L’individu face à ses choix (4) : L’infiniment petit est l’infiniment grand

individus miroir CC Hassan Kardous

Le meilleur argument pour la liberté est une vie bien vécue.

Le meilleur argument pour la liberté est une vie bien vécue.

Par Baptiste Créteur.

Nous avons vu que la complexité du monde ne justifie pas qu’on décide pour l’individu, mais au contraire qu’on le laisse faire. L’histoire démontre d’ailleurs que la fragmentation est plus favorable à l’innovation que l’unité politique ; à tous les niveaux, il vaut mieux décentraliser. Le système politique idéal est donc celui qui rend l’individu libre et responsable de ses choix. Mais une fois rendu maître de son destin, comment l’individu doit-il se comporter ?

D’un point de vue moral, c’est-à-dire que l’on doit attendre de chacun, l’individu doit simplement ne pas empêcher son prochain d’être maître de son propre destin ; il ne doit attenter ni à sa sûreté, ni à sa propriété, et le laisser penser et croire ce que bon lui semble.

D’un point de vue éthique, chacun doit alors être maître de soi-même et faire bon usage de sa liberté. Comprendre sa responsabilité dans le monde : la liberté repose sur les hommes libres. Le bon fonctionnement de la société n’est pas assuré uniquement par des droits individuels qui sont autant d’interdictions envers les autres, mais aussi sur le comportement vertueux de ses membres. Autant que possible, le droit empêche de nuire ; autant que possible, chacun doit agir bien.

Non seulement en se tenant prêt à défendre ses droits, mais en veillant à défendre aussi ceux des autres. Être plus libre, c’est avoir plus de choix ; la « concurrence » des modes de vie et de pensée doit être assurée. Pas de liberté économique sans liberté sociale, et inversement.

Dans une société volontaire, nous sommes un individu et en tant que tel une partie du tout. Nos actions ont une influence sur les autres ; il faut se concevoir alors comme responsable du monde entier.

Sans culpabilité pour ce que nous n’avons pas fait, nous avons une responsabilité sur ce que nous pouvons y faire. Ce n’est, encore une fois, pas une obligation ; la morale nous interdit de contraindre autrui à adopter nos valeurs et visions. Mais cela a du sens pour l’individu, pour agir bien. Sans être nécessairement celui qui l’a laissé tomber, on peut ramasser un détritus pour améliorer le confort de tous ceux qui passeront après nous et que nous aurions pu être. De même, sans accepter l’idée que le succès des uns se fait toujours aux dépens des autres, se montrer généreux avec ceux que l’on souhaite soutenir est ce qu’il est bien de faire. Sans obligation.

Et on se rend compte alors que la plus grande contribution que l’on puisse apporter au monde, c’est de vivre sa passion, son talent, son don. Apporter au monde ce qui l’embellit, l’enrichit. Exceller en soi-même.

Cela requiert bien évidemment d’être dévoué à son propre accomplissement, car c’est par la pratique que s’acquiert la maîtrise, et seule la passion permet de supporter les efforts.

Le meilleur argument pour la liberté est une vie bien vécue.

Il faut montrer l’exemple de ce que serait une vie bien vécue dans une société volontaire. Il ne faut pas faire du manque de liberté la cause de tous nos maux, ni l’excuse à tous nos échecs.

Car nous avons aussi en nous la peur du changement et de la responsabilité. Prendre responsabilité sur sa vie, c’est considérer qu’aucun obstacle ne doit nous empêcher d’atteindre nos buts et que si un obstacle résiste, il faut l’écarter du chemin. Attendre que la liberté vienne à soi ne peut pas aboutir, l’histoire le montre. Il faut d’abord créer l’espace dont elle a besoin.

Et cet espace est d’abord en nous. Si nous sommes malheureux, est-ce uniquement la faute de l’État ? Quel syndicat, quel fonctionnaire des URSSAFF peut nous empêcher d’exercer nos talents, d’exprimer notre créativité et notre compétence ? Quelle censure, explicite ou implicite, nous empêche de diffuser nos idées et d’être patient et bienveillant envers nos proches ?

Quelle patience avons-nous envers ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, aussi victimes que nous (et peut-être plus) d’un système qui les empêche d’être libres, et leur en éloigne l’envie ? La liberté est une idée si belle qu’il est difficile d’en faire la promotion ; une fois qu’on a compris sa beauté, elle semble aller de soi. Mais ce n’est pas le cas, loin de là ; en nous tous, il peut y avoir un homme intègre ou un homme mauvais, et souvent simplement un homme ignorant.

Et voilà notre responsabilité dans le monde : faire en sorte de pouvoir exprimer son talent, et qu’autrui le puisse aussi. Il n’y a alors plus aucune concurrence entre les individus, à proprement parler ; personne ne se considère en compétition avec autre que soi-même. Et pour cela, il faut vivre nos vies avec passion et diffuser nos idées avec discernement. Vivre autant que faire se peut comme si on était libre, et faire tout ce que l’on peut pour le devenir un jour.

Car alors, ce jour viendra.

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