Dans la tête de François Hollande

François Hollande (Crédits G8 UK licence Creative Commons)

Quel est le degré de finesse du chef de l’État ? Deux scénarios possibles.

Par Lois Henry.

Beaucoup des adversaires politiques de François Hollande l’ont sous-estimé et souvent pris pour un faiblard. A leur décharge, il est vrai que François Hollande ne prête pas trop à l’estime, de près ou de loin. Après la démission du gouvernement, que pourrait avoir Hollande en tête ? Deux scénarios selon le degré de finesse politique du Président en exercice. À vous de choisir !

Le scénario Homer Simpson 

homer credits jason (licence creative commons)Un beau matin, Hollande réalise qu’il n’est pas fait pour le poste. Pas assez de vie privée, trop de responsabilités, pas assez de courage, pas assez d’esprit d’initiative. Il lui manque trop de choses ! Seul dans son lit, Hollande se rappelle les tendres nuits passées aux Universités d’été du PS à s’enjailler dans l’herbe rendue humide par les batailles d’eau entre ténors socialistes. Ah… La bonne époque, avec Ségolène comme concubine, quand les kilos en trop le rendaient proche des gens et pas loin de la table (des négociations). Ne pas s’engager, c’était alors une doctrine jusque dans le Parti Socialiste ! François en avait fait un hollandisme, se revendiquant du bon vieux Docteur Queuille. A table avec un bon pinard, il criait à qui voulait l’entendre : « La politique n’est pas l’art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent ». François le Blagueur qu’ils l’appelaient ! Ah, ça, il les avait toutes les blagues Carambar !

Tenu par le sens des responsabilités, et par Julie Gayet qui lui envoie un texto étrange : « Si tu pars, j’arrête tout », il décide d’aller à tapis : il change une dernière fois de lunettes. Les voilà rose fushia et triangulaire. Rien à faire, les sondages ne s’améliorent pas. Las et mélancolique, il choisit de retourner à ses amours d’autrefois. Coup de tonnerre sur TF1, il annonce sa démission et la motive: « Personne ne m’aime et j’ai besoin d’amour ». Il finit par accepter un poste ennuyeux rémunéré en pepitos et en tranquillité. Seul hic : Julie Gayet aurait malencontreusement perdu son 06.

Le scénario House of Cards 

Machiavel credits yaili (licence creative commons)Le Président se sent perdu. La courbe des sondages ne s’inverse pas. Lui qui l’avait promis… Il sait que sa spécialité a toujours été de compter les voix, d’avoir le bon compte à l’Assemblée. Sa présidence du PS lui a permis d’avoir de nombreux amis parmi les parlementaires. Il se demande comment transformer cette addition de voix en un avantage contre Sarkozy. Il l’obsède. Quand il lit la presse politique, il ne voit que le nom de Sarkozy. A peine tourne-t-il la tête vers la presse people qu’il voit Sarkozy et Carla à moto et sans casque, en toute transparence. Chaque jour, il se sent davantage humilié par Sarkozy qu’il craint tant. Il sait qu’il l’a blessé en ne le raccompagnant pas et il sait que Sarkozy fera tout pour le faire chuter. Il sait que Sarkozy revient aussi un peu pour lui, pour saigner la bête blessée. Il a beau avoir essayé de mettre l’ancien Président hors course en montant un cabinet de conseil spécialisé dans les relations entre les anciens présidents et la préfecture de police, comme un fantôme, Sarkozy hante toujours ses nuits.

Le 25 août au matin, le Président apprend que Sarkozy reviendra dans quinze jours. Deux heures plus tard, la coalition Montebourg-Hamon-Filippetti déserte. Trop jeunes pour couler avec le capitaine, ils ont d’autres ambitions pour 2017. Il s’était moqué de Sarkozy en l’imaginant débattre avec Hervé Mariton. L’idée qu’un deuxième mandat pourrait être compromis en ayant à se mesurer lors de primaires à Montebourg le dégoute. D’un revers de la main, il écarte l’hypothèse de la démission. L’histoire ne retiendra pas cela de lui, il l’a juré. Passer pour un débile aux Guignols lui suffit, il ne passera pas pour un Deschanel de plus dans l’Histoire. Alors que faire ?

