L’intelligence est-elle spécialisée ou générale ?

intelligence credits martin fisch licence cc

Comment se manifeste l’intelligence ? Est-elle une ou multiple ?

Par bénédicte Cart.

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Dans un précédent article, j’exposais la théorie de Gardner sur les intelligences multiples. Chacun peut se demander si la sienne est plutôt intrapersonnelle, logico-mathématique, musicale, ou bien les trois à la fois.

Comment se manifestent-elles, ces intelligences ? Si je suis pourvue de l’intelligence musicale et de l’intelligence intrapersonnelle, est-ce parfois l’une que j’emploie, parfois l’autre, ou font-elle partie d’un tout ? Nous pouvons nous intéresser à d’autres ouvrages et théories sur l’intelligence pour comprendre comment nos différentes capacités se complètent pour produire un acte, un raisonnement, un discours. Bref, il nous faut maintenant parler du facteur g.

Pour l’histoire, c’est Charles Spearmann qui a décrit ce facteur, en faisant passer des tests de mathématiques et français puis en se livrant à une analyse factorielle des résultats. Sa conclusion met en évidence une tendance générale qu’il traduit par un seul facteur d’intelligence.

Le facteur G

Spearmann va émettre l’hypothèse du fameux facteur g : il permet de raisonner, de résoudre des problèmes, d’obtenir de bons résultats dans tous les domaines de connaissances. Sa théorie va devenir de plus en plus populaire, sa compréhension va s’affiner et Cattel, en élève consciencieux (enfin je l’imagine) va poursuivre les études sur le facteur g.

Il distingue deux aspects :

  • Intelligence Fluide, Gf : elle est responsable de la classification des similitudes, de la capacité à effectuer des relations causales, du raisonnement inductif, des inférences, ou de la résolution de problèmes. Nous raisonnons à partir de matériel verbal, numérique et abstrait grâce à des opérations mentales. Celle-ci va saturer les tests qui évaluent l’efficience des opérations cognitives de base. Dit autrement, elle correspond aux mécanismes neurobiologiques sous-jacents aux opérations de la pensée.
  • Intelligence cristallisée, Gc : ce sont des aptitudes provenant d’apprentissages et influencées par l’environnement et la culture. Celle-ci va saturer les tests verbaux ou ceux de connaissance ce qui permet de dire qu’elle est très semblable au facteur « verbal-éducationnel ». Dit autrement, il s’agit du vocabulaire, la conduite et l’organisation des connaissances. Elle provient de l’éducation et englobe les informations à propos de l’humanité, des sciences sociales, des sciences physiques…etc.

Contrairement à Gf, Gc ne déclinerait pas avec l’âge.

Tester le QI

imgscan contrepoints 2013531 QI et réussiteAvec cette théorie, il a été possible de créer un test de QI, le plus utilisé aujourd’hui, pouvant mesurer finement Gf et Gc, le WISC. La première version a été publiée en France en 1958. David Wechsler, qui développe une conception pragmatique de l’intelligence, ne la considère pas comme une entité particulière mais comme un tout global, « la capacité de l’individu d’agir dans un but déterminé, de penser rationnellement, et d’entrer efficacement en contact avec son environnement ». Au sommet de celle-ci, le facteur G, qui représente l’intelligence générale, puis viennent ensuite :

  • le facteur V (verbal) qui mesure l’éducation, les aptitudes verbales et les connaissances générales.
  • le facteur K (performance) qui correspond au traitement de l’information visuo-spatiale.

Le WISC a évolué dans son contenu pour aboutir au WISC IV, introduisant une rupture radicale avec les épreuves précédentes. Les QIV (verbal) et QIP (performance) sont supprimés et remplacés par quatre indices factoriels :

  • ICV : Indice de Compréhension verbale,
  • IRP : Indice de Raisonnement perceptif,
  • IMT : Indice de mémoire de travail,
  • IVT : Indice de Vitesse de traitement.

Le QIT (Quotient Intellectuel Total) est maintenu.
La comparaison des résultats aux 4 indices permet une approche plus fine des processus cognitifs. Des notes additionnelles permettent de détailler davantage le profil de l’enfant (empans en mémoire des chiffres, prise en compte de la rapidité d’exécution pour cubes, stratégies en fonction de la présentation spatiale pour barrage).

Les calculs effectués, il est important de donner un sens à ces indices au regard de l’individu, c’est-à-dire passer d’une généralité à l’individuation, en somme. Jusqu’ici la démarche est stricte, standardisée mais le sens que l’on donne à ce test laisse un peu de liberté. Une partie nous permet d’évaluer les connaissances et la culture de l’individu. En fait, ce QI nous révèle la capacité des individus à utiliser ces « intelligences » (celles de Gardner) pour sélectionner et mettre en forme les connaissances utiles à la résolution de problèmes. Cet indice est tout autant intéressant que celui de Performance correspondant à l’intelligence fluide, qui montre de manière « brute » les capacités cognitives de l’individu.

Alors si les deux sont aussi importants, y aurait-il un profil type ? Sur le papier, un QI homogène correspond à un individu « normal », mais un QI hétérogène ne signifie pas forcément souffrance. Chacun peut apprendre à composer avec ses forces et ses faiblesses, composer avec ses intelligences pour une réflexion équilibrée.

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