Pour une approche globale de l’intégration

racisme (Crédits : Daniela Hartman alles-schlumpf, licence Creative Commons)

Les difficultés relatives à l’intégration ne sont pas une fatalité.

Les difficultés relatives à l’intégration ne sont pas une fatalité. Il convient d’adopter une approche globale associant inclusion, égalité de traitement, liberté d’expression et réformes économiques. Au bénéfice de tous.

Par Anthony Végat

racisme (CC Daniela Hartman alles-schlumpf)L’intégration n’est pas un but en soi. On ne va pas déplorer que telle communauté de hippies, tel moine ou tel ermite ne soit pas « intégré ». L’absence d’intégration peut devenir une préoccupation lorsqu’elle est subie et devient source de tension chronique entre les acteurs de la société.

Le constat est là : en France, certains quartiers périphériques des métropoles apparaissent comme ghettoïsés, concentrant une plus forte population immigrée ou d’origine immigrée avec un plus fort taux de chômage et des accès de violence urbaine plus fréquents. En parallèle, on constate l’enflement du vote xénophobe. Il y a donc manifestement un déficit d’intégration, source de difficultés et de tensions pour tous les protagonistes.

Les pouvoirs publics approchent le plus souvent cette question par le petit bout de la lorgnette et se rendent donc incapables de faire progresser la situation. Pour les uns, il suffira d’injecter de l’argent public pour la rénovation urbaine de ces quartiers. Pour d’autres il suffira d’interdire les drapeaux étrangers, ou le voile intégral. Il est temps d’adopter une approche plus large permettant de favoriser l’intégration et d’apaiser les tensions entre les habitants de ce pays. Pour cela, il faut avancer sur plusieurs tableaux : d’une part permettre aux habitants de ces quartiers de se sentir inclus dans la société française, d’autre part permettre à d’autres composantes de la société française de ne plus se sentir frustrées ou traitées injustement par rapport aux populations d’origine immigrée, et enfin favoriser la croissance économique, car plus le gâteau est grand, moins les gens se battent pour en avoir.

Aujourd’hui, le rapport entre jeunes de ces quartiers et policiers est exécrable. Mais quelle est la source principale de ce différend chronique entre jeunes et forces de l’ordre ? Il se trouve que l’une des spécialités de ces quartiers est le commerce de cannabis. Or ce commerce est actuellement soumis à prohibition. Ainsi, il donne lieu à un harcèlement quotidien des policiers sur les habitants de ces quartiers. Comment générer des relations apaisées des uns envers les autres si l’essentiel de la relation consiste à poursuivre et arrêter ces individus pour leurs activités commerciales. Cette relation violente entre jeunes et policiers contamine plus largement la relation entre ces quartiers et la société, générant ressentiment et volonté d’en découdre.

Une légalisation du commerce du cannabis permettrait de sortir les protagonistes de ce face à face absurde et stérile où les uns sont obligés de poursuivre les autres. Cette légalisation n’est par ailleurs qu’une question de bon sens : il n’est pas établi que le cannabis est plus nocif que le tabac, la prohibition n’a que peu d’effet sur le niveau de consommation, une officialisation de son commerce permettrait un meilleur contrôle de sa qualité et de mieux communiquer sur les conséquences de son usage, les moyens colossaux engloutis dans la lutte contre son commerce et sa consommation pourraient être orientés vers des secteurs plus pertinents ou tout simplement rendus au contribuable et les prisons pourraient être drastiquement vidées.

Par ailleurs, il se trouve que la dimension religieuse est une composante importante de la culture de certaines populations d’origine immigrée. Or, la religion se transforme de façon récurrente en affaire d’État, labourée par le législateur et l’homme politique. Encore une fois, en stigmatisant la pratique religieuse, c’est toute la population concernée qui peut se sentir stigmatisée. L’intégration en est rendue d’autant plus laborieuse. Il est donc essentiel de retrancher une bonne fois pour toutes la question religieuse dans la sphère privée et de relaïciser l’espace public. S’il arrive que la pratique religieuse de certains porte atteinte aux droits individuels d’autres, les tribunaux sont là pour régler le différend.

Comment relaïciser l’État et l’espace public pour permettre une meilleure inclusion de tous, quelle que soit sa pratique religieuse personnelle ? Il faut d’abord cesser ce « 2 poids 2 mesures » qui prévaut et qui favorise une religion, la religion catholique, par rapport aux autres. En 2011-2012, 97,3% des élèves des établissements privés sous contrat relevaient de l’enseignement catholique. Nous avons donc aujourd’hui un État qui finance massivement la promotion d’une religion particulière. De même, sous couvert de protection du patrimoine, les communes financent l’entretien de milliers de lieux de cultes catholiques, ceux construits avant 1905. Les jours fériés recensés dans le très officiel code du travail sont pour plus de la moitié d’entre eux des jours de fête catholique. Face à ce soutien étatique d’une religion spécifique, comment se sentir pris en considération et donc « intégré » lorsque que l’on pratique une religion différente ?

