« Avec Juncker, l’Union Européenne dans une panade pire que Cameron »

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

La question du maintien du Royaume-Uni dans l’Europe se pose avec de plus en plus de vigueur.

Par Richard North, depuis le Royaume-Uni.

Ce n’est que d’un point de vue très technique que le choix de Jean-Claude Juncker, malgré l’opposition du premier ministre britannique David Cameron, pouvait être considéré comme une défaite pour celui-ci. Le journaliste Christopher Booker a raison toutefois : les ambitions européennes de Cameron seront victimes du vote. Toute revendication de négocier, d’une manière ou d’une autre, un nouveau partenariat entre le Royaume-Uni et l’UE, et par la suite mener une campagne du « oui » pour rester au sein de cette Union en tant que membre, n’est qu’illusion.

En fait, depuis qu’il a fait sa promesse de référendum sur l’Europe, en janvier 2013, il n’y avait plus aucun espoir que sa politique puisse fonctionner. L’UE n’aurait jamais autorisé la « réforme » qu’il évoquait, parce qu’elle aurait constitué une violation sans précédent de ses règles de traité.

Cependant, ce qui est clair jusqu’ici est que la débâcle de la semaine dernière a laissé l’Union dans un état encore plus déplorable encore que celui de M. Cameron. Ce fut le Premier ministre qui a tristement essayé de maintenir les règles du même traité, en insistant qu’il n’incombe pas au Parlement européen de nommer un candidat pour la Présidence de la Commission européenne.

Et maintenant, nous assistons à l’aberrant spectacle aboutissant au choix d’un homme jugé en privé par beaucoup des intervenants comme désespérément inadapté au travail qu’on lui demande.

Jean Claude Juncker est un fumeur et buveur invétéré, un solitaire aigri qui déteste la paperasse et dont le nom est apparemment connu de moins de 1% de ceux qui sont supposés avoir « voté » pour lui lors des récentes élections européennes. Son seul mérite à leurs yeux pourrait être qu’il a été durant toute sa carrière un farouche européiste, ce qui expliquerait pourquoi il dira taïaut à toute tentative de M. Cameron de gagner une quelconque réduction des pouvoirs de l’UE.

Par ailleur, cela tombe bien que, le même jour, l’UE ait signé un accord avec l’Ukraine et deux autres anciennes républiques soviétiques, le type exact de circonstances ayant contribué aux origines de l’ensemble de la crise avec la Russie. La BBC peut décrire l’événement comme un simple « accord commercial », il n’en demeure pas moins qu’il s’agit aussi d’une alliance politique et militaire, que le Président Poutine a d’ailleurs été prompt à considérer comme une provocation intolérable.

Quand l’histoire viendra à s’écrire, cette téméraire tentative d’étendre l’emprise européenne dans l’arrière-cour russe sera appréciée, au même titre que le pari fou de l’euro, comme les deux plus évidents symboles d’un projet européen outrepassant ses prérogatives.

Et le choix, pour le poste le plus important de l’Union, d’un homme aussi indubitablement inadéquat, n’est qu’un autre symptôme d’un projet vaniteux s’autodétruisant et dysfonctionnant de façon exponentielle, conclut Booker.

De mon point de vue, je crois que peu de gens appréhenderont les événements en ce sens. Mais en son cœur, l’UE est une organisation procédurière. À de nombreuses reprises, quand c’était nécessaire, ces règles furent contournées ou dérogées. Mais jamais il n’y eut une démarche si flagrante où l’on a fait si peu de cas de celles-ci alors qu’elles permettent de préserver l’équilibre institutionnel.

Peu de choses à Bruxelles sont plus fragiles et plus vitales pour le fonctionnement de la « Communauté » que l’équilibre entre les trois principales institutions – la Commission, le Parlement et le Conseil. En cédant le pouvoir au Parlement, qui tend à s’allier avec la Commission, le Conseil Européen a fondamentalement altéré l’équilibre du pouvoir.

En réalité, M. Juncker, une fois qu’il sera approuvé par le Parlement européen, sera un imposteur – un homme qui n’a pas le droit d’être où il est, et qui n’a pas de crédibilité – le « président accidentel » que personne ne désire. Il aura bien sûr tous les attributs du pouvoir, et ses « collègues » l’accueilleront comme l’un des leurs, mais il ne sera jamais le réel représentant. Il ne peut commander le respect inconditionnel des trois institutions.

Aussi loin que le Royaume-Uni puisse aller, M. Cameron a dit qu’il favoriserait les changements de négociation avec l’UE, mais « le travail de maintenir l’Angleterre dans une Union réformée a été rendu plus difficile. » En fait, c’est impossible. Qu’importe le respect et la reconnaissance emmagasinés en confrontant ses « collègues », il perdra au moment où il retournera à Bruxelles, prétendant avoir gagné un nouvel « accord ».

Je ne peux m’imaginer d’autres scénarios par lesquels un gouvernement britannique puisse avec crédibilité organiser un referendum et nous dire de voter « oui ». Cela pourrait être l’héritage de M. Juncker qui, lors de la venue du referendum français de 2005, avait prononcé : « Si c’est un oui qui l’emporte, nous n’aurons plus qu’à avancer et dans le cas contraire nous continuerons. »

Ce qui a changé à présent est qu’il n’y a rien qu’il puisse dire qui changera quoi que ce soit. Il est, en tant que président, un canard boiteux régnant sur des ruines.


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