Pour Hollande, Gattaz doit changer de ton !

Pierre Gattaz (Crédits : ygourvennec, licence Creative Commons)

Lorsque le patron du Medef s’inquiète publiquement des difficultés économiques de la France, le Président de la République préfère tuer le messager.

Par le Parisien libéral

Pierre Gattaz CC ygourvennec

Pour Pierre Gattaz, le patron du Medef, « la situation du pays est catastrophique », « proche de la liquidation ». L’interview du Figaro a été largement commentée, du Parisien à RTL, en passant par Mediapart. Les réponses les plus épiques et surréalistes sont sans doutes celles de Jean-Claude Mailly, de Force Ouvrière, ou de l’inénarrable Christian Eckert.

Mais que répond François Hollande, le Président de la République ? Que Pierre Gattaz a raison ? Que quand on est à près de 100% de dette/PIB, 4% de déficits publics, 0,5% de croissance, 3 millions de chômeurs, on essaye de faire profil bas et on réfléchit à sa politique ? Non. Il affirme que Pierre Gattaz doit changer de ton.

Hollande a dit textuellement à des journalistes : « Ce n’est pas la première fois qu’il a ce type de déclarations. Il y a un problème de langage, ce langage-là doit changer. »

Déjà, sur la forme, chacun reconnaîtra le « baisse les yeux » caractéristique des gens au profil agressif qu’on peut parfois croiser dans les couloirs du RER ou à l’Assemblée Nationale. De quel droit le Président de la République intime t-il l’ordre à Pierre Gattaz de changer de langage ? Du droit du plus fort ?

On l’a bien compris. Au sein de l’exécutif, totalement en panique, l’heure est à l’invective plutôt qu’au débat de fond.

Ensuite, sur le fond, justement, on se rend compte à quel point le Président Hollande se moque du monde. Partons du principe que le Président de la République, diplômé de HEC et de l’ENA, certes socialiste donc dogmatique mais néanmoins doté de deux yeux, deux oreilles et un cerveau, sait lire et écouter, notamment les chroniques de sa nouvelle conseillère, Laurence Boone. Gageons aussi le fait que François Hollande a entendu les prédictions économiques de son ami Dominique Strauss-Kahn. Autrement dit, même si Hollande et ses ministres en charge des affaires économiques, Valls, Montebourg et Eckert, n’ont pas (re)lu Hayek, ils ne peuvent pas ignorer que le rôle de l’État doit se limiter au fait de mettre en place un environnement économique, fiscal et social favorable aux entrepreneurs, et non pas tenter de diriger l’économie ou même de favoriser la croissance économique.

Toutefois, la prise de parole de François Hollande permet de rappeler que Pierre Gattaz, lui aussi, a un énorme problème : non seulement il a commis une énorme erreur de communication, avec son badge « 1 million d’emploi », mais il a aussi et surtout un problème de représentativité. En effet, le Medef a beau être une association d’entrepreneurs (plutôt à la tête d’entreprises plus grosses, plus anciennes et moins dynamiques que ceux d’autres organismes patronaux comme la CGPME ou Croissance Plus), il n’est pas aux entreprises ce que le ministère de la fonction publique est aux fonctionnaires ; Pierre Gattaz aura beau négocier tous les pactes du monde, le Medef n’a aucun moyen de forcer ou même d’inciter les entreprises à créer un million d’emploi, ou même 10 000. Les emplois ne sont pas un but des entreprises, ce sont des moyens. Le but des entreprises est de mener à bien des activités qui satisfont des clients et génèrent du profit. Créer des emplois sont un des moyens, parfois, pour parvenir à ce but. Ni Gattaz ni Hollande ne peuvent ignorer cela.

Autrement dit, Hollande donne à Gattaz l’importance qu’il n’a pas, pour se dédouaner à l’avance de l’échec du pacte de responsabilité, prévisible à 100%. Cette stratégie du bouc-émissaire, disons le, est un peu cheap. Pourtant, Hollande avait le choix d’une autre stratégie. Il pouvait par exemple choisir d’arrêter le massacre ultra étatiste, plutôt que de continuer à ménager la chèvre et le chou. Mais il est clair que jusqu’à présent, le président Hollande est en droite ligne avec sa campagne électorale de 2012, fondée sur le mensonge et la politique de l’autruche. La seule chose qui « rassure », c’est qu’en 1979, le Royaume Uni était dans un état voisin de celui de la France de 2014. Alors, même si le Président Hollande choisit de tuer le messager Gattaz et de mettre la poussière sous le tapis, certes les problèmes ne disparaîtront pas, mais les solutions non plus. les solutions, on les connait. Elles s’appellent liberté pour les entrepreneurs.


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