Anti-oxydants et cancer : la copie vient d’être corrigée

Poivrons carottes pommes (Crédits : alschim, licence Creative Commons)

Pommes, carottes ou poivrons sont-ils réellement bénéfiques pour prévenir l’apparition de certaines maladies cardio-vasculaires et de certains cancers ?

Par Jacques Henry

Poivrons carottes pommes CC alschim

Depuis des années les diététiciens et les médecins cancérologues clament que les aliments contenant des anti-oxydants sont bons pour la santé et qu’ils « peuvent » prévenir l’apparition de certains cancers, pour ne pas dire « pourraient » car l’incertitude est telle dans ce domaine qu’il valait mieux utiliser le conditionnel afin d’éviter d’être poursuivi devant les tribunaux pour imposture. Il y a eu de nombreuses études réalisées pour tenter de prouver que les pommes, les carottes, les poivrons ou des noix variées comme la pistache étaient bénéfiques pour la santé et prévenaient aussi bien l’apparition de certaines maladies cardio-vasculaires que celle de certains cancers. Aucune étude réalisée dans ce sens ne s’est révélée concluante. Malgré tout on a continué à clamer que c’était bon pour la santé pour d’obscures raisons de marketing. À qui a profité le crime, nul ne le saura jamais sinon à quelques nutritionnistes gourous qui se sont enrichis aux dépens de la crédulité de leurs clients.

Dans un court papier paru dans le New England Journal of Medicine, deux médecins de la Lustgarten Foundation et d’autres collègues considèrent que les antioxydants n’ont aucun effet sur la réduction de l’apparition des cancers mais au contraire ont plutôt l’effet inverse. Leurs travaux se basent sur la compréhension récente de la stratégie choisie par la cellule pour maintenir un équilibre entre les composés oxydants et leur contreparties non oxydantes, en un mot la régulation des réactions d’oxydoréduction essentielles dans de nombreux processus chimiques de la cellule. Par exemple l’eau oxygénée est essentielle, en très faible quantité, pour certaines voies métaboliques et l’eau oxygénée est effectivement produite au bon endroit et au bon moment dans la cellule. En quantités importantes, il est reconnu que ce composé est toxique et les cellules produisent leur propres moyens de défense pour annihiler les surplus d’eau oxygénée, de même que la cellule dispose d’un attirail très performant pour éliminer l’ammoniac qui est tout aussi toxique.

Il paraissait logique pour de nombreux praticiens et diététiciens que des compléments alimentaires adéquats riches en substances antioxydantes soient bénéfiques pour la santé car ils contribuaient à en quelque sorte neutraliser les effets néfastes de l’eau oxygénée, en réalité l’espèce chimique appelée radical O-singulet ou oxygène réactif.

Or cette étude a montré qu’il n’en est strictement rien car les substances présentant des propriétés dites antioxydantes n’agissent pas sur les mêmes sites au sein de la cellule car il se trouve, selon cette étude, que l’oxygène réactif apparaît au niveau des mitochondries alors que les antioxydants présents dans l’alimentation n’atteignent jamais ces organites subcellulaires dédiés à la production de l’énergie dont a besoin la cellule. Bien au contraire toutes ces substances supposées bénéfiques s’accumulent dans une toute autre région de la cellule et leur effet est quasiment nul voire négatif pour le bon équilibre du métabolisme cellulaire dédié à la régulation de la teneur en oxygène « actif ». Dans le cas des cellules cancéreuse, la situation est même aggravée car les produits contenus par exemple dans les pistaches s’accumulent et perturbent la régulation de la teneur en cette espèce d’oxygène qui peut créer des dommages à l’ADN nucléaire ! Cette observation conforte le fait que la radiothérapie anti-cancéreuse fait apparaître des formes activées de l’oxygène, ce que l’on appelle en chimie des radicaux libres, comme certains traitements chimiques présentant les mêmes effets. Ces traitements tuent les cellules cancéreuses en augmentant les radicaux oxygène.

Il apparaît donc de manière contre-intuitive que l’inhibition des mécanismes réduisant les radicaux oxygène est plutôt bénéfiques dans le traitement des cancers, le challenge étant de déterminer quels sont les processus régulant les schémas métaboliques impliqués dans un tel maintien du bon équilibre entre les espèces oxydantes et leurs opposés réducteurs. Il s’agit d’un équilibre contrôlé en permanence par la cellule afin de préserver son intégrité, on appelle ce mécanisme la balance redox qui a lieu en particulier au sein de la mitochondrie.

Il reste tout de même un long cheminement pour déterminer précisément quel est le processus intime qu’utilise la cellule pour se prémunir contre toute déviation la conduisant à devenir cancéreuse. Cette étude a par exemple montré que les fumeurs abusant d’aliments riches en beta-carotène, un antioxydant vitaminique bien connu, développaient plus rapidement un cancer des voies pulmonaires ou des poumons que les fumeurs ne suivant aucun régime particulier !

Comme quoi les idées reçues qui ne sont fondées que sur des on-dits peuvent être particulièrement néfastes…

Source : Cold Spring Harbor Laboratory, Long Island


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