L’intelligence est-elle spécialisée ou générale ?

Comment se manifeste l’intelligence ? Est-elle une ou multiple ?

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L’intelligence est-elle spécialisée ou générale ?

Publié le 7 août 2014
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Par bénédicte Cart.

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Dans un précédent article, j’exposais la théorie de Gardner sur les intelligences multiples. Chacun peut se demander si la sienne est plutôt intrapersonnelle, logico-mathématique, musicale, ou bien les trois à la fois.

Comment se manifestent-elles, ces intelligences ? Si je suis pourvue de l’intelligence musicale et de l’intelligence intrapersonnelle, est-ce parfois l’une que j’emploie, parfois l’autre, ou font-elle partie d’un tout ? Nous pouvons nous intéresser à d’autres ouvrages et théories sur l’intelligence pour comprendre comment nos différentes capacités se complètent pour produire un acte, un raisonnement, un discours. Bref, il nous faut maintenant parler du facteur g.

Pour l’histoire, c’est Charles Spearmann qui a décrit ce facteur, en faisant passer des tests de mathématiques et français puis en se livrant à une analyse factorielle des résultats. Sa conclusion met en évidence une tendance générale qu’il traduit par un seul facteur d’intelligence.

Le facteur G

Spearmann va émettre l’hypothèse du fameux facteur g : il permet de raisonner, de résoudre des problèmes, d’obtenir de bons résultats dans tous les domaines de connaissances. Sa théorie va devenir de plus en plus populaire, sa compréhension va s’affiner et Cattel, en élève consciencieux (enfin je l’imagine) va poursuivre les études sur le facteur g.

Il distingue deux aspects :

  • Intelligence Fluide, Gf : elle est responsable de la classification des similitudes, de la capacité à effectuer des relations causales, du raisonnement inductif, des inférences, ou de la résolution de problèmes. Nous raisonnons à partir de matériel verbal, numérique et abstrait grâce à des opérations mentales. Celle-ci va saturer les tests qui évaluent l’efficience des opérations cognitives de base. Dit autrement, elle correspond aux mécanismes neurobiologiques sous-jacents aux opérations de la pensée.
  • Intelligence cristallisée, Gc : ce sont des aptitudes provenant d’apprentissages et influencées par l’environnement et la culture. Celle-ci va saturer les tests verbaux ou ceux de connaissance ce qui permet de dire qu’elle est très semblable au facteur « verbal-éducationnel ». Dit autrement, il s’agit du vocabulaire, la conduite et l’organisation des connaissances. Elle provient de l’éducation et englobe les informations à propos de l’humanité, des sciences sociales, des sciences physiques…etc.

Contrairement à Gf, Gc ne déclinerait pas avec l’âge.

Tester le QI

imgscan contrepoints 2013531 QI et réussiteAvec cette théorie, il a été possible de créer un test de QI, le plus utilisé aujourd’hui, pouvant mesurer finement Gf et Gc, le WISC. La première version a été publiée en France en 1958. David Wechsler, qui développe une conception pragmatique de l’intelligence, ne la considère pas comme une entité particulière mais comme un tout global, « la capacité de l’individu d’agir dans un but déterminé, de penser rationnellement, et d’entrer efficacement en contact avec son environnement ». Au sommet de celle-ci, le facteur G, qui représente l’intelligence générale, puis viennent ensuite :

  • le facteur V (verbal) qui mesure l’éducation, les aptitudes verbales et les connaissances générales.
  • le facteur K (performance) qui correspond au traitement de l’information visuo-spatiale.

Le WISC a évolué dans son contenu pour aboutir au WISC IV, introduisant une rupture radicale avec les épreuves précédentes. Les QIV (verbal) et QIP (performance) sont supprimés et remplacés par quatre indices factoriels :

  • ICV : Indice de Compréhension verbale,
  • IRP : Indice de Raisonnement perceptif,
  • IMT : Indice de mémoire de travail,
  • IVT : Indice de Vitesse de traitement.

Le QIT (Quotient Intellectuel Total) est maintenu.
La comparaison des résultats aux 4 indices permet une approche plus fine des processus cognitifs. Des notes additionnelles permettent de détailler davantage le profil de l’enfant (empans en mémoire des chiffres, prise en compte de la rapidité d’exécution pour cubes, stratégies en fonction de la présentation spatiale pour barrage).

Les calculs effectués, il est important de donner un sens à ces indices au regard de l’individu, c’est-à-dire passer d’une généralité à l’individuation, en somme. Jusqu’ici la démarche est stricte, standardisée mais le sens que l’on donne à ce test laisse un peu de liberté. Une partie nous permet d’évaluer les connaissances et la culture de l’individu. En fait, ce QI nous révèle la capacité des individus à utiliser ces « intelligences » (celles de Gardner) pour sélectionner et mettre en forme les connaissances utiles à la résolution de problèmes. Cet indice est tout autant intéressant que celui de Performance correspondant à l’intelligence fluide, qui montre de manière « brute » les capacités cognitives de l’individu.

Alors si les deux sont aussi importants, y aurait-il un profil type ? Sur le papier, un QI homogène correspond à un individu « normal », mais un QI hétérogène ne signifie pas forcément souffrance. Chacun peut apprendre à composer avec ses forces et ses faiblesses, composer avec ses intelligences pour une réflexion équilibrée.

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  • j’ai rien compris ….

