Le droit (et la bêtise) d’être égoïste (2/2)

La défense du « droit à être égoïste » est fondamentale, mais son exercice n’est pas le fondement d’une société libre.

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Le droit (et la bêtise) d’être égoïste (2/2)

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 juillet 2014
- A +

(1er épisode) L’agriculture a été inventée avant l’État, alors que les chasseurs-cueilleurs vivaient en bandes ou en tribus ; elle lui a permis de prendre naissance en générant un surplus de nourriture permettant de nourrir, en plus des producteurs de nourriture, des hommes d’État, soldats et bureaucrates.

L’État ne se nourrit que de ce qu’il peut s’approprier.

Et l’agriculture a développé l’inégalité, non seulement parce que les fruits du travail sont devenus propriété de leur producteur, mais aussi parce que la sédentarité permet (entre autres choses) de stocker et accumuler des biens. Que les hommes se sont dès lors attelé à produire, parfois en faisant leur occupation principale voire unique. 1

Parce que les hommes ont besoin de certitudes, que certains (donc trop) ont soif de pouvoir, et que l’intégrité et la vertu ne sont pas les choses du monde les plus partagées, l’agriculture a créé le collectivisme en même temps que les inégalités de condition. Au lieu de les réduire, il les agrandit, et les rend injustes car assises plus sur la proximité du pouvoir que sur le talent.

Et le collectivisme génère de l’égoïsme, dans le sens le plus cru : alors que la propriété n’est plus un droit inaliénable et se trouve souvent aliénée, la propriété restante est plus jalousement conservée. Alors que l’État promet de garder tous ses administrés, en faisant de chacun le gardien de son frère 2, l’empathie s’estompe et la générosité s’efface, alors que l’envie et l’égoïsme se développent.

Il suffit de voir ce que des entreprises privées ont apporté récemment au monde : éducation et formation gratuites en ligne, éclairage renouvelable à bas prix pour lutter contre les incendies de lampes à pétrole en Afrique subsaharienne, messagerie électronique gratuite et performante, biens de consommation courante à prix réduits, large choix en livraison gratuite (désormais à un centime). Et les États tentent, malgré les bénéfices palpables de ces initiatives privées, de défendre leur monopole de l’éducation, de la monnaie, des transports, de l’énergie, et d’utiliser la contrainte pour obtenir des informations sur les citoyens (y compris d’autres pays). Emmaüs a récemment fait les frais de la gourmandise du Léviathan, décidé à ce que même la solidarité soit en monopole.

Les libéraux revendiquent leur égoïsme pour pouvoir se montrer altruistes ; les collectivistes imposent l’altruisme pour pallier et satisfaire leur propre égoïsme. En faisant de l’altruisme leur morale, ils inversent les valeurs et détruisent la vertu.

Il est donc bon, et nécessaire, de revendiquer le droit de chaque individu à faire ses propres choix et agir selon son propre jugement, lui donnant la possibilité de se montrer égoïste. Tout comme il est mauvais et destructeur d’appliquer strictement le droit d’être égoïste, qu’en refusant à leurs citoyens les États s’accordent à eux-mêmes. Un État égoïste ne se contente pas de n’aider rien ni personne : il détruit.

Car même en se montrant purement égoïstes, les individus contribuent, par leur travail, à améliorer le sort d’autrui : s’il décide d’échanger avec eux, c’est qu’il s’y trouve gagnant. Par leur effort, l’emploi de leurs talents et de leur créativité, les hommes contribuent secondairement mais nécessairement au bonheur d’autrui.

La nature humaine est donc bien faite, contrairement à ce qu’avancent ceux qui veulent faire reculer la liberté : les hommes ne sont pas par nature égoïstes, et même en l’étant, ils contribueraient au bonheur des autres. Mais ils ne le comprennent pas toujours naturellement, et méprisent trop souvent leurs  pairs, pour jouir un jour des fruits de la liberté : paix et prospérité dans une société harmonieuse où tous peuvent s’élever aussi haut que leurs talents le permettent.

  1. Voir Jared Diamond, « Guns, Germs, and Steel », que je recommande vivement à tous
  2. L’origine biblique de l’expression décrit d’ailleurs sans doute l’invention de l’agriculture et les conséquences de son développement, dans la lutte qui opposa alors et souvent par la suite l’agriculture sédentaire et la chasse et la cueillette nomades
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  • « cLes libéraux revendiquent leur égoïsme pour pouvoir se montrer altruistes ; les collectivistes imposent l’altruisme pour pallier et satisfaire leur propre égoïsme. »

    Ce passage résume tout.

  • Excellent article, merci.
    Plus que l’égoïsme, le collectivisme engendre la haine. Mais au lieu de haïr l’Etat, architecte de leur oppression, les créateurs de richesse haïssent les « assistés », qui sont pourtant également des victimes. En effet, un « assisté » ne pourra jamais acquérir les compétences qui lui permettraient d’être productif, d’être une valeur pour les autres. Il restera toujours… inutile. Il n’aura donc jamais l’amour-propre nécessaire au bonheur.

