Socialiste ou libéral ?

Mirage social libéral (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Le Gouvernement fait encore vivre les Français dans le provisoire là où ils ont besoin de retrouver la confiance en eux qui ne se construit que dans la pérennité assumée.

Par Jean-Philippe Delsol.

Mirage social libéral (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Faut-il se réjouir que le gouvernement Valls prenne un tournant social-libéral ? A dire vrai, je crains que ce ne soit poudre aux yeux. Un nouveau ministre, tout flamboyant tout beau, dit qu’il a pu souhaiter faire évoluer la loi sur les 35 heures et le patronat y croit déjà quand bien même le Premier Ministre vient aussitôt rappeler que le gouvernement ne touchera pas à cette avancée sociale qui a relégué la France au stade de lanterne rouge de l’Europe. Certes, Manuel Valls annonce une remise en cause de la misérable loi ALUR… Mais sauf à Paris où elle fait le plus de ravages. Des mesures sont prévues pour réduire l’imposition des plus-values sur terrains à bâtir ou favoriser les donations de terrains à construire, mais jusqu’en 2015 seulement.

Le Gouvernement fait encore vivre les Français dans le provisoire là où ils ont besoin de retrouver la confiance en eux qui ne se construit que dans la pérennité assumée. Il approfondit la rupture entre deux France, celle qui ne paye pas d’impôt et qui reçoit, dont il élargit la base, et celle qui travaille encore, malgré les 35 heures, sur les épaules de laquelle il alourdit le fardeau social et fiscal. Quand il veut aider les entreprises, il ne baisse pas leurs charges, mais leur prend plus pour leur en redonner un peu via un CICE, la grande machine administrative qui, elle, y trouve matière à s’engraisser en même temps qu’elle coûte toujours plus cher.

Certes, il y a quelques propositions heureuses à la marge pour aider les étudiants à créer leur entreprise, pour permettre le travail le dimanche, pour supprimer quelques normes excessives… Mais le déficit du budget et celui du commerce extérieur continuent de s’accroître et la seule parade est encore dans une politique de court terme tendant à rogner les dépenses et demander sans fin des délais supplémentaires à l’Europe, là où il faudrait des réformes structurelles pour libérer l’école, l’emploi, l’entreprise, le logement, favoriser l’initiative individuelle, rendre aux contribuables des marges de manœuvre, réduire le poids de l’administration au profit d’une société civile revigorée…

Alors… social-libéral ?

Social-libéral ne veut rien dire car le socialisme de Manuel Valls et consorts pense encore que tout doit venir de l’État quand le libéralisme fait confiance aux hommes pour faire progresser la société. Social-libéral est un oxymoron, ou un pléonasme.

C’est un oxymoron s’il s’agit de dire que le socialisme et le libéralisme sont compatibles car ils ne le sont pas. Il faut choisir sauf à finir par tourner ce mauvais film caricatural d’un communisme dit libéral à la chinoise qui emprunte les travers du totalitarisme en continuant d’emprisonner ceux qui ne pensent pas droit, en muselant la toile, en reniant ses propres engagements de démocratie à Hong Kong… Et qui se plie aux pires excès de la jungle d’un capitalisme d’État. Celui-ci est capable de faire prospérer des mafias profiteuses de monopoles et de contraintes imposés par une oligarchie enrichie de ces passe-droits et qui a envahi le faux parlement de cette superpuissance aux pieds d’argile. Le collectivisme n’est pas compatible avec le libéralisme, car celui-ci repose d’abord sur le respect des individus autant que sur la liberté et la créativité personnelles, que celui-là dénigre quand il ne les interdit pas.

C’est un pléonasme s’il s’agit de dire que le libéralisme est social, car il est le plus social de tous les régimes en « isme ». C’est lui qui a permis le progrès matériel et intellectuel de l’humanité, sorti les masses paysannes de l’extrême pauvreté, allongé l’espérance de vie… Il n’est pas parfait, car nul n’est parfait, mais il le sait à la différence de tous les autres. Et c’est sa faiblesse en même temps que sa force. C’est ce qui lui évite de vouloir une politique contre les Hommes.

Le socialisme réformateur qui s’amorce en deuxième partie du quinquennat viendra peut-être sauver la France et le socialisme lui-même d’un désastre définitif. Mais ça ne sera que pour faire vivre les Français dans un monde triste géré par des petits hommes gris. Il ne sera pas la révolution qu’il faudrait pour libérer les énergies et rendre aux Français envie d’être libérés plutôt qu’assistés. Hélas !