Énergie en Europe : « politics and business as usual »

Les intérêts économiques prendront-ils le pas sur ceux géopolitiques dans la relation entre Allemagne et Russie ?

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Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

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Énergie en Europe : « politics and business as usual »

Publié le 27 août 2014
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Par Thierry Godefridi.

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Dans un article d’opinion publié par l’International New York Times des 23/24 août 2014, Slawomir Sierakowski, sociologue polonais, s’étonnait de ce que le Président des États-Unis et la Chancelière allemande aient estimé nécessaire de rassurer la Pologne et les États baltes quant au soutien que leur procurerait l’OTAN si la situation en Ukraine dégénérait en guerre ouverte et la menace se précisait pour ses voisins qui faisaient eux aussi naguère partie de la sphère d’influence soviétique.

Otan à deux vitesses ?

Qu’il soit nécessaire d’insister sur le fait que les engagements pris seront respectés, c’est précisément parce qu’il existe un doute à cet égard, estime l’auteur de l’article, qui voit dans l’absence de soldats de l’OTAN en Pologne et dans les États baltes (concession politique faite de longue date à la Russie) l’existence d’une organisation de défense à deux vitesses. « Il ne fait aucun doute que les membres de première classe (Grande-Bretagne, Allemagne, Italie) seraient immédiatement défendus en cas d’attaque. Quant aux membres de seconde classe, ils font partie d’une zone grise qui serait ravagée pendant des semaines voire des mois avant que des forces de l’OTAN n’y fassent leur apparition. »

Certes, l’Allemagne entretient, elle, avec ses voisins d’Europe orientale des relations qui n’ont jamais été meilleures qu’aujourd’hui, constate Sierakowski, mais il n’en reste pas moins que la Russie est l’un des plus grands exportateurs de matières premières et que l’Allemagne est l’un des plus grands exportateurs de produits finis. Leur intérêt commun s’inscrit dans la réalité économique comme l’un des plus grands partenariats d’affaires en Europe, illustré notamment par les mandats exercés par le prédécesseur (socialiste) de la Chancelière allemande dans l’industrie pétrolière russe.

Quinze ans se sont écoulés depuis que la Pologne a rejoint l’OTAN, dix ans depuis que les États baltes ont fait de même. Maintenir une « quarantaine géopolitique », concédée à l’origine à l’Union soviétique, en guise d’apaisement vis-à-vis du pouvoir en place aujourd’hui n’est pas sans rappeler de fâcheux précédents historiques, conclut l’auteur de l’article en question.

Économie v. géopolitique

En page 13 (« Companies – Economy – Business ») du même numéro de l’International New York Times, un entrefilet faisait état de ce qu’en dépit des tensions suscitées par la crise en Ukraine, le gouvernement allemand avait approuvé la cession de la filiale pétrole et gaz naturel du groupe énergétique RWE à un groupe d’investissement russe établi à Luxembourg pour un montant de plus de 5 milliards €. RWE doit faire face aux pertes résultant de la décision de l’Allemagne de sortir de l’industrie nucléaire et d’augmenter sa dépendance par rapport aux sources d’énergies renouvelables. L’accord du gouvernement allemand constituait le principal obstacle en ce qui concerne la cession de ces intérêts pétroliers et gaziers, même si d’autres pays devraient encore donner leur aval avant qu’elle ne puisse se réaliser. En effet, la filiale du groupe RWE a notamment des intérêts en Norvège, en Grande-Bretagne et au Danemark. Ces autres membres de l’OTAN feront-ils prévaloir la réalité économique ou l’aspect géopolitique ?

Un ancien premier ministre danois est secrétaire général de l’OTAN et la Norvège partage 200 km de frontière avec la Russie. Toutefois, si l’accord passé entre Rosneft, le plus grand producteur pétrolier russe, et la société norvégienne North Atlantic Drilling d’une prise de participation de 30% de la première dans la seconde en échange de 150 plates-formes de forage, accord annoncé par le Financial Times du 22 août 2014, peut servir de prémonition quant à la position des gouvernements concernés dans le dossier RWE, Slawomir Sierakowski ainsi que Corentin de Salle et David Clarinval (auteurs du livre Le Fiasco énergétique qui évoquait les conséquences désastreuses de la politique énergétique allemande) auront des pièces à conviction à ajouter à leurs dossiers respectifs.

