Afrique : le bon, le mauvais et le laid

Afrique (Crédits : Gustave Deghilage, licence Creative Commons)

Quel bilan tirer du sommet USA-Afrique ? Quels espoirs pour le développement économique de l’Afrique ?

Par Steve Hanke
Un article du Cato Institute

Afrique CC Gustave Deghilage

Du 4 au 7 août dernier, le président Obama a accueilli à Washington le Sommet des États-Unis – Afrique. Il a reçu plus de 40 chefs d’État africains et leurs gigantesques entourages dans une ambiance festive. En effet, même le virus Ebola en Afrique de l’Ouest n’a pas réussi à altérer le moral des participants. Peut-être est-ce les milliards de dollars de promesses d’investissements en Afrique, annoncés par les grandes entreprises privées américaines qui ont entretenu cette bonne humeur ?

Les services de communication des grands journaux étaient aussi euphoriques. En effet, un grand nombre des pays invités ont investi de grosses sommes pour de longues pages de promotion. Cela dit, la couverture de cette rencontre a été très légère. Ni le bon, ni le mal, ou encore le laid n’ont fait couler beaucoup d’encre.

Le bon

Qu’en est-il du bon ? Les entreprises privées créent de la prospérité, et la prospérité est bonne pour votre santé. Le regretté Peter T. Bauer a d’ailleurs mis en avant les avantages du commerce privé dans son ouvrage classique de 1954, West African Trade. Dans de nombreuses études ultérieures, Bauer a réfuté la pensée conventionnelle avec des études de cas détaillées et un raisonnement économique fort. Il a conclu que la seule condition préalable pour l’épanouissement du commerce privé et de la prospérité était la liberté individuelle renforcée par la sécurité des personnes et des biens.

Plus récemment, Ann Bernstein, une Sud-Africaine, a mis en avant l’intérêt des entreprises privées pour les progrès économiques (cf. The Case for Business in Developing Economies, 2010). Effectivement, les entreprises créent des emplois, fournissent des biens et services, diffusent des connaissances, payent des impôts, etc. Hélas, dans le reportage qui a couvert le sommet des dirigeants, on n’évoque absolument pas les investissements de plusieurs milliards de dollars des entreprises privées comme Coca-Cola, General Electric, et Ford Motor Co., ni les bienfaits de l’activité du monde des affaires. Mais, comme on dit, « ce n’est pas l’affaire du président ».

Le mauvais et le laid

Passons du bon au mauvais et au laid, et concentrons-nous sur la profonde misère en Afrique subsaharienne. Je mesure la misère avec un indice qui correspond à la simple somme du taux d’inflation, du taux de chômage et du taux des prêts bancaires, moins le taux annuel de variation du PIB par habitant. En utilisant cette mesure, les pays de l’Afrique subsaharienne sont classés dans le tableau ci-dessous, pour 2012.

Indice Misère Afrique

Les scores des indices de l’ordre de 10 ou moins indiquent une économie relativement libre, et les pays avec des scores autour de 20 indiquent un dysfonctionnement considérable, exigeant des réformes structurelles profondes (vers un marché libre). Les scores de l’Afrique subsaharienne montrent que la région va de mal en pis. Pour que la plupart de ces pays deviennent des destinations favorables à l’entrepreneuriat et à la prospérité, d’énormes réformes structurelles sont nécessaires.

Les gouvernements peuvent-ils gouverner ? Sont-ils à la hauteur de leurs missions régaliennes qui comprennent le maintien de l’ordre public, la gestion efficace des affaires monétaires et budgétaires, et la mise en place d’institutions appropriées pour soutenir les activités privées ?

Pour les États de l’Afrique subsaharienne, la capacité de produire des données économiques en temps opportun jette un peu de lumière sur ces questions. Pour 2013, seuls 6 pays ont communiqué les données nécessaires à l’élaboration d’un indice de la misère. Pour les 42 autres pays d’Afrique subsaharienne, les données économiques de base nécessaires pour la production de cet indice accusent une année et demi de retard.

Donc, même s’il y a une volonté de s’attaquer aux énormes problèmes économiques structurels auxquels sont confrontés la plupart des pays africains, les dirigeants ont-ils la capacité de répondre à ce défi, ou se contentent-ils de faire semblant ? Il serait temps de passer des promesses à l’action.


Sur le web. Traduction réalisée par Libre Afrique.