  • Le fait est qu’on ne sait pas ce qu’est l’intelligence, et qu’il n’y a que peu de garde-fous contre l’émergence de concepts fumeux. Ce qui donne la fameuse sentence : « l’intelligence, c’est ce que mesure les test de QI » …

    De toute façon, c’est pas la peine de se prendre le chou sur l’intelligence, dans le monde moderne elle est plus un inconvénient qu’un handicap, mais on ne peut quand même pas classer les intelligents parmi les handicapés…

  • Tiens tiens, le QI. C’est un article écrit pour moi je suppose ?

    Le problème de la théorie de Gardner c’est que ces intelligences qu’ils considèrent sont toutes corrélées. Elles ne sont pas indépendantes du facteur g. Voir ceci :

    Beyond g: Putting Multiple Intelligences Theory to the Test (Visser 2006)

    Grosso modo, les auteurs utilisent une analyse factorielle (factor analysis) sur une batterie de tests désignée spécialement pour tester les intelligences de Gardner. Sur la table 3 du document, la magnitude des g-loadings (corrélations sur le « g » facteur) est en générale très acceptable, de même que les corrélations des tests avec le Wonderlic Personnel Test (WPT) excepté pour « Bodily-
    Kinesthetic » et « Musical ». Cela nous suggère que ces intelligences effectivement ne sont pas indépendantes de g. Une autre preuve provient de lorsque l’on extrait le facteur g de ces domaines cognitifs proposés par Gardner, de sorte qu’il n’en reste que le résidu (residuals) les corrélations résiduelles entre les tests d’un même facteur/domaine cognitif sont très faibles. Sauf les tests Opposites et Vocabulary dans domaine cognitif labellisé « Linguistic » (r=0.29). En d’autre terme, ça signifie qu’indépendamment de g, les tests ne sont plus corrélés du tout, ou presque. Je ne crois pas que c’est très cohérent avec la théorie proposée par Gardner, vu que sa théorie est censée être une alternative à g, alors qu’en vérité, ça n’est pas ce qu’on voit. Et, fait notable :

    The small residual correlations between the two Bodily-Kinesthetic tests and between the two Musical tests were nearly identical in size to the corresponding zero-order correlations, a result which suggests that the little variance shared by the tests within these domains is not attributable to g, but rather to variance specific to each of these “intelligences”.

    Pour rappel, d’ailleurs, certaines des intelligences de Gardner ne sont pas des intelligences du tout, mais reflètent partiellement des scores de personnalité.

    D’un autre côté, Gardner nous fait un aveu assez terrible. Dans le livre « The g Factor » de Arthur Jensen (1998, page 128), on peut lire :

    In an interesting book [33] Gardner gives biographical analyses of each of these famous creative geniuses to illustrate his theory of multiple « intelligences » and of the psychological and developmental aspects of socially recognized creativity. When I personally asked Gardner for his estimate of the lowest IQ one could possibly have and be included in a list of names such as this, he said, « About 120. » This would of course exclude 90 percent of the general population, and it testifies to the threshold nature of g. That is, a fairly high level of g is a necessary but not sufficient condition for achievement of socially significant creativity.

    Considérant l’intelligence fluide/crystallisée, ce n’est pas incorrect. Néanmoins, cette dichotomie n’est pas celle qui représente la mieux la structure de l’intelligence humaine. Je recommande l’article suivant :

    The structure of human intelligence: It is verbal, perceptual, and image rotation (VPR), not fluid and crystallized. (Johnson & Bouchard Jr. 2005).

    Les auteurs utilisent des techniques comme on appellent les CFAs, ou Confirmatory Factor Analysis, qui permet de connaître qu’elle est le modèle à facteurs latents qui correspond le plus précisément aux données (best fitted model) et il s’avère que c’est le VPR, et non pas le fluid/crystallization model. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas classifier (rank-ordering) les sous-tests QI par leurs charges/saturations (loadings) en habileté fluide ou crystallisée (bien sur qu’on peut le faire sans problème), mais qu’il serait plus juste de dire que la structure de l’intelligence dans le stratum juste en dessous de « g » est le modèle latent VPR.

    P -> « Le fait est qu’on ne sait pas ce qu’est l’intelligence »

    Je remarque que c’est exactement le genre de phrase que prononcent les gens qui ne savent rien de la psychométrie et du QI. Une particularité intéressante avec tous ces gens là est qu’ils ne citent jamais aucune référence du tout à l’appui de leur affirmation.

  • Ah. J’aurai du ajouter que le même Arthur Jensen (1998, page 129) a tenu à préciser ceci :

    In fact, it is hard to justify calling all of the abilities in Gardner’s system by the same term— »intelligences. » If Gardner claims that the various abilities he refers to as « intelligences » are unrelated to one another (which has not been empirically demonstrated), what does it add to our knowledge to label them all « intelligences »? All of them, of course, are abilities (as defined in Chapter 3), several qualify as group factors, and at least three of the seven are known to be substantially g loaded. To assign to the remaining traits the label « intelligences » makes no more sense to me than regarding chess-playing ability an athletic skill. (After all, playing chess requires some little physical activity, and chess players are jokingly called « wood pushers »). Bobby Fisher, then, could be claimed as one of the world’s greatest athletes, and many sedentary chess players might be made to feel good by being called athletes. But who would believe it? The skill involved in chess isn’t the kind of thing that most people think of as athletic ability, nor would it have any communality if it were entered into a factor analysis of typical athletic skills. Gardner’s analogous extension of the ordinary meaning of « intelligence » probably serves more to make people feel good than to advance the science of mental ability.

  • @ bouffeur de tapioca
    J’aime bien cette idée de QIT.
    Elle pourrait venir de (grands ?) crûs, alors que le simple QI n’est somme toute que du cru qu’on a suffisamment chauffé.

  • Les commentaires sont fermés.

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