Le patronat, une divinité incontournable ?

ganesh credits marco apis (licence creative commons)

Les partis de tout horizon content les bienfaits du patronat sur l’emploi. Le nouveau discours de Manuel Valls face à la classe patronale le démontre. Mais est-ce vraiment le cas ?

Par Christopher Mariën.

ganesh credits marco apis (licence creative commons)

Les gouvernements se forment, se reforment ou se restructurent, mais leur priorité reste la même : l’emploi ! Il faut relancer l’activité, il faut recréer de la compétitivité, il faut relancer l’emploi ; et qui d’autre que la sainte divinité patronale peut accomplir un tel exploit ? En effet, nos politiques, de gauche comme de droite, ne cessent de nous tresser les louanges du saint patronat sur la création d’emploi, mais qu’en est-il réellement ?

Malgré  l’incontestable évidence que sans patron, il n’y a pas d’entreprise et donc pas de salariés, les cadeaux fiscaux, comme nos chers camarades de gauche aiment les appeler, permettent-ils véritablement la création d’emplois ?

Quel but pousse le patron à investir de l’argent dans son entreprise ? La création d’emplois ? La diminution du chômage qui coûte tant à l’État ? C’est ce que semblent penser de nombreux politiques, trop naïfs. Et pourtant la raison est tout autre, c’est évidemment le profit. Aucune méprise dans ces paroles, tout le monde cherche le profit, c’est le moteur de nos actions. Lorsqu’un employé fait grève pour plus de pouvoir d’achat, il cherche davantage de profit lui aussi.

En considérant le but premier du patron comme étant l’augmentation de ses gains, nous pouvons être en mesure d’analyser en détail les actions de notre cher entrepreneur. Lorsqu’il souhaitera développer son activité, ce que souhaitent nos politiques, il sera face à deux grandes options : la création d’emploi et le développement des outils de production.

patron droit divin Le HonzecPour développer ce point, prenons un cas concret. Le futur gouvernement fédéral belge souhaite diminuer la taxation sur les entreprises de 33% à 25%, ce qui, soyons honnête est un plus pour le développement de ladite entreprise. Avec ces 8% de capital non taxé, le patron peut, s’il en ressent le besoin, développer davantage son activité. La première piste serait d’augmenter  la masse salariale, créant par là même, une nette diminution du chômage et donc moins de dépenses publiques et davantage de revenus taxés, option qui satisferait l’État évidemment. La deuxième piste est d’investir dans de nouveaux outils de production, plus performants et plus adaptés à la demande du marché. L’entrepreneur est face à un dilemme, comment choisir ? Tout simplement en calculant le meilleur qualité/prix, le rendement que chacun apporte. Et c’est à ce niveau que le bât blesse, car quelles seraient les raisons pour un patron d’engager du personnel quand le remplacement d’une machine ou d’un logiciel apporterait plus de rendement et moins d’investissement que l’engagement de nouveaux salariés ?

De nombreux politiques, essentiellement de droite ou de centre-droit, sont à l’écoute du saint patronat et de ses difficultés, mais souvenons-nous d’une chose : lorsqu’ils s’adressent à nos politiques, le patron et l’employé recherchent la même chose, l’augmentation de leurs gains. Et pourtant, l’entrepreneur est régulièrement vu comme le moteur de l’emploi, alors qu’il n’est que le moteur de profit, de son profit. Patrons et employés sont parfois sur la même longueur d’onde et comme le dit un célèbre écrivain « Le prolétaire est un bourgeois qui n’a pas réussi. Rien de plus, rien de moins.» (Louis Ferdinand Céline).