Défaillance du marché ou défaillance de l’État ? Le marché du travail

Comment imputer le déséquilibre constaté aux défaillances d’un marché qu’on empêche précisément de fonctionner ?

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Défaillance du marché ou défaillance de l’État ? Le marché du travail

Publié le 13 juillet 2014
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Par Jean-Louis Caccomo.

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Les théoriciens de la concurrence imparfaite, en banalisant l’adjectif « imparfaite », considèrent que l’on ne peut décidément pas faire confiance en la concurrence pour concilier les intérêts nécessairement divergents (à court terme en tout cas) des protagonistes du marché. La « concurrence imparfaite » est cependant un concept dérivé du modèle de « concurrence pure et parfaite » auquel il prétend se substituer en l’affinant. Pourtant, le modèle, même affiné, n’est sans doute pas une représentation fiable de la réalité des processus de marché.

Si la plupart des manuels d’économie proposent des présentations détaillées et abondamment illustrées des modèles de concurrence imparfaite, ils éludent le plus souvent une telle question qui implique de revenir sur les fondements philosophiques du principe même de concurrence. Considérons l’exemple du marché du travail pour illustrer ce propos. Il est clair que le monde réel, dans lequel nous vivons tous, est loin d’être parfait. Il est clair aussi que la concurrence telle qu’elle existe, dans le monde réel, est quelque chose d’autre que la « concurrence pure et parfaite ». Pourtant, l’origine des défaillances constatées est loin d’être établie clairement.

Si une grande partie des économistes se montrent favorables à l’idée d’encadrer la concurrence par des instances extérieures au marché, c’est soit qu’ils ont une conception néoclassique de la concurrence, soit qu’ils ne reconnaissent aucunement les vertus du marché libre (keynésiens, marxistes, régulationnistes…). En agrégeant tous ces courants de pensée, on obtient finalement la majorité des économistes qui considèrent qu’il y a des imperfections qu’il faut – et que l’on doit corriger. Mais, si les développements récents vont dans le sens de la législation de la concurrence, c’est notamment en raison de l’impossibilité de se rapprocher, dans la réalité, des conditions de la concurrence pure et parfaite telles qu’elles ont été définies par la théorie. Pourtant, sommes-nous certains de la pertinence des références en ce domaine ? 

La question est loin d’être anodine car, si la référence est fausse, alors les conclusions le sont tout autant et ce que nous appelons « défaillance » est alors tout autre chose .

Le marché du travail en France est caractérisé aujourd’hui par la coexistence, d’un côté, d’un nombre important de chômeurs de longue durée et de chômeurs diplômés, et d’un autre côté, par une pénurie croissante de personnel dans un nombre important de secteurs, que ce soit de personnel qualifié ou non. Le moins que l’on puisse observer est donc une grande défaillance dans la quête d’un équilibre du marché du travail. Face à ce constat, on en appelle généralement aux pouvoirs publics. Pour autant, le marché du travail en France est-il l’exemple d’un marché libre ou d’un marché perturbé à force de réglementations et de collectivisation des processus de négociation qui empêchent tout ajustement fin des offres et des demandes ?

Il suffit de mentionner l’existence du S.M.I.C., de la complexité du droit du travail, du poids des charges sociales, des nouvelles réglementations, du poids de l’État dans l’éducation et la formation pour constater qu’il n’existe pas, dans les faits, un réel marché du travail sur le dos duquel on pourrait imputer la responsabilité du chômage. Sans avoir la prétention de trancher une question si complexe, l’économiste n’a pas le droit de s’interdire de se poser la question inverse. N’est-ce pas plutôt les tentatives constantes et maladroites de régulation forcée et de manipulation de l’offre et de la demande de travail, par des mécanismes réglementaires et administratifs (telles les conventions collectives qui se substituent de plus en plus au contrat de travail dont le fondement est individuel) qui neutralisent toutes possibilités d’ajustement fin, qu’il soit quantitatif ou qualitatif.

Le moins que l’on puisse constater est que cette tentative de « régulation » se solde par de terribles et coûteux échecs. Si les échecs de la régulation sont plus coûteux que les imperfections de la concurrence qu’elle était censée corriger, n’aurait-on pas plus intérêt à restaurer les conditions du plein épanouissement des lois économiques ? En tout cas, la redoutable question du chômage nous renseigne plus sur les défaillances de l’administration et de sa gestion que sur les prétendues défaillances inhérentes à un marché libre. Car comment imputer le déséquilibre constaté aux défaillances d’un marché qu’on empêche précisément de fonctionner ?


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  • 1. Prétendre qu’il n’existe pas de marché du travail est une aberration. Bien entendu qu’il existe, ceux qui recherchent un emploi vous le confirmeront, je pense. Maintenant qu’il ne soit pas libre au sens théorique, je vous l’accorde, mais je ne crois pas qu’existe dans le monde un tel marché. Vous prétendez que l’existence du SMIC, de règlementations, du coût du travail (plus faible qu’en Allemagne dans le secteur manufacturier, je dis cela en passant), …. fait qu’il n’existe pas un marché du travail en France. Mais c’est une hérésie ! Un employeur ne peut donc pas choisir un salarié ? un salarié ne peut pas aller postuler là où il veut ? un peu de sérieux !
    2. Savez-vous que lorsqu’on se réfère aux données de l’OCDE, la France a un marché du travail plus flexible que l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, et même la Chine et l’Indonésie, en ce qui concerne les salariés « permanents » relativement aux licenciements individuels et collectifs.
    3. Vous parlez du SMIC, mais celui-ci est plus élevé en Irlande, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg.

    • « Un employeur ne peut donc pas choisir un salarié ?  » non. choisir c’est discriminer, et c’est interdit.
      « un salarié ne peut pas aller postuler là où il veut ? » Non plus. Il faut des diplômes (au sens du papier, pas au sens des compétences), des autorisations (permis de travail pour les étrangers), et certaines propositions de travail sont interdites (âge, prix, etc.)
      2. et 3. admettons. et alors ? c’est sensé prouver quoi ?
      « un peu de sérieux », effectivement

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