Canada : consommer et transporter le pétrole, deux débats à ne pas confondre

Alors que tous les arguments contre le développement de pipelines se tarissent, on entend certains opposants au pétrole éluder la question pour soudain affirmer que la source du problème vient de notre trop grande consommation de pétrole.

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Puit de pétrole (Crédits : Flcelloguy, GFDL)

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Canada : consommer et transporter le pétrole, deux débats à ne pas confondre

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 septembre 2014
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Par Youri Chassin, depuis le Québec.

Puit de pétrole (Crédits : Flcelloguy, GFDL)

La meilleure défense, c’est l’attaque, paraît-il. Acculé aux limites de la mauvaise foi, un politicien se lancera parfois dans une attaque véhémente de son adversaire pour détourner l’attention d’une question à laquelle il ne sait que répondre.

Ce qui est vrai pour les politiciens l’est aussi pour certains écologistes. Alors que tous les arguments contre le développement de pipelines se tarissent, on entend certains opposants au pétrole éluder la question pour soudain affirmer que la source du problème vient de notre trop grande consommation de pétrole.

Si la consommation de pétrole constitue un débat légitime et stratégique, prenons néanmoins le temps de reconnaître que ce n’est pas moins vrai pour l’important enjeu du transport du pétrole. Et dans ce cas, personne ne peut prétendre sérieusement que des doutes subsistent.

Le train ou l’oléoduc ?

L’oléoduc est le moyen le plus efficace, le plus fiable, le plus économique et le plus sécurisé pour transporter d’importantes quantités de pétrole sur de longues distances. L’autre option, s’il n’y a pas d’oléoduc, c’est le transport par train, moins fiable.
D’une part, le risque d’un déversement par train était six fois supérieur à celui d’un accident d’oléoduc sur une période de 8 ans entre 2004 et 2012. Et si les oléoducs nord-américains ont déversé trois fois plus de pétrole que les trains pour des distances comparables au cours de la même période, c’est surtout parce qu’ils transportent beaucoup plus de pétrole. En effet, les déversements, les fuites et les ruptures de pipeline ne représentent qu’un infime pourcentage des volumes circulant dans les pipelines.

D’autre part, en matière d’incidents sérieux pouvant impliquer des blessures ou des décès, le pipeline est le moyen de transport le plus sûr, avec 0,58 incident par milliards de tonnes-milles (des tonnes de fret transportées sur une distance d’un mille). Le transport par train arrive en deuxième place avec 2,08 incidents.

En raison notamment des difficultés liées à l’approbation de nouveaux projets d’oléoducs, l’industrie du transport du pétrole par train s’est développée davantage au fil des ans. S’opposer à tout crin aux oléoducs n’est pas une option valable.

Peut-on se passer de pétrole ?

Philippe Bourke, directeur du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement, signe une lettre ouverte dans La Presse qui tente de lier la question de la consommation de pétrole avec celle du transport du pétrole. Par contre, il fait preuve de bon sens en reconnaissant qu’on aura encore besoin de pétrole pour longtemps et qu’« il est particulièrement difficile d’imaginer pouvoir s’en passer complètement ».

En fait, personne ne pense qu’il est possible en quelques années de se passer de pétrole. Les plus ambitieux proposent d’en réduire la consommation d’ici 2030. Autrement dit, le jour où le pétrole ne sera presque plus utilisé, ni au Québec ni ailleurs, ne semble pas prévu à court terme. C’est pourquoi certains sont prêts à financer des projets d’oléoducs.

Réduire notre consommation de pétrole apporte des avantages indéniables, économiques et environnementaux. Le fait qu’on se transporte sur une même distance avec 16,7 % moins d’énergie aujourd’hui qu’il y a 20 ans montre bien qu’on cherche des solutions. On ne peut toutefois prétexter de cette évolution positive pour éluder les défis du transport du pétrole.

Il n’existe malheureusement aucun moyen de transport 100 % sûr, que ce soit pour transporter du pétrole ou autre chose. Mais les faits démontrent à tout le moins que l’oléoduc est plus fiable que le transport par train, autant en ce qui concerne le nombre d’accidents que la gravité de ceux-ci.

Sources :

  • Diana Furchtgott-Roth, « Pipelines Are Safest For Transportation of Oil and Gas », in Issue Brief, no 23 (juin 2013) ;
  • Diana Furchtgott-Roth, « Quebec tragedy reminds us pipelines are safest way to transport oil », in The Globe and Mail, 7 juillet 2013.
  • U.S. Department of Transportation, Pipeline and Hazardous Materials Safety Administration, Building Safe Communities: Pipeline Risk and its Application to Local Development Decisions, octobre 2010, p. 23-28.
  • Eliot Caroom, « Pipelines Spill Three Times as Much Oil as Trains, IEA Says », Bloomberg, 14 Mai, 2013.

Sur le web 

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  • Montréal semble bien loin de nos débats européens… Au final nous consommateurs européens constatons, avec plaisir, une stagnation du prix de l’énergie. Les énormes investissements consentis au Canada et aux USA pour produire du pétrole (et du gaz) à partir de gisements jusqu’ici réputés difficiles et coûteux , nous les refusons chez nous.
    Ma petite idée, est qu’il est effectivement astucieux de laisser nos amis américains consommer leurs territoires et leurs réserves pour maintenir à prix bas l’accès au pétrole (et au gaz) et d’attendre que la rareté des hydrocarbures refasse monter les prix pour valoriser nos propres réserves (supposées).

  • Les commentaires sont fermés.

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