  • Un chef (un Roi, un prince, un gouvernement …) n’est pas réellement altruiste. Il est plutot paternaliste. Son désir de pouvoir l’amène à prendre en charge le groupe, le royaume, le pays, à en assurer la sécurité et le fonctionnement et la sécurité en prélevant des impôts. La redistribution ne peut avoir pour but que la préservation de son cheptel. Le collectivisme ou la redistribution sont des utopies.

    L’important est de savoir coment organiser la sélection d’un chef pour qu’elle ne soit pas basée sur la force ou la manipulation (dynastie, religion, manipulation de l’opinion) et d’en limiter et controler les pouvoirs.

    Les grandes théories ne sont que du vent. La nature humaine nous pousse à reconnaïtre le pouvoir et la légitimité d’un chef, autant qu’à agir pour notre intérêt exclusif (Cet intérêt incluant l’altruisme – mais c’est une composante secondaire de notre intérêt). Il n’y a pas de système idéal, pas de morale, ni même de cohérence dans aucun système politique. En revanche il y a énormément de non-sens dans les théories politiques et sociales.

    • Et bien, il n’y a pas grand chose, pour vous. Peut-être est-ce vous qui vivez dans l’irréel ? Parce que pour dire que la redistribution est une utopie, il faut être sacrément atteint 😀

      • La redistribution est une utopie dans le sens qu’elle n’a rien à voir avec la générosité ou l’égalitarisme : un système avec un chef est forcément un système HIERARCHIQUE avec ses sous-chefs ou « nobles » ou « notables » …
        La redistribution à tendance à se faire de bas en haut, non suivant une justice ou de simples besoins, mais plutot pour obtenir un soutient et maintenir un ordre établi.

        C’est dans notre nature de vivre dans un tel système. Mais sans une part égale d’individualisme et de recherche de la liberté tout autant liée à notre nature, on serait dominé par l’instinct de meute et on ne serait pas sortie des cavernes. C’est pourquoi je crois au libéralisme. Vous pouvez tenter d’améliorer le système en établissant des contre-pouvoirs et en défendant la liberté, mais si vous niez son caractère naturel ou partez du principe que le collectivisme est inscrit dans nos gènes comme si on était des fourmis, vous allez au mur.

        • Dans ce cas, nous sommes d’accord. La redistribution n’a rien à voir avec la générosité ou l’égalitarisme (de droit). Mais ce n’est pas une utopie. Elle existe dans la réalité. Une réalité malfaisante, mais une réalité.

      • Parce que l’Etat français prend actuellement 70% de ce que je gagne pour le redistribuer à d’autres ?

        • Non, il prend 70% de ce que vous gagnez et de cela 80% sert à gérer la « redistribution », 20% étant redistribué. Mais comme et le prélèvement et la redistribution contribuent à réduire la taille du gâteau, l’Etat doit aussi emprunter au passage.
          In fine, vous avez moins qu’avant, le pauvre pas vraiment plus… mais l’Etat à grossi et des fonctionnaires sont payés (moins cher que ce qu’ils pourraient sans doute gagner ailleurs) à ne pas être productifs réellement.

          Donc il n’y a pas de « redistribution » sauf si on considère que prendre quelque chose et le garder est de la « redistribution »…

  • Comme toujours, c’est votre conception de l’Etat qui pose problème. Car comment ne pas voir une forme certes primitive d’Etat lorsque vous parlez de tribus ou de bandes. Cela implique nécessairement une organisation sociale, hiérarchique ou non, avec des institutions créatrices de règles, rendant la justice, etc.
    Quant à prétendre que l’agriculture a développé l’inégalité, c’est une affirmation qui mérite d’être développée. Il semblerait que les sociétés les plus anciennes au contraire étaient très égalitaires (conclusion tirée de l’étude des sépultures) et peu violentes.
    Personne n’a jamais dit que l’initiative privée ne pouvait apporter du bien être, du progrès. Mais utiliser quelques exemples pour tirer une conclusion générale est déjà un premier sophisme, quant à l’utiliser pour prétendre que la puissance publique est inefficace ou non performante, c’en est un second.

    • Je ne vois pas comment ergoter sur le moment exact où le pouvoir devient un Etat digne de ce nom change quoi que ce soit à l’argumentation.
      Concernant le développement de l’inégalité, c’est pourtant clair. Avant, tout le monde était pauvre. Egalité. Après, certains sont devenus riches. Inégalité.

      • Vous ne m’avez pas bien compris. je fais remarquer qu’opposer Etat à ce que l’auteur nomme tribu ou bane n’a aucun sens car l’Etat est déjà là. certes pas l’Etat moderne, je vous l’accorde.
        Votre raisonnement final est assez comique ; car si « certains après sont devenus « riches » », c’est bien parce que ceux d’avant étaient « pauvres ». peut-être que finalement ils n’étaient pas si pauvres que cela !

        • Bon, dernière tentative : le processus de création de richesse, vous connaissez ?

          • Vous faites une confusion entre création de richesse et distribution ! Peut-être ne me suis-je pas bien exprimé !

