La corneille Kitty est plus intelligente qu’un enfant de 5 ans !

corneille credits ivan (licence creative commons)

La corneille est considérée par les spécialistes comme la Einstein des oiseaux, et comme plus intelligente que la plupart des primates, grands singes compris.

Par Jacques Henry.

corneille credits ivan (licence creative commons)

 

Quand un enfant arrive à raisonner de manière abstraite et établir une relation de cause à effet on a coutume de dire qu’il fait preuve d’intelligence. C’est du moins ce que l’on pense dans les chaumières. Il ne faut pas confondre l’apprentissage et la faculté spontanée de raisonner dans l’abstrait. Comme je ne suis pas du tout un spécialiste des sciences cognitives, je m’abstiendrai donc d’émettre le moindre jugement. Je me contenterai de décrire le comportement d’une corneille de Nouvelle-Calédonie capable dès l’âge de six mois, c’est-à-dire encore jeune, de se comporter comme un enfant de plus de 5 ans en réussissant à résoudre un puzzle compliqué même pour un enfant.

Nous avons tendance à considérer que l’établissement clair d’une relation de cause à effet est l’apanage de l’espèce humaine. Pas du tout ! Ésope, le grand fabuliste dont s’est inspiré La Fontaine, a écrit une fable sur la corneille et le pichet. Assoiffée, la corneille ne peut pas atteindre l’eau du pichet pour s’abreuver. Elle collecte des cailloux qu’elle jette dans le pichet jusqu’à ce que le niveau d’eau devienne accessible et ainsi elle peut étancher sa soif. Dans cette fable, la corneille a parfaitement établi une relation de cause à effet.

La corneille Kitty s’est trouvée face à un dilemme du même genre qui avait été arrangé par l’expérimentateur. Il s’agissait de deux tubes de verre à moitié remplis d’eau et dans l’un des tubes, de petit diamètre, se trouvait un morceau de liège flottant et sur lequel se trouvait un morceau de viande appétissante. La corneille a probablement réfléchi pour imaginer un stratagème lui permettant d’atteindre le morceau de viande et elle s’est mise à collecter des petits cailloux qu’elle a jeté soigneusement dans le tube ne contenant pas le morceau de viande. Pour que le lecteur comprenne la signification du test, les deux tubes étaient reliés par un tube invisible pour la corneille afin de constituer un ensemble de vases communicants.

Jeter des cailloux dans l’un des tubes a fait monter le niveau d’eau, ce que la corneille a tout de suite compris, et à la fin de son exercice elle a pu s’emparer du morceau de viande. Il s’agissait dans ce test d’une sophistication d’une observation déjà réalisée sur le terrain avec d’autres corneilles de Nouvelle-Calédonie capables d’effectuer le même type d’opération avec un vase à moitié rempli d’eau sur la surface de laquelle flottait un morceau de nourriture.

La corneille a donc établi une relation de cause à effet : jeter des graviers dans l’un des tubes devrait faire monter le niveau d’eau mais plus encore, son raisonnement était abstrait puisqu’elle a jeté les graviers non pas dans le tube contenant le morceau de viande mais dans l’autre tube. Pour réaliser ce test, un enfant doit atteindre au moins l’âge de cinq ans avec encore de nombreux échecs et de multiples tentatives et tâtonnements. À sept ans, tous les enfants réussissent le test. La corneille de Nouvelle-Calédonie (Corvus moneduloides) apprend très rapidement à réussir le test. De plus si on  laisse à sa disposition des cailloux ou des morceaux de bois, elle choisit de préférence les cailloux. Si les deux tubes communicants ne sont pas de même diamètre, la corneille choisit de jeter les cailloux dans le tube de plus grand diamètre en particulier quand la récompense se trouve flottant dans le tube de petit diamètre. Aussi incroyable que ce comportement puisse paraître la corneille « fait preuve d’intelligence ».

Des zoologistes de l’Université de Californie à Santa Barbara ont compliqué le test comme on peut le voir dans la vidéo suivante :

 

Ce petit film incroyable peut laisser croire qu’il y a eu mise en scène préparée, mais il n’en est rien. De toute évidence, la corneille a réfléchi. Elle a du effectuer trois opérations successives, faisant appel à un raisonnement abstrait impliquant dans chaque cas une relation de cause à effet pour faire basculer la boite contenant la grande tige de bois et la saisir afin d’atteindre le morceau de viande ! Une partie de ces travaux a été publiée dans le journal PlosOne mais toutes les corneilles ne présentent pas les mêmes « facultés intellectuelles » si on peut énoncer les choses ainsi.

Sur huit corneilles étudiées, deux adultes et six jeunes, seulement trois étaient capables de comprendre la signification du test des tubes remplis en partie d’eau dès la première observation. De plus, elles choisissaient d’emblée les cailloux plutôt que les objets en bois. Dans le test des deux tubes communicants et de diamètres différents, seule Kitty a déterminé après deux essais que le gros tube de gauche était connecté au petit tube de droite dans l’expérience. Ceci après avoir observé l’effet du jet d’un premier caillou dans l’un des gros tubes sur la variation de niveau du tube de petit diamètre contenant la nourriture convoitée.

Dans ce test, aucun enfant de 5 ans n’a pu réussir à comprendre la supercherie et il faut qu’un enfant atteigne au moins l’âge de huit ans pour comprendre ce qui se passe réellement car la configuration du test est contre-intuitive.

Est-ce dire que les corneilles de Nouvelle-Calédonie sont plus intelligentes que des enfants de 5 ans ? Je laisse le soin aux spécialistes d’apporter une réponse qui dans l’article cité n’est pas explicite. La corneille et d’autres corvidés sont considérés comme les « Einstein » des oiseaux par les zoologistes et comme plus « intelligents » que la plupart des primates, y compris les grands singes.

Après tout peut-être que nous n’avons pas le privilège de l’intelligence, toutes proportions gardées…

Source : National Geographic et Plos One 

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