Le Président a une idée. Il a trouvé comment maintenir les frondeurs socialistes à bonne distance, écarter Sarkozy et monter dans les sondages. Il embrasse son doigt qu’il pose sur le cadre de la photo de Mitterrand, puis sur celui de Chirac.

Tout d’abord, il faut un message pour les Français, un message clair : personne ne m’éloigne de ma ligne. Il convoque Valls et lui demande de proposer la démission de son gouvernement. Valls, qui a compris qu’il avait été le bouffon du Roi en acceptant le rôle de Premier Ministre, acquiesce. En deux temps, trois mouvements, les frondeurs des ministères sont éradiqués. Le Président aime les purges. Il trouve que cela vivifie. Le reste est simple : il s’ouvre vers le centre-gauche, puis vers le centre. Il passe quelques coups de fil à ces socialistes qui doivent leur poste à ses gentillesses lorsqu’il était à la tête du PS. Ils devront ne pas voter le budget et ne pas donner leur confiance au gouvernement. Voilà des frondeurs infiltrés. 24h avant l’annonce spéciale de Sarkozy sur TF1, Hollande n’a plus de majorité. Une heure après le passage de Sarkozy sur TF1, il dissout l’Assemblée Nationale. La première phase du plan est actée.

Sur TF1, Sarkozy s’est dressé en sauveur. Il revient pour le pays, a-t-il dit, il entend redresser la France et sa fierté. Le Président exulte. Il le prendra au mot. Dans de nouvelles législatives, Sarkozy est mal à l’aise. Hollande sait que Sarkozy va vite comprendre. Le FN progresse au premier tour avec 27%, l’UMP est à 34%. Le PS est loin derrière avec 17%. L’UDI, le Modem, les Verts et le PG complètent la grille. Au second tour, le PS est battu, largement. Le gouvernement revient à l’UMP.

La guerre éclate à l’UMP : Sarkozy, qui a annoncé son retour, ne peut pas accepter de devenir Premier Ministre, tapis et larbin de Hollande ! Sarkozy s’est fait enfler et le Président se sent fier. Sarkozy passera le reste du quinquennat à pleurer : en ayant refusé de devenir Premier Ministre, il a décrédibilisé son image du « sauveur » prêt à tout accepter. Son parti étant au pouvoir, sans mandat, que peut faire Sarkozy à part faire le tour des plateaux télés pour rappeler qu’il existe ? Six mois plus tard, Sarkozy comprend que la frappe de Hollande est imparable, il s’en va.

Définitivement. Le Président exulte. Sarkozy hors course, il sait qu’il va gagner en 2017. D’autant qu’il a pris Xavier Bertrand comme larbin. Bertrand aurait tout fait pour devenir Premier Ministre. Être celui de Hollande ne fut donc pas un problème pour lui. La deuxième phase du plan est achevée.

Entre la déflation et le chômage, Bertrand est vite pris à la gorge. Le Président fait, pendant ce temps, son Mitterrand. Il serre des mains, fait le tour des députés socialistes et compte les voix. Il décide de s’imposer en Palestine, en Syrie, en Irak. L’international parlera pour lui. Il fait le mec régalien et il adore ça. Il emmagasine la dignité. Il ne s’est jamais senti aussi bien. Quand il ouvre le journal, il voit la côte de Bertrand à 9%. Il voit la sienne remonter, petit à petit. Il l’avait dit ! Son quinquennat sera jugé sur sa côte de popularité. Pendant ce temps, il reprend contact avec les frondeurs. Bertrand ayant fait de l’austérité à tout va, il se rallie à la gauche de la gauche pour proposer un programme fondé sur la « croissance ». Valls est mis dehors et il va voir les matchs du PSG en pleurant avec Sarkozy. Les deux anciennes stars ont tout perdu. 2017 arrive, il fustige une droite qui s’est « empêtrée dans la rigueur » quand lui voulait y mettre fin « dès que la conjoncture le permettait et la conjoncture l’aurait permis dès décembre 2014 ! ». Montebourg prend du galon et devient directeur de campagne. Les sondages pleuvent : Hollande est à 34% au premier tour, Bertrand à 16%, Le Pen à 30%. Après s’être vengé de Sarkozy, Hollande s’est vengé de 2002. 2002 à l’envers, il se voit déjà avec ses 82% au second tour. Le Président a gagné.

Chapeau l’artiste.