            • Non, pas du tout. L’enrichissement dont parle M. Créteur n’a rien à voir avec la (re)distribution. Certains ont juste sous-consommé (gardé des graines) pour dégager un capital, qu’ils ont investi (planté), ce qui les a rendu plus riches (plus de graines). Ils n’ont rien pris aux autres. C’est le processus de création de richesse par le capitalisme.

        • Les bandes et tribus sont relativement égalitaires, aussi bien dans la prise de décision que la distribution des richesses. Leur nombre de membres ne dépasse pas quelques centaines (150 serait selon certains un maximum).
          Et, surtout, personne n’y a le monopole de la force et de l’information.
          Historiquement, elles ne sont pas stratifiées, ne pratiquent pas l’esclavage, ne produisent et consomment pas de biens de luxe, n’ont pas d’architecture publique.
          Source : Guns, germs, and steel.

          L’Etat suit la production de nourriture excédentaire, nécessaire à son existence, que tribus et bandes ne génèrent pas. Il ne peut exister sans hôte viable.

          • Vous dites  » personne n’y a le monopole de la force et de l’information », c’est là une information bien téméraire ! Mais je vous suis entièrement. Elles sont très égalitaires ‘est ce que je dis.
            Maintenant, comme je le dis qu’appelez-vous Etat ?

          • « Les bandes et tribus sont relativement égalitaires, aussi bien dans la prise de décision que la distribution des richesses. »

            Une tribu a toujours un chef me et est structurée me semble-t’il. Cela s’aggrave quand la tribu grandit (et les individus se spécialesent) mais le ver est dans le fruit dès le départ.

            • Il y a parfois un chef, mais qui n’a pas réellement de privilèges et dont le pouvoir n’est pas héréditaire. Le ver est, effectivement, dans le fruit.

    • « Cela implique nécessairement une organisation sociale, hiérarchique ou non … »

      J’ai bien peur qu’elle soit forcément hiérarchique : comme conclut Maurin dans l’artiche « Finance, le monde des hommes serait-il détestable » : « il n’existe, avec le genre humain, que l’aristocratie ».

      Seule solution, réduire la structure (incompatible avec le socialisme) et créer des contre-pouvoirs.

      • pour ma part, je pense que la structure hiérarchique ne peut exister qu’avec une organisation de division du travail. C’est d’ailleurs un peu paradoxal. Mais ce que vous dites est entièrement juste : mettre en place des contre-pouvoir est nécessaire, c’est finalement l’idée de Montesquieu.

  • Si on vous en laisse les moyens, vous refuseriez d’aider un proche ? Une connaissance ? …?

  • L’être humain n’est-il pas suffisamment généreux par nature qu’il faille le rendre ultra-généreux si ce n’est pour se maintenir au pouvoir ❓

    • On ne peut pas rendre de force quelqu’un généreux. La contrainte annihile le choix, sans lequel il ne peut y avoir ni bien ni mal.

      Mais sur le principe, bien entendu, la démagogie, depuis la rome antique avec les distribution de blé et les lois agraires, est la base du socialisme.

      • Oui, ce qu’il faut souligner, c’est qu’il existe des gens généreux, certains plus que d’autres, certains même très généreux, pas seulement en temps. Et a mon avis, ils sont plus nombreux que ce que l’on pense.
        Libérer ces personnes ferait très certainement le plus grand bien à la société.

        Par ailleurs à quoi bon accumuler, si c’est pour finir enterrer sous un tas d’or ?

        • Oh oui. Je peux garantir, par exemple, que tout ce que ne me prendrait pas le socialisme serait ajouté à mes dons. D’ailleurs, il faudra que j’aille voir où en est le dossier fiscal de Contrepoints sur la déduction des dons…

  • L etat?quelqu un veut savoir?ben c est l’gros,la-bas 🙂
    Diogene vous aimerez peutetre,moi j aime Mirbeau disant « ce sont les pretres qui ont invente le peche et divinise la souffrance »(c est une araignee qui lui parle ce soir la,il a un peu bu..consolante joie aussi ceci je pense) l epeire lui dira aussi « vous n entendez rien a la vie vous autres hommes qui l embarrassez d une morale imbecile O tu es bete »la morale?:dans la vie il faut manger ou etre manger.(oh dur dur disait le hippie :-))

  • Il n’y a pas d’altruisme (ou plutôt je suis seul à savoir si je suis altruiste… et encore) uniquement des preuves d’altruisme.
    Qu’importe si j’aide les autres pour mon intérêt propre ou pour leur beaux yeux, pourvu que je les aide. Et qu’importe mon « amour des autres » si je ne les aide pas concrètement.

    Tout le problème est là. Les collectivistes/socialistes (et maintenant la « droite ») se placent sur un plan moral, et réclament des « intentions pures » quitte à ce que les faits soient pauvreté, misère, règne du « chacun pour soi ». Les libéraux réclament le droit d’être des salauds qui ne pensent qu’à eux, mais en général juste après ça ils vont aider leur prochain en difficulté.

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