Les centristes ont raison de refuser de collaborer avec Valls

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Les centristes n’avaient aucune raison de s’associer à un personnage aussi peu proche de leurs valeurs.

Par le Parisien libéral

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En général, quand quelqu’un arrive en poste dans une nouvelle entreprise, on lui laisse le temps de s’installer et de prendre ses marques, et on lui tend la main afin qu’il puisse faire son travail. Cela s’appelle la période d’essai.

Au niveau de la politique, puisqu’il parait que la France n’est pas une entreprise mais un projet de société (dissidents, tremblez !), c’est un peu différent mais le projet reste le même : des gens se présentent avec un programme et tentent de convaincre les électeurs de leur donner les moyens de mettre celui-ci en œuvre, dans le respect des institutions.

Celles de la Veme République prévoient notamment ceci :


ARTICLE 6.
Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct.
Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.

ARTICLE 8
Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

ARTICLE 9.
Le Président de la République préside le conseil des ministres.

ARTICLE 20
Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée. Il est responsable devant le Parlement.

ARTICLE 21
Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l’exécution des lois

ARTICLE 24
Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques.


Autrement dit, le responsable de l’exécutif français, c’est François Hollande. Ce dernier a été élu en battant un mauvais président social-démocrate de droite, Nicolas Sarkozy, mais sur des mensonges, notamment en niant l’existence même d’une crise. Les français ont librement choisi de voter pour l’ancien chef du Parti Socialiste. Ils ont ensuite librement choisi de donner à Hollande une majorité socialiste (majorité absolue à l’Assemblée Nationale) y compris en élisant des gens comme Sylvie Andrieu ou Pascal Terrasse.

François Hollande a donc eu, dès juin 2012, les mains libres pour appliquer son programme, avec un gouvernement, une Assemblée Nationale, un Sénat, les villes de Paris, Lille, Lyon, Nantes, la majorité des départements et régions, un CSA et des médias, des grandes entreprises publiques acquises à sa cause. Il ne faut pas qu’il vienne maintenant rejeter la faute de ses échecs sur l’opposition.

Au-delà même des points précis de son programme économique et social et de ses engagements, François Hollande parlait d’apaiser la France et de la réparer après la période sarkozyste. La réparer de quoi ? Notamment de l’opposition des Français les uns envers les autres, de la rupture diplomatique que constituait l’engagement dans le commandement intégré dans l’OTAN, du bling bling etc.

En deux ans, Hollande a-t-il changé quoi que ce soit là-dessus ? Non. Il a divisé la France comme jamais (notamment à l’occasion du mariage pour tous), il a stigmatisé les riches aussi bien que les Roms, il a poursuivi l’engagement de la France dans l’OTAN après avoir pourtant déposé une motion de censure contre il y a quelques années, il s’est rendu compte que Merkel n’était pas sa chose, et, sur le plan personnel, il a démontré qu’il était encore plus friand que Sarkozy de bling bling (songeons au restaurant Le Laurent, aux jets privés Paris-Tulle, au pavillon de la Lanterne à Versailles …). Il a aussi taxé à tout va, remettant même en cause sa promesse de ne pas augmenter la TVA, et Manuel Valls a été associé à ces décisions depuis le début, en tant que ministre régalien.

Manuel Valls, parlons-en. Ce donneur de leçons est quand même celui qui demande le respect de l’autorité, après avoir sans cesse piétiné celle de son ancien supérieur, Jean-Marc Ayrault. La presse (ou plus exactement une journaliste du Point) semble regretter que les centristes refusent de s’associer avec ce personnage. Pourtant, les centristes ont raison, et ce pour des raisons de forme aussi bien que de fond.

Sur la forme, Manuel Valls pourra faire autant de remaniements qu’il veut, le problème c’est le maintien de François Hollande en poste. Élu sur des mensonges (par action ou par omission) et sur la volonté de faire la synthèse entre des courants de pensée totalement irréconciliables (rendre hommage au communisme et se déclarer humaniste, ce n’est pas possible), seule sa démission serait susceptible de redonner un peu d’air. Cette démission n’arrivera pas, Hollande veut rester en poste jusqu’en 2017 : hé bien qu’il assume !

Quant au fond, les centristes peuvent-ils vraiment se rendre complices de la vision du monde selon Hollande et Valls ? Les centristes peuvent-ils cautionner le scandale de la Banque Publique d’Investissement ? Peuvent-ils valider l’arrestation d’une française, en France, pour des crimes qui ne sont pas punis en France ? Peuvent-ils accepter qu’un Premier Ministre ne réponde pas aux parlementaires en questions au gouvernement mais les insultent ? Peuvent-ils vouloir travailler avec un président de la République qui fait preuve d’un insupportable populisme anti-européen quand ça l’arrange ? Peuvent-ils vouloir travailler avec un exécutif qui, il y a un an, voulait « punir Bashar » et qui désormais va peut-être collaborer avec lui dans une perpétuelle guerre contre le terrorisme ? Peuvent-ils travailler avec un exécutif qui redessine les régions sur un coin de table un dimanche soir au lieu de prendre en compte les nombreux travaux faits sur le sujet ? Et peut-on passer sur le traitement anti démocratique mais pro République de l’affaire Dieudonné ? Sur l’affaire Nicolas Bernard-Buss (12) ? Sur les bavures policières dont on ne parle plus ?

Il existe de nombreuses personnalités de qualité chez les centristes, mais ni la proposition de Charles de Courson (UDI) de réintégrer dans le revenu fiscal des députés leur IRFM, ni les idées de Jean-Christophe Fromantin (UDI) sur la réforme des régions, ni les signaux d’alarme émis par Sylvie Goulard (Modem) n’ont jusqu’à présent trouvé grâce aux yeux de Valls et Hollande. Pourquoi cela changerait-il tout à coup ?

On nous dit : Manuel Valls est un moderne, acquis aux idées libérales. C’est faux. Tout au plus est-il pleinement conscient du fait que le socialisme ne fonctionne qu’avec l’argent des autres. Manuel Valls avant tout est un politicien acquis aux  intérêts d’une certaine oligarchie. C’est totalement différent. C’est aussi un adepte du droit du plus fort, comme son patron François Hollande. C’est bien le droit de Manuel Valls, mais voila pourquoi les centristes ont pleinement raison de refuser de s’associer à un personnage aussi peu proche des valeurs centristes. Si les socialistes veulent faire bouger les choses, ils n’ont qu’à demander l’adoption de la proportionnelle, la dissolution de l’Assemblée Nationale et la démission du président de la République. Tout cela n’arrivera pas. Oui, cela fait beaucoup trop longtemps que Hollande, Valls, Sapin, Taubira, Belkacem, Royal & co ont dépassé la durée de période d’essai. Et pendant cette période d’essai ratée, les socialistes se sont ingéniés à remettre en cause les quelques rares points positifs datant de la précédente majorité (heures sups défiscalisées, auto-entrepreneur, réforme de la carte militaire).

Heureusement que sur le plan de l’économie aussi bien que sur celui des droits de l’homme, l’Europe et ses institutions arriveront à empêcher la France de dériver trop loin. Faute de pouvoir compter sur la volonté réformatrice, réelle ou feinte, de Manuel Valls, qui ne disposera pas, de toutes façons, d’une majorité au sein des députés PS, les Français peuvent au moins espérer que l’Europe empêche l’exécutif de trop faire n’importe quoi.


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