De la salade d’algues ? Pourquoi pas ?

Spirulines (Crédits : MLL, licence creative commons)

Les algues ont mauvaise réputation. Leurs bienfaits sont pourtant reconnus, spécialement en matière de nutrition.

Par Jacques Henry

Maki credits tschorda (licence creative commons)Plus de la moitié de l’oxygène de l’atmosphère provient du recyclage du « méchant » CO2 par les microalgues, en d’autres termes le phytoplancton. Il a fallu des centaines de millions d’années pour que notre atmosphère arrive à être composée de 20 % d’oxygène afin que nous puissions respirer sans entrave et nous devons remercier le plancton pour ce bienfait. Pourtant les algues ont une très mauvaise réputation, elles empoisonnent l’existence des aquariophiles, elles peuvent ruiner la saison touristique d’une station balnéaire en s’accumulant sur les plages. Ce phénomène est d’ailleurs dangereux, parce qu’il produit de grandes quantités de gaz toxiques. Enfin, les algues exaspèrent les propriétaires de piscine, car il est parfois difficile de s’en débarrasser. Il est vrai qu’en des millions d’années, les algues se sont adaptées à toutes sortes d’environnements, des plus insipides aux plus hostiles. On en trouve naturellement dans les océans mais aussi dans des lacs à la salinité extrême, et, plus étonnant, tout près des geysers où la vapeur expulsée des entrailles de la terre peut atteindre beaucoup plus de cent degrés. Les algues possèdent cet immense avantage de ne pas entrer en compétition avec les cultures traditionnelles puisqu’elles n’ont même pas besoin d’un sol pour se multiplier. Il leur faut de l’eau et du soleil !

Spirulines credits mll (licence creative commons)
Les spirulines qu’on trouve quotidiennement dans les boissons et les aliments

 

Bien que beaucoup de peuples utilisent déjà des algues dans leur alimentation quotidienne, on pense naturellement aux mets délicats de la cuisine japonaise, notamment les sushis, mais les microalgues sont des nouvelles venues dans l’alimentation, en particulier les spirulines qu’on retrouve dans certaines boissons aux fruits ou aux légumes proposées par Green Machine sous le nom de Naked. Certains produits de cette société contiennent jusqu’à 1,3 gramme de spiruline par bouteille. Les microalgues sont aussi très riches en acides gras dits omega-3, ce qui est normal puisque dans la chaine alimentaire marine, l’apport initial en ces acides gras provient justement du phytoplancton. On a même songé à ajouter dans le lait pour enfants des extraits de microalgues pour compenser la faiblesse du lait maternel en omega-3. Il est difficile d’imaginer une société comme Nestlé se lancer dans une telle aventure car il pourrait y avoir une réaction négative de la part des mères de famille, leurs poupons chéris ne sont tout de même pas des poissons ! Pour la nourriture animale, en particulier pour les poulets et les poules pondeuses, des essais ont démontré la pertinence d’une supplémentation avec des microalgues conduisant à un enrichissement en carotène et une diminution de la teneur en cholestérol des œufs.

Tout le problème avec les micro-algues est de passer du stade expérimental au laboratoire à l’échelle industrielle pour une raison qui semblerait très simple à solutionner mais qui représente en réalité un défi technologique.

Si la croissance des algues est rapide, la maîtrise de celle-ci a conduit à imaginer des bassins de culture en plein air ressemblant à un circuit automobile afin de ne jamais atteindre une concentration en algues trop importante qui finirait par inhiber la croissance de ces dernières par obscurcissement du milieu aquatique et donc une réduction de l’activité photosynthétique. Si cette configuration des bassins de culture où l’eau ne cesse de circuler pour être prélevée en fin de parcours, traitée par filtration pour récupérer les algues et réinjectée en continu dans le circuit, la concentration en algues obtenue n’est pas satisfaisante et fait apparaître alors d’autres soucis technologiques au niveau du processus de filtration qui serait d’autant plus efficace que la concentration en algues est élevée, ce qui n’est justement pas possible pour atteindre une croissance optimale des algues. Reste la culture en circuit fermé ou dans des réacteurs du type de ceux utilisés pour la croissance des bactéries mais en tout état de cause, la solution sera trouvée prochainement et il faut se préparer d’ores et déjà à la consommation de microalgues qu’on arrive à produire aujourd’hui pour deux euros par kilo, rien à voir avec la viande de bœuf !

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