Non, le libéralisme n’est pas antisocial !

Pauvreté (Crédits : Luis Felipe Salas, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Les libéraux défendraient la théorie du chômage volontaire, seraient contre les pauvres, glorifieraient l’inégalité… rien de plus faux !

Les libéraux défendraient la théorie du chômage volontaire, seraient contre les pauvres, glorifieraient l’inégalité… rien de plus faux ! Le libéralisme se bat pour l’émancipation de tous et lutte contre tous les avantages indûment acquis, surtout ceux des plus riches.

Par Vincent Delhomme.
Un article de Trop libre.

pauvreté credits photonadadoru (licence creative commons)« Nul ne doit faire peser sur la société le fardeau de sa paresse ou de son imprévoyance», disait Adolphe Thiers en 1850. On attribue souvent aux libéraux ce genre d’opinions très caricaturales. Les libéraux auraient une vision « victorienne » de la pauvreté selon laquelle les pauvres le sont car telle est leur volonté1. Évidemment, ces jugements sont erronés car ce qui importe n’est pas de juger les pauvres mais de trouver le meilleur moyen d’améliorer leurs conditions. C’est en partie la faute des partisans du libéralisme si celui-ci est vu comme une idéologie « antisociale ».

Par exemple, certains libéraux usent du mot « assistanat », mot à la fois dégradant et mensonger faisant du libéralisme un repoussoir. Si l’on veut absolument utiliser le mot d’assistanat, alors il faut l’utiliser pour beaucoup d’acteurs économiques, notamment les grandes banques ou les grandes entreprises qui profitent de bien plus de subventions et d’avantages étatiques, au détriment du français modeste.

Or les libéraux refusent toute « présomption de supériorité » : les pauvres sont plus capables que quiconque de gérer leur propre vie. La bienveillance paternaliste comme la volonté de faire le bien des autres malgré eux sont des dérives dangereuses politiquement, et inefficaces sur un plan économique. Le marché du travail en est un bon exemple. De nombreux travailleurs en sont évincés contre leur volonté à cause de règlementations étatiques (SMIC, CDI sur-protecteur) et la priorité pour lutter contre le chômage n’est donc pas de baisser les aides des économiquement faibles mais de trouver des moyens de réduire la fracture entre les insiders et les outsiders. On ne peut néanmoins nier que, comme l’avait déjà montré Jacques Rueff2, des allocations chômages trop élevées peuvent entraîner un allongement de la durée de chômage et créer des phénomènes de trappe à pauvreté.

Au lieu de restaurer les incitations à embaucher, produire et entreprendre, L’État n’a cessé d’ériger des obstacles aux projets individuels. Des solutions pour aider les plus pauvres ont été pensées par des libéraux comme l’impôt négatif, pour lequel Milton Friedman militait3, et remis récemment au goût du jour4. La mobilité sociale, la sortie de la pauvreté, ne peuvent être obtenues en empêchant chacun d’entreprendre et en spoliant l’action humaine !

Les libéraux se distinguent donc des pro-business qui n’ont de cesse de réclamer la baisse du coût du travail, la compétitivité et parfois même le protectionnisme. Ces notions relèvent d’une vision macroéconomique généralisatrice et réductrice : certains secteurs ont un coût du travail sûrement trop bas, d’autres trop haut. Le patronat n’est pas libéral, particulièrement en France car il veut une baisse du poids de l’État, mais il ne cesse d’un autre côté de demander des subventions, des protections réglementaires. Ainsi, dans L’Action Humaine, Mises écrivait :

« Les riches, les propriétaires d’établissements déjà en activité, n’ont pas d’intérêt de classe spécial dans le maintien de la libre concurrence. […] leurs situations acquises les inclinent plutôt en faveur de mesures empêchant des nouveaux venus de mettre en jeu leur position. Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain […] ».

L’État a toujours eu tendance à servir des groupes de pression et à créer une société aristocratique basée sur les privilèges. Être libéral signifie donc se battre contre tout privilège et tout élitisme, c’est se battre pour la seule égalité valable, l’égalité en droit, et l’amélioration du plus grand nombre. Une grande partie des libéraux ont commencé leur parcours intellectuel avec le socialisme, on peut citer Hayek, Mises, Jean-François Revel ou Raymond Aron. S’ils eurent ce revirement, c’est parce qu’ils estimèrent que les moyens les plus efficaces pour permettre le progrès social étaient libéraux et non pas parce que leurs soucis envers la pauvreté avaient disparu.

Sur le web

  1. Vision faussement attribuée aux libéraux,  dénoncée par Daniel Cohen et opposée à la vision « progressiste » dans son livre L’Homo Economicus : prophète égaré des temps modernes, 2012
  2. Jacques Rueff, « L’assurance-chômage, cause du chômage permanent ». in Revue d’économie politique, 1931
  3. Pour un exposé rapide de l’impôt négatif par Milton Friedman lui-même, voir : http://www.youtube.com/watch?v=xtpgkX588nM
  4. Proposition du think-tank Génération Libre pour un revenu de liberté pour tous.