compte tenu des réactions négatives de son propre camp. Si les députés de droite étaient honnêtes, ils voteraient la confiance le 16 septembre ou au pire s’abstiendraient.

François Hollande n’a hélas pas l’étoffe d’un président de la République, mais il n’est pas idiot. Quand il a enfin compris que décidément « le socialisme ça ne marchait pas », comme disait Giscard, il a nommé Manuel Valls premier ministre, en connaissant parfaitement ses opinions et sa détermination. En 2010, ce dernier a en effet publié un livre qui s’appelle Pouvoir et qui est une profession de foi libérale. Nous en recommandons vivement la lecture à tous ceux qui en douteraient. En voici quelques citations :

  • « J’en suis conscient, les socialistes n’ont pas coutume de parler de l’entreprise. Pourtant, c’est l’entreprise et ses salariés qui créent toutes les richesses. » (« La gauche et l’entreprise ». p 74)
  • « La crise financière a le mérite essentiel de remettre la question de la dette publique au centre du débat. En France, cette question n’a jamais été vraiment abordée, sauf pour brocarder, un peu facilement, les fameux critères de Maastricht. » (« Pourquoi il faut appliquer la « règle d’or » aux finances de l’État ». p. 77)
  • « Contrairement à ce que l’on cherche bien souvent à faire croire, la dette publique n’est ni indolore, ni incolore. Nous payons aujourd’hui nos errements passés et nous paierons demain nos errements présents. » (Idem. p. 78)
  • « La France a l’un des systèmes fiscaux les plus complexes, avec des exonérations trop nombreuses. En 2003, le Conseil des impôts recensait déjà plus de 400 dispositions dérogatoires pour un total de 50 milliards d’Euros.. (« Remettre à plat le système fiscal pour plus d’efficacité et d’équité », p. 81).
  • « L’âge légal de la retraite est quasiment partout fixé à 65 ans en Europe. Si nous restons bloqués sur « l’acquis des 60 ans », nous perdrons toute crédibilité. » (« Permettre à chaque salarié de construire sa retraite », p. 203).

Dans « un revenu minimum pour tous » (p.83), il prône une simplification drastique des diverses allocations au sein du RSA et l’introduction d’un impôt négatif (une idée chère à Milton Friedman).

Dans le chapitre « L’autorité est-elle émancipatrice ? », il critique les blocages de la gauche sur la sécurité publique, le fonctionnement de la justice, une trop grande centralisation du service public de sécurité ; il prône la responsabilisation des parents. « Trop souvent, elle [la gauche] donne l’impression de s’installer du côté des délinquants et de laisser, à la droite seule, le souci des victimes », dit-il. On y trouve même une expression de Madelin : nous devons tout faire pour relancer l’ascenseur social.

Un Tony Blair français ?

Tout le livre est dans la même veine. En le publiant avant les primaires socialistes de l’élection du candidat à la présidence de la République, ce qui ne manquait pas de courage, il espérait sans doute redonner une orientation moderne à un parti socialiste sclérosé, comme l’avait fait avec succès Tony Blair en Grande Bretagne. Mais le fossé était encore trop grand entre lui-même et le reste du parti. Il a eu 6% des suffrages alors que le trublion matamore Arnaud Montebourg en avait 17.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre ce qu’il préconisait et ce qu’il tente de faire aujourd’hui. Certes, il reste du chemin à parcourir. Il n’a pas pu faire un changement de ministres aussi drastique qu’il l’aurait souhaité. On lui a imposé des boulets comme Taubira pour ne pas trop déplaire à la gauche. Mais il va quand même tout à fait dans le sens que voulait Sarkozy en prenant le pouvoir. On sait que Sarkozy n’y est pas arrivé.

Ministre de l’Intérieur, Valls a commis quelques erreurs de jeunesse, dont une dureté injustifiée vis-à-vis de la Manif pour tous et un manque de culture sur l’Islam. Mais il a été très présent sur place dans les endroits où se sont produits des événements meurtriers et il y a tenu un langage résolu et précis qui tranche avec la langue de bois de tant d’hommes politiques.

Quant à l’Islam, il a déclaré lors de l’inauguration de la grande mosquée de Strasbourg : « Je n’hésiterai pas à faire expulser ceux qui se réclament de l’Islam et représentent une menace grave pour l’ordre public et qui, étrangers dans notre pays, ne respectent pas nos lois et nos valeurs. Les prédicateurs de haine, les partisans de l’obscurantisme, les intégristes, ceux qui veulent s’en prendre à nos valeurs et à nos institutions, ceux qui nient les droits des femmes, ceux-là n’ont pas leur place dans la République. » Le 12 novembre 2012, il a perdu son sang-froid à l’Assemblée nationale, suite à une question d’Éric Ciotti qui mettait en cause le gouvernement sur les chiffres de la délinquance. Il a lancé à la droite : « Le retour du terrorisme dans ce pays c’est vous ». S’en est suivi un brouhaha intense. Mais il a présenté des excuses deux jours après.

Devant le changement de cap opéré par Valls, la droite a plutôt tendance à dire : « Ah ! Ah ! Il n’y arrivera pas ». On dirait qu’elle le souhaite, de façon à ce que son échec entraîne de nouvelles élections où elle aura sa chance. Elle se berce d’illusions : l’échec de Valls n’entraînera probablement pas de dissolution, mais plutôt un remaniement, avec un ministère plus à gauche. En outre, elle se déconsidérera. Combien de citoyens de droite n’ai-je pas entendu dire « Ce sera dur mais il faudrait qu’il réussisse » ? Et ces mêmes personnes souhaitent que lors de la question de confiance, les députés de droite soutiennent Valls ou au moins s’abstiennent. Beaucoup de députés de droite, plus proches de leur parti que du peuple, ne sont pas conscients du mépris qu’engendrerait leur vote s’il était hostile à la confiance.

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