Le Droit d’ignorer l’État, par Herbert Spencer

Selon Herbert Spencer toutes les institutions doivent être subordonnées à la loi d’égale liberté.

Par Eskoh.

Le droit d'ignorer l'Etat, par Herbert Spencer (Crédits Les Belles Lettres, tous droits réservés)Le droit d’ignorer l’État – ou le droit de rompre tout lien avec l’État – est la thèse de Herbert Spencer (philosophe et sociologue du 19e siècle) qui en fait sa condition sine qua non à l’affirmation du principe de la liberté individuelle dans une société et plus particulièrement une société démocratique.

Au centre de sa thèse se trouve le principe d’égale liberté. Cette notion correspond à ce que « chaque homme a la liberté de faire tout ce qu’il veut, pourvu qu’il n’enfreigne pas la liberté égale de quelque autre homme ». Ainsi le principe d’égale liberté découle d’une égalité de droit : celui du droit naturel des hommes au respect de leur vie et de leur volonté, en un mot, de leur liberté.

Selon Herbert Spencer toutes les institutions doivent être subordonnées à la loi d’égale liberté. C’est particulièrement le cas dans nos démocraties où la constitution est basée sur la déclaration les droits de homme et du citoyen (« tous les hommes naissent libres et égaux en droit »).

Comment se justifie alors le droit d’ignorer d’État ? Essentiellement pour se protéger des intrusions arbitraires de l’État. Pour Spencer comme pour Bastiat, l’État n’emploie que la force, la violence contre les individus afin de faire respecter les lois. « L’État emploie les armes du mal pour subjuguer le mal et est contaminé également par les objets sur lesquels il agit et par les moyens à l’aide desquels il opère. » Comme le mode opératoire de l’État est la violence exercée sur tout individu qui prendrait la liberté de contredire par ses actions l’ordre instauré par l’État, Spencer en déduit qu’une justice, pour ne pas sombrer dans l’injustice de l’arbitraire, doit s’en tenir à être générale, autoriser un maximum les morales des individus et ainsi limiter ses actions au respect des Droits Naturels de chacun, et par là même de ne jamais violer la loi d’égale liberté.

Autre action arbitraire d’un État démocratique est l’idée selon laquelle les majorités seraient toutes-puissantes. Ainsi cette croyance permet à l’autorité du plus grand nombre d’imposer ses vues à la minorité. Ainsi la dictature de la majorité écrase l’individu aussi sûrement que le joug d’un quelconque despote. Or, cette croyance entre en conflit direct avec la loi d’égale liberté. Pour Spencer, l’autorité du plus grand nombre doit être subordonnée à la loi d’égale liberté, c’est-à-dire à l’égalité de droit, des droits naturels. C’est en ce principe qu’il est impossible à une majorité d’assassiner, d’asservir et de voler une minorité. Mais ceci n’est pas suffisant tant que le droit d’ignorer l’État ne sera pas permis. En effet : « Si A, B et C délibèrent, s’ils doivent employer un agent à effet d’accomplir pour eux un certain service, et si, tandis que A et B conviennent de le faire, C est d’un avis contraire, C ne peut être équitablement considéré comme partie à la convention en dépit de lui-même. (…) Une doctrine plutôt embarrassante, celle-là ! Voilà un infortuné citoyen à qui il est demandé s’il veut payer pour un certain avantage proposé ; et, qu’il emploie le seul moyen d’exprimer son refus ou qu’il ne l’emploie pas, il nous est fait savoir que pratiquement il y consent, si seulement le nombre des autres qui y consentent est plus grand que le nombre de ceux qui s’y refusent. Et ainsi nous sommes amenés à l’étrange principe que le consentement de A à une chose n’est pas déterminé par ce que A dit, mais par ce que B peut arriver à dire ! » Ainsi, selon le principe d’égale liberté, C doit logiquement avoir le droit de quitter l’État, le droit d’ignorer l’État.« De même qu’un gouvernement ne peut justement agir pour le peuple que lorsqu’il y est autorisé par lui, de même il ne peut justement agir pour l’individu que lorsqu’il y est autorisé par lui. »

Alors que la liberté civile et la liberté religieuse sont les composantes de l’affirmation du droit d’exercer de la même manière toutes ses facultés, il en va exactement de même de la liberté de rompre tout lien avec l’État. Par là même, le droit d’ignorer l’État est une composante essentielle de la liberté individuelle.


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