OPA hostile sur le Club Med : le dernier coup de boutoir de Trigano

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Après avoir fait perdre des millions de francs au Club Med dans les années 90, Serge Trigano revient à la charge et risque une nouvelle fois l’avenir du pilier du tourisme français.

Par Marjorie Legrain

 

RLH club medNouveau rebondissement dans l’affaire du Club Med, sujet à deux Offres publiques d’achat (OPA), une amicale menée par le consortium Ardian-Fosun et une hostile lancée par Andrea Bonomi : Serge Trigano apporte son soutien à l’offre de l’homme d’affaires italien. « L’ offre d’Investindustrial (et de Bonomi) est la plus séduisante et la plus intéressante », déclarait-il le 20 juillet dernier au JDD. « Séduisante », tout est relatif, mais « intéressante », il ne fait aucun doute que pour Serge Trigano l’offre hostile de Bonomi l’est. En effet, si la contre-offre italienne remporte la partie, le fils du fondateur du Club Med deviendrait Président du groupe, ou plutôt redeviendrait.

Rappelons que Serge Trigano a déjà été à la tête du Club Med, de 1993 à 1997. Une période qui a coûté cher à l’entreprise, 743 millions de francs pour être précis. Quatre années de règne sur le pilier du tourisme français qui semblaient bien se passer jusqu’à ce que les actionnaires du groupe s’intéressent aux comptes de l’entreprise et découvrent qu’entre les belles promesses de Serge Trigano et la réalité économique de l’entreprise, il y avait un véritable gouffre d’amateurisme et de procrastination. Après trois ans d’objectifs jamais atteints, le 23 octobre 1996 l’action du Club chute de 17,3% et le responsable est vite trouvé : « le piètre gestionnaire » du Club Med, comme le décrivait Le Point en 1997, Serge Trigano. « Ce jour-là, Serge a signé son arrêt de mort », analysait à l’époque un administrateur. Rapidement évincé du groupe par les actionnaires, Serge Trigano est remplacé par Philippe Bourguignon puis par Henri Giscard d’Estaing qui redresseront peu à peu l’entreprise.

2014 : le « piètre gestionnaire » frappe encore

Si certains voyaient là la fin de la tumultueuse relation entre le Club et Serge Trigano, c’était bien mal connaître l’homme d’affaires français qui apporte aujourd’hui son soutien, et sa potentielle présidence, à l’OPA hostile d’Andrea Bonomi. Une nouvelle qui, à bien y réfléchir, n’est pas si surprenante. Après avoir fait perdre des millions de francs au Club Med dans les années 90, soutenir l’OPA d’un homme dont les projets risquent de faire replonger le Club dans ses travers des années 90 relève finalement de la cohérence la plus totale. Les passages dans les entreprises du « raideur » Andrea Bonomi sont généralement brefs. Il maximise les profits dans les entreprises pendant quelques années et s’en va vers d’autres horizons. Une absence totale de vision de long terme qui se ressent sur ses propositions pour l’avenir du Club Med, lesquelles ont en effet de quoi laisser perplexe.

D’un côté, le consortium franco-chinois Ardian/Fosun, soutenu par le management du groupe et son PDG Henri Giscard d’Estaing, souhaite continuer la stratégie déjà bien avancée de montée en gamme et de mise en valeur du marché asiatique. Une ambition cohérente alors que l’entreprise ne peut rivaliser avec les offres extrêmement low cost de certains concurrents et que la Chine représente la première population touristique mondiale. De l’autre, Andrea Bonomi s’entête sur un développement prioritaire des villages 3 Tridents alors même que les villages 4 et 5 Tridents rapportent bien plus à l’entreprise. Il reste également très imprécis quant à l’avenir des forfaits « all inclusive », véritable marque de fabrique de l’entreprise. Un flou qui s’étend à tous les domaines, notamment l’emploi. Ils sont aujourd’hui 650 salariés à s’inquiéter pour la pérennité de leur emploi alors que le clan des Bonomi évoque une réduction de 50% des frais français de l’entreprise.

Le Club Med est une institution du tourisme en France, mais également dans le monde entier. Il a révolutionné le secteur avec des nouveautés telles que les forfaits « all inclusive » en 1950, une bénédiction pour les clients de l’époque alors que les derniers tickets de rationnement disparaissaient peu à peu. Mais sans véritable plan de long terme et volonté d’évoluer, même la plus grande référence d’un secteur peut s’écrouler à une vitesse ahurissante. Serge Trigano et ses quatre années à la tête du Club nous auront au moins appris cette leçon. Une morale que seuls lui et Bonomi ne semblent pas avoir apprise, aux risques et périls de l’entreprise.