Le libéralisme, fléau court-termiste. Vraiment ?

Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, CC-BY 2.0

Le libéralisme est-il une idéologie portée à gaspiller les ressources ?

Par Marius-Joseph Marchetti.

 

libéralisme rené le honzecLors d’un de mes précédents articles, j’avais abordé un des sophismes souvent appliqué à la pensée libérale, à savoir la gratuité. Il me semble nécessaire d’aborder cette fois-ci un sophisme non moins grand, à savoir la croyance en un libéralisme totalement et ouvertement court-termiste gaspilleur de ressources. Je me permettrais, pour briser cette allégation récurrente, d’aborder l’instance naturelle de la propriété et de l’opposer à la propriété dite publique, qui n’est publique que car elle a été volée et confisquée au préalable dans la plupart des cas. Mais passons outre les commentaires dits désobligeants et affreusement dogmatiques destinés à nos très chers amis les politiciens, qui, s’ils nous ont conduit sur la route de l’enfer, ne l’ont fait que car ils avaient de bonnes intentions.

Intéressons-nous ainsi à la gestion des « biens collectifs » par les hauts fonctionnaires. Lorsque ceux-ci sont élus, ils héritent du domaine public pendant X années. Mais ils ne détiennent pas la valeur capitalisée de ces biens, ils ne possèdent que l’usage courant de ces ressources. Il s’ensuit naturellement une consommation anti-économique de la ressource vu que seul l’usage peut être possédé. Personne n’aura d’incitation à la conserver et il sera avantageux pour tout propriétaire de la consommer rapidement. Ils ont ainsi une très grande incitation à avoir une vision court-termiste.

Quelle incitation avez-vous à avoir une vision long-termiste si on vous offre une maison, mais seulement pour une durée de 5 ans, et qu’on vous explique de manière très explicite que ce n’est pas vous qui paierez les pots (pardon, les vases) cassés ? Vous n’en avez aucune. Vous aurez au contraire une très grande incitation à consommer le capital le plus vite possible avant que les prochains propriétaires n’arrivent.

Je me permettrai de faire un petit commentaire hors du propos initial. C’est en cela qu’on peut potentiellement voir la supériorité, du moins sur ce point-ci, de la monarchie sur la démocratie (attention, je ne justifie ni ne souhaite l’instauration d’une monarchie : mes propos sont purement théoriques). Dans une monarchie, le dirigeant n’aurait pas d’incitation à gaspiller le capital car il détient la valeur capitalisée, du moins jusqu’à sa mort ou jusqu’à ce qu’il soit destitué.

Ainsi, il aura intérêt à gérer convenablement le domaine public car le risque de révolte y est grandement supérieur à celui dans une démocratie. En effet, les individus vivant dans les démocraties sont bercées dans l’illusion de la liberté grâce au droit de vote. Combien n’ont jamais entendu le célèbre « nos aïeux sont morts pour le droit de vote » ? Personne. Nous pourrions rétorquer que nos aïeux se sont battus non pas pour le droit de vote mais pour la liberté. Différence notable et non négligeable. Sous la démocratie, un individu commun n’aura pas d’incitation à se révolter. Il se contentera de se dire qu’il votera autrement la prochaine fois. Et la boucle est bouclée.

« Un homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle de quelques années n’en est pas moins esclave. »
— Lysander Spooner

Pardonnez-moi chers lecteurs, mais le détour occasionné me semblait toutefois capital dans l’explication de ce sujet. Ainsi le problème de la propriété publique est qu’elle n’est pas en réalité une propriété commune des citoyens mais qu’elle n’est que la propriété de hauts fonctionnaires ne pouvant en bénéficier qu’un temps. L’un des facteurs faisant de la propriété ce qu’elle est est également la possibilité de la « dépropriété ». Si la propriété publique appartenait véritablement aux personnes la finançant, nous serions, en quelque sorte, chacun des actionnaires. Chaque contribuable aurait pu ainsi avoir la possibilité de vendre sa part qui lui est naturellement due par son financement constant. Il n’en est rien vu que la possibilité de la « dépropriété » n’existe pas.

Chacun d’entre nous – et les politiciens en premier lieu – n’a aucun intérêt rationnel à consommer avec parcimonie le capital car il ne nous appartient pas, et nous ne pouvons nous en libérer. Tout individu composant le « public » et pensant posséder cette propriété peut essayer de s’approprier la part qui lui revient de par son financement pour son usage personnel.

Il est ainsi curieux qu’on oppose de manière systématique que les propriétaires privés, de par leur préférence temporelle, devraient avoir une vision à « court terme » alors que les fonctionnaires posséderaient une vision à « long terme ». C’est précisément l’inverse qui est exact. Ainsi, l’individu libre assuré de la propriété de ses ressources aura tout intérêt à avoir une vision à long terme et essaiera de garantir la valeur capitalisée de son bien. C’est le fonctionnaire aux commandes qui devra se hâter pour consommer le capital à sa disposition.

Voici un exemple, qui je l’espère, pourra briser ce sophisme à la peau dure. La propriété « publique » en est un. Sa seule utilité est de consommer le capital avec une rapidité bien plus considérable que ce qui aurait été possible sur un marché libre.