Hamas : l’échec meurtrier

Hamas (Crédits : Zoriah, licence creative commons)

Le cycle de violence initiée par le Hamas n’a pas eu les effets politiques, tactiques et stratégiques escomptés.

Le cycle de violence initiée par le Hamas n’a pas eu les effets politiques, tactiques et stratégiques escomptés. Faut-il voir en cela une redistribution des cartes entre les différentes forces engagées au Proche-Orient ?

Par Fabio Rafael Fiallo.

Hamas credits Zoriah (licence creative commons)

Du cycle de violence en cours entre le Hamas et Israël, un phénomène ne manquera pas d’avoir des conséquences durables sur les rapports de force dans le conflit israélo-palestinien. Il s’agit de l’échec subi par le Hamas. Un échec sur toute la ligne. Et meurtrier qui plus est.

Échec sur le front politique d’abord. La plupart des gouvernements des pays arabes auront observé une bienveillante retenue à l’égard d’Israël. Le journal The New York Times va jusqu’à parler d’une « nouvelle coalition d’États arabes », dirigée par l’Égypte et comprenant la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, « qui se sont effectivement ralliés à Israël dans sa lutte contre le Hamas ».

Seuls le Qatar et la Turquie, alliés de longue date du Hamas, ont pris fait et cause pour celui-ci. Une telle posture, cependant, n’a pas produit les bénéfices escomptés. La propre Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP), principale composante de l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, voyant en ces deux pays des porte-parole du Hamas, a souligné que leur éventuelle participation dans les négociations ne servirait qu’à « court-circuiter l’OLP en tant que seul représentant légitime du peuple palestinien ».

Rôle inexistant des alliés traditionnels

En raison de la pression de plusieurs puissances régionales, en premier lieu l’Arabie saoudite, les deux pays arabes pro-Hamas jouent un rôle minime, voire inexistant, dans les négociations en cours.

Le Hamas n’eut pas plus de chance dans son appel au Hezbollah à ouvrir un second front contre Israël. Le Hezbollah étant le bras terroriste principal de l’axe Iran-Syrie, il aurait difficilement été disposé à venir en aide au Hamas après que ce dernier ait pris parti contre le régime de Bachar al-Assad.

Les espoirs du Hamas de provoquer une nouvelle intifada contre Israël en Cisjordanie ne se sont pas matérialisés, eux non plus. Quant à la « rue arabe », pas de réaction en faveur du Hamas ou contre Israël.

Seul le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, après avoir adopté une résolution condamnant l’État hébreu sans même faire mention du Hamas, s’est dépêché de créer une commission d’enquête sur d’éventuels crimes de guerre commis par Israël. Mais cette instance onusienne, connue pour son parti pris anti-israélien – comme l’a amplement documenté l’ONG UN Watch –, n’a pas l’autorité morale pour mener une quelconque investigation impartiale concernant Israël. Qu’aurait-on pu attendre d’autre d’un conseil où siègent allègrement, s’entraidant, des régimes qui bafouent systématiquement et impunément les droits de l’homme chez eux – tels la Syrie, l’Iran, Cuba et le Venezuela ?

Il est d’autre part question que l’Autorité palestinienne, se prévalant de son statut d’État observateur à l’ONU, saisisse la Cour Pénale Internationale (CPI) pour faire condamner Israël.

Mettons de côté le fait qu’Israël ne manquerait pas d’arguments de poids pour se défendre – ayant, entre autres, systématiquement alerté la population de Gaza avant de lancer ses attaques contre le Hamas, alors que le Hamas ordonnait aux Gazaouis de ne pas quitter les foyers. Ce qui importe pour le sujet de cet article est qu’une telle démarche ne ferait qu’aggraver les déboires du Hamas.

Possible demande reconventionnelle d’Israël 

En effet, Israël serait dans ce cas en mesure de formuler une contre-plainte (« demande reconventionnelle ») à l’adresse du Hamas auprès de la CPI, laquelle aurait bien des arguments pour condamner le Hamas pour crimes de guerre. D’où le fait que le Hamas soit opposé à toute initiative de l’AP auprès de la CPI, comme le signale un article paru dans la revue Foreign Policy.

Sur le plan militaire, le Hamas sort réduit à la portion congrue. Certes, il aura causé des pertes plus importantes que par le passé dans les rangs de l’armée israélienne, lancé des roquettes ayant une plus longue portée et paralysé temporairement le trafic aérien à l’aéroport de Tel-Aviv. Mais ces prétendus « exploits » semblent bien pâles en comparaison avec les dommages militaires que le Hamas aura subis.

Ses roquettes ont, pour un tiers, été détruites par Israël, tandis qu’un autre tiers aura été lancé infructueusement par le Hamas, le système de défense antimissile israélien (Dôme de fer) ayant intercepté une bonne partie d’entre elles. Qui plus est, les tunnels du Hamas liant Gaza à Israël, dont la construction avait pris cinq ans, furent réduits à néant en deux semaines – ce qui vient s’ajouter aux 1,200 tunnels du Hamas détruits en 2013 par l’Égypte dans sa frontière avec Gaza.

Les faux-fuyants du Hamas dans les négociations autour d’un cessez-le-feu trahissent le désarroi de ce mouvement. Le Hamas rejette le 17 juillet une trêve approuvée par la Ligue arabe, exigeant comme préalable des concessions d’Israël. Quelques jours plus tard, le 5 août, il accepte sans conditions la même trêve qu’il avait refusée. (Si le Hamas avait accepté la trêve le 17 juillet plutôt que le 5 août, les pertes en vies humaines à Gaza auraient été réduites de 90%). Puis il refuse de la prolonger, pour finalement donner son accord.

On commence même à percevoir une certaine fatigue chez les bailleurs de fonds du mouvement palestinien, lesquels ont maintes fois financé la reconstruction de Gaza à coups de milliards de dollars pour ensuite voir le Hamas déclencher de nouveaux cycles de violence menant à des ripostes israéliennes. Une fatigue exprimée nettement par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon : « Nous allons reconstruire (Gaza) mais ce doit être la dernière fois ».

Or, pour que ce soit réellement la dernière fois que les bailleurs de fonds aient à reconstruire Gaza, il faudra prévenir toute nouvelle spirale de violence. Cela implique que les acteurs concernés – l’ONU, les États-Unis, l’Union Européenne, la Russie et les puissances régionales – assument leurs responsabilités et se décident à imposer la démilitarisation de Gaza et à en assurer le contrôle des frontières, condition sine qua non pour empêcher le Hamas et autres mouvements terroristes de continuer à importer et à utiliser leur arsenal mortifère.