Sources : International New York Times ; Financial Times.


Sur le web.

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  • L’Europe doit réduire fortement sa dépendance au gaz et pétrole russe, point à la ligne.
    La Lituanie a commencé en passant un accord avec la Norvège, et les états de l’Est devraient bientôt pouvoir commander du gaz US qui leur serait livré vers 2016 / 2017.
    Les efforts de conservation énergétique pour produire autant avec moins de gaz seront essentiels.

    • Qu’est-ce que vous entendez par « efforts de conservation énergétique » ?

    • Réduire sa dépendance aux matières premières russes, oui bien sûr mais changer notre diplomatie pour retrouver une alliance naturelle avec la Russie, voire même l’ex-Empire Russe.
      J’ai toujours été un chaleureux atlantiste mais la fin de l’URSS aurait dû permettre à l’EU de se rapprocher plus de la Russie, alors que depuis 20 ans nous la traitons en vaincue sans égard pour son passé et pour son potentiel énergétique, un moment ou à un autre l’économie rend obsolète une diplomatie qui manque de Realpolitik. L’Allemagne la joue plus finement, en effet.
      Il aurait fallu avoir plus d’égard envers le nationalisme russe, même si c’est devenu un gros mot et comprendre un peu mieux l’opinion publique russe et les (le) dirigeants actuels.
      L’Europe redevient un terrain d’enjeux géostratégiques intéressants, en l’état actuel des choses, je ne vois pas se dessiner une diplomatie visionnaire ni en France ni en Europe, le jeu des USA est pour l’instant en défaveur de l’Europe, mais ça peut changer sur le long terme.

    • L’apport de gaz US devrait rester négligeable, de par la nature physique même de la ressource.
      Le gaz, comme son nom l’indique, est gazeux et donc difficilement transportable. De plus, un approvisionnement par bateau est par essence inconstant et avec un débit limité.

      Conclusion, on aura encore besoin longtemps du gaz russe, besoin encore plus important du fait de la baisse de la production de la mer du nord depuis 2010.

      • Un méthanier, est-ce un transport d’animaux ou de prouts concentrés ?

        • Certes, un méthanier transporte du gaz. Mais il est bien plus couteux d’utiliser ce genre de moyens qu’un gazoduc. Pourquoi?
          Et bien il faut comprimer le gaz, voir le liquéfier, ce qui demande une grosse consommation d’énergie (et donc augmente le coût). De plus, contrairement au gazoduc, le débit n’est pas constant, ce qui nécessite la mise en place de structure de stockage supplémentaire, elle aussi particulièrement couteuse.

          Enfin, je doutes qu’en terme de potentiel d’exportation, les USA disposent de suffisamment de ressource pour impacter de façon importante les consommations de gaz de plusieurs pays de l’est, habitué à utiliser la manne gazière russe.

  • « Les intérêts économiques prendront-ils le pas sur ceux géopolitiques dans la relation entre Allemagne et Russie ? » Evidemment ! Voir un nouveau petit blog : gateuxblog.blogspot.fr

  • Suis-je iconoclaste de penser que l’économie doit être utilisée pour réduire et faire disparaître les tensions géopolitiques ? La Pologne et les pays Baltes doivent commercer avec ceux qui leur feront les meilleures conditions, et le rôle de l’UE doit être de veiller à ce que le marché soit loyal et transparent, et que de meilleures conditions ne soient pas un faux-nez pour une main-mise politique, mais c’est tout.

  • le gouvernement allemand avait approuvé la cession de la filiale pétrole et gaz naturel du groupe énergétique RWE à un groupe d’investissement russe établi à Luxembourg pour un montant de plus de 5 milliards €. RWE doit faire face aux pertes résultant de la décision de l’Allemagne de sortir de l’industrie nucléaire et d’augmenter sa dépendance par rapport aux sources d’énergies renouvelables.

    Ce n’est pas étonnant, c’est le résultat d’une politique erronée et excessive.
    cf :
    http://www.lesechos.fr/06/05/2013/LesEchos/21431-041-ECH_transition-energetique—le-contre-modele-allemand.htm

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