Stress, anxiété, angoisse, quelles différences, quelle importance ?

Stress anxiété angoisse (Crédits Mike Hoff, licence Creative Commons)

Stress, anxiété, angoisse, des concepts de plus en plus « tendance » mais au sens de moins en moins clair.

Par Bénédicte Cart.

Stress anxiété angoisse (Crédits Mike Hoff, licence Creative Commons)Stress, anxiété, angoisse, voici des concepts très tendance, dans un monde de plus en plus violent avec l’individu. Les corps et les esprits sont mis sous pression et on entend fréquemment : je suis stressé, j’ai des angoisses, je suis anxieux…

Et puis, en feuilletant une revue de psychiatrie, j’ai pu lire une étude sur le suicide. Il y aurait un lien entre un gêne inhibiteur des réactions de stress et le passage à l’acte suicidaire. Ainsi un simple test sanguin pourrait nous révéler si nous avons plus de risque de nous suicider que le reste de la population.

Quel lien y a-t-il entre stress et suicide me direz-vous ? Et pourquoi autant de mots pour la même chose ? Et puis ceux qui ne se suicident pas, comment font-ils ?

Pour comprendre l’enjeu de cette étude, les conclusions que nous pouvons en tirer, il est intéressant de reprendre tout depuis le début. Commençons par le stress, concept fourre-tout à éclaircir à l’aide d’un peu de psychopathologie et de physiologie.

Pour tenter de faire la distinction entre ces trois mots, il nous faut nous pencher sur leur utilisation.

On parle de stress quand on étudie le corps et les réactions physiologiques. Le stress est donc une réaction face à une situation, un événement. Cela entraîne une mobilisation énergétique dans l’organisme qui se traduit par : vasodilatation bronchique, libération de glucose hépatique, augmentation du rythme cardiaque, libération des globules rouges de la rate, vasoconstriction des viscères, vasodilatation au niveau des muscles et du cerveau.

Concernant l’anxiété, les classifications psychopathologiques la définissent ainsi : il s’agit d’un sentiment pénible d’attente, une peur sans objet, la crainte d’un danger imprécis. Dans la peur, au contraire, l’émotion est liée à un danger objectif et réel.

Pour distinguer l’angoisse (ou l’anxiété) de la peur on peut utiliser trois critères :

  • Critères de durée, d’intensité ou de fréquence des manifestations anxieuses
  • Disproportion entre l’état émotionnel et la gravité de la menace évoquée
  • La tolérance de l’individu qui reste un critère important car opérant. En effet, du moment où l’angoisse est source de souffrance, elle peut être considérée comme pathologique car elle retentit sur sa vie, sa capacité de maitrise. Elle peut l’amener à demander des soins.

L’anxiété est une constante dans les névroses.

Tantôt elle est l’essentiel de la symptomatologie. On l’appelle angoisse libre ou flottante. Tantôt elle est convertie en des symptômes somatiques ou n’émerge que dans certaines situations comme par exemple dans le cas de phobies ou d’obsessions. Ici on peut parler de névroses structurées.

L’anxiété peut donc être chronique, c’est-à-dire qu’elle se manifeste tout le temps, de manière pénible à l’individu qui a un sentiment d’insécurité et de doute permanent. Cette anxiété est diffuse. Elle ne se fixe pas sur un objet en particulier, mais certains événements peuvent l’augmenter et provoquer des ruminations péjoratives du passé, des interrogations pessimistes sur le futur et l’exagération du moindre souci. À cela s’ajoutent des soucis de concentration, de sommeil et un sentiment de fatigue.

À cette manifestation durable de l’anxiété, s’ajoute une manifestation dite « paroxystique » que l’on appelle plus communément crise d’angoisse. Il s’agit d’un épisode majeur d’appréhension. La manifestation est aiguë et dure quelques minutes, sans circonstance déclenchante apparente. On peut la décrire comme une perception d’une menace grave, avec conscience des modifications somatiques elles-mêmes devenant source d’angoisse. L’individu se sent submergé par une vague qui vient mettre à mal ses capacités de maîtrise, se traduisant par un sentiment de danger de mort imminente, de perdre de la raison…

Les manifestations somatiques de la crise d’angoisse sont cardiovasculaires, respiratoires, digestives, neuromusculaires et sensorielles, génito-urinaires. On peut citer pour exemple les sueurs, la tachycardie, les crampes, les secousses musculaires, l’hyperventilation, céphalées, vertiges…

Mais quand on demande aux patients de décrire leur crise, c’est le caractère incompréhensible et insupportable qui revient fréquemment. Comme si le danger n’était pas perçu ou que personne ne pourrait leur venir en aide.

Le stress et la peur sont des réactions physiologiques, alors que l’angoisse et l’anxiété des concepts relevant de la psychopathologie. Bien évidemment chacun d’entre nous ressent de l’angoisse ou de la peur, sans utiliser des tranquillisants ou rendre visite à son psychologue toutes les semaines. Car l’organisme développe des stratégies de défense, que notre esprit lui a vite emprunté pour pouvoir gérer ce stress au quotidien. Oui mais jusqu’à quand ?

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