Comment réduire réellement la dépense publique ?

Dépenses publiques multipliées par 7 (Crédits : Sylvain Jutteau, tous droits réservés)

Il existe de réels moyens de réduire la dépense, qui ne seront sans doute jamais appliqués faute de dirigeants dignes de ce nom.

Une rigueur sans précédent va frapper de nombreux ministères, qui devront consentir des baisses microscopiques de dépense et n’ont même pas la certitude ou l’ambition d’y parvenir réellement. Il existe pourtant de réels moyens de réduire la dépense, qui ne seront sans doute jamais appliqués faute de dirigeants dignes de ce nom.

Conceptuellement, il existe deux moteurs d’évolution de la dépense publique : les prérogatives de l’État (ses missions), et la façon dont elles sont remplies, que l’on peut décomposer sous forme d’objectifs d’une part et de moyens d’autre part.

On pourrait donc d’abord envisager de réduire la dépense publique en réduisant les prérogatives de l’État. Si ce dernier ne se donnait plus pour mission de lutter contre le chômage, il pourrait économiser tout ce qu’il dépense aujourd’hui inutilement pour camoufler à court terme une partie des demandeurs d’emploi. On pourrait aussi considérer que ce n’est pas à l’État d’organiser les villes et de choisir ce qu’on peut construire chez soi, de choisir quelle culture doit prévaloir, de financer une presse que les Français ne lisent plus, etc. Les économies, on le comprend aisément, sont substantielles, et la France se porterait d’autant mieux à long terme que l’État intervient moins. Mais il faut un vrai courage politique, ou une vraie nécessité, pour que les Français acceptent l’idée même que la solution est entre leurs mains, plutôt qu’entre celles de leurs élus qui se servent dans les poches des autres.

On peut donc, tout en conservant les mêmes missions, se fixer d’autres objectifs. Les missions de « service public », par exemple, peuvent être redéfinies ; à l’heure des courriers électroniques, il semble concevable que la distribution du courrier soit moins fréquente, nécessitant d’autant moins de postiers. On pourrait même imaginer que toute la distribution soit, elle aussi, électronique ; les globe-trotters ont déjà recours à des services postaux leur envoyant un document électronique consultable n’importe où pour chaque courrier reçu. Les formations dispensées aux demandeurs d’emploi pourraient aussi être plus ciblées, et destinées à leur permettre de trouver un emploi plutôt qu’à les occuper pour un moment. Cette redéfinition des objectifs est un levier important et rarement inclus dans le débat public, réservé le plus souvent à des discussions entre hauts fonctionnaires et conseillers.

Mais sans même redéfinir les missions de l’État et modifier ses objectifs, il est possible de réaliser d’importantes économies en redéfinissant les moyens employés pour remplir les mêmes missions avec les mêmes objectifs.

Les entreprises prévoient généralement leur budget pour l’année suivante sur la base du budget de l’année en cours, et c’est le raisonnement aussi adopté par l’État : chaque réforme vise à transformer un peu le cadre existant, à la marge. Même les plus ambitieux politiciens, qui se lancent avec succès dans la course aux plus hautes fonctions derrière le slogan « Le changement, c’est maintenant », se révèlent très mous dans l’exercice du pouvoir et se rangent confortablement derrière cette approche. Mais elle n’est pas unique et, en temps de crise, nombreuses sont les entreprises à chercher à remplir les mêmes objectifs avec moins de moyens.

Pour cela, elles composent un budget futur sur la base non des budgets précédents, mais d’une page blanche ; on appelle communément cette méthode « Budget base zéro », par opposition au « budget base n ». Le mille-feuille administratif français pourrait rapidement être restructuré si on pensait plus en termes d’efficacité que d’héritage ; les administrations, comités, conseils et autres instances qui seraient supprimés sont difficiles à concevoir tant leur enchevêtrement est aujourd’hui obscur.

L’avantage de cette méthode est notamment de percevoir rapidement les redondances et de supprimer les processus inutiles, difficiles à appréhender lorsqu’on observe la situation telle qu’elle est et que l’existant limite l’imagination des possibles.

Mais ces méthodes, qui ont fait leurs preuves dans le privé, ne sont pas adoptées dans le public, et les raisons tiennent à autre chose qu’au manque d’imagination ou d’ouverture des responsables. Leur mise en œuvre suppose quelques pré-requis, qui ne sont pas prêts d’être instaurés.

La fin de l’emploi à vie pour les fonctionnaires est nécessaire pour que les conclusions d’un tel exercice aient la moindre chance d’être suivies. Il faut également un changement des mentalités relevant du choc culturel pour qu’une décision puisse être prise simplement parce qu’elle a du sens ; chaque élu et haut fonctionnaire a ses prérogatives et peut faire échouer des projets pleins de sens pour des raisons parfois obscures. Et c’est ainsi que se révèle la plus grande difficulté, à savoir les objectifs masqués des décideurs.

Beaucoup de fonctionnaires, c’est beaucoup d’électeurs potentiels pour quiconque saura les satisfaire. Beaucoup de comités et administrations, c’est beaucoup d’endroits où placer les copains, voire se recaser soi-même une fois le mandat perdu (quand on ne devient pas tout simplement avocat, vendant son carnet d’adresses et ses services à la manière d’un parrain qui aurait les dents plus longues que sa loyauté).

Il ne reste plus donc qu’à espérer, si l’édifice étatique ne s’effondre pas de lui-même, que les citoyens s’emparent d’un tel projet, redéfinissent leur État et fassent de sa transformation un programme politique. Il leur restera ensuite à convaincre le reste des Français, dont tous ceux dont la redondance au moins partielle serait mise en évidence et corrigée par ledit programme.

Si les citoyens y parviennent toutefois, ils auront alors la chance (sic) de s’apercevoir que notre démocratie est percluse de défauts, et que le peuple a toutes les difficultés du monde à faire entendre sa volonté. Entre les diverses possibilités de blocage par d’autres instances élues et le pouvoir qu’ont les administrations, il leur faudrait avoir encore l’énergie de mener leur combat pour un État qui corresponde à leurs besoins et leurs objectifs, malgré les déconvenues qui résultent toujours de la divergence entre des objectifs ambitieux et ce qu’il est possible de réaliser en pratique.

En attendant, les Français subiront quelques temps encore une inefficacité de l’État déjà insupportable pour beaucoup, mais dont certains profitent sans scrupules.

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