Pour relaïciser l’État et l’espace public, il convient donc en particulier de supprimer le financement public des écoles religieuses sous contrat et des lieux de cultes, et de décorréler les jours fériés des fêtes religieuses catholiques.

Enfin, comment ne pas se sentir exclu, voire frustré lorsque, de nationalité différente, l’on doit payer des impôts au sein d’une collectivité sans pouvoir participer aux décisions concernant l’utilisation de ces mêmes impôts ? Pour favoriser l’intégration, tout individu étranger payant des impôts au profit d’une collectivité locale devrait pouvoir participer, tout comme les Français, aux élections de cette collectivité.

Il faut donc favoriser le sentiment d’inclusion mais aussi traiter le sentiment d’injustice ressenti par une part croissante de la population, comme peut l’exprimer la montée du vote xénophobe.

Ce sentiment d’injustice provient d’une inégalité de traitement mise en œuvre par la puissance publique. Par exemple, telle famille bénéficiera d’un appartement 5 pièces à tarif réduit parce qu’elle présente une feuille d’impôt vierge alors que telle autre qui sue sang et eau dans son travail ne pourra même pas se loger dans un logement équivalent. Il en va de même des nombreux dispositifs d’aide catégorielle : allocations familiales, APL, allocations chômage, RSA, etc. Il est ainsi possible de vivre correctement des subsides publics sans chercher à travailler. Que cela soit réel ou fantasmé, une part croissante de la population semble penser que ce sont majoritairement les populations d’origine immigrée qui bénéficient de cette martingale.

Pour remettre les individus sur un pied d’égalité face à l’État et ainsi faire diminuer ce sentiment d’injustice, il convient de remplacer tous les dispositifs d’aide publique catégoriels par un revenu universel. Le montant total qui est actuellement redistribué sous la forme d’allocations, de HLM, de subventions, etc. devrait être divisé par le nombre de résidents et reversé de façon égalitaire à chacun d’entre eux. Pour ceux qui payent des impôts, ce montant viendrait en déduction de leurs impôts, pour les autres, il s’agirait d’un revenu net. Grâce à cette redistribution plus égalitaire, celui qui travaille gagnera nécessairement plus que celui qui ne travaille pas, les individus n’entretiendront plus ce sentiment de frustration, chacun bénéficiera d’un minimum vital et l’État fera des économies drastiques sur son fonctionnement.

Il faut également cesser de bâillonner les individus à coups de lois mémorielles, et autre lois anti propos racistes. Cette chape de plomb et ces tabous institutionnalisés vont à l’encontre des objectifs que prétendent vouloir atteindre leurs instigateurs. Plus vous interdisez aux gens de s’exprimer, plus leur récriminations enflent intérieurement, avant d’exploser çà et là de façon violente et irrationnelle. Dans l’espace public, les propos racistes sont alors exprimés de façon sournoise et détournée. Il est alors impossible d’y répondre franchement et de les démonter. La pensée raciste peut alors se développer en eaux profondes sans rencontrer aucune résistance.

Pour mieux combattre le développement des idées racistes, il est nécessaire de ne pas interdire par la loi leur expression.

Outre un rééquilibrage dans les relations entre les populations souffrant d’un manque d’intégration et les autres populations, il convient de favoriser la croissance économique pour tous. Plus de croissance, nécessitera de faire appel à plus de travailleurs et en particulier à ceux vivant dans les quartiers ghettoïsés, favorisant ainsi leur intégration. En outre, une croissance plus forte détournera certains individus de leur penchant naturel à chercher un bouc émissaire à leurs propres difficultés économiques. Le retour de la croissance est donc un enjeu crucial pour l’apaisement des relations dans notre pays.

Pour se dédouaner de leur impuissance, d’aucuns répètent que « la croissance ne se décrète pas ». Il est pourtant évidemment possible de mettre en place les conditions permettant qu’elle se développe. Ces conditions sont bien connues. Il ne manque qu’une volonté des électeurs de porter au pouvoir les individus capables de les mettre en œuvre. Il s’agit en particulier de baisser significativement la pression fiscale, grâce à une baisse de la dépense publique, de simplifier drastiquement les normes qui entravent vainement l’initiative économique, et de mettre fin aux situations monopolistiques.

Les difficultés relatives à l’intégration ne sont pas une fatalité. Il convient d’adopter une approche globale associant inclusion, égalité de traitement, liberté d’expression et réformes économiques. Au bénéfice de tous.