Restreindre l’immigration, c’est comme restreindre les naissances

Manifestation d'étrangers en situation irrégulière à Paris immigration (Crédits looking4poetry, licence Creative Commons)

Les arguments en faveur du contrôle de l’immigration sont identiques à ceux en faveur du contrôle des naissances.

Par Édouard H.

Immigration-en-FranceLa plupart des objections contre l’ouverture des frontières aux hommes sont tout autant valables si on les applique à l’idée d’une forte natalité :

  • Plus de travailleurs sur le marché du travail entraîne une montée du chômage et des salaires plus bas.
  • Plus de personnes signifie par définition qu’il y aura plus de criminels, à ratio de criminalité constant. Pire encore, si les personnes des classes socioéconomiques plus basses ont des taux de natalité ou d’immigration plus hauts, la criminalité va augmenter disproportionnellement.
  • Plus de personnes signifie plus de dépenses publiques que ce soit pour les infrastructures, pour la santé, l’éducation, etc. Encore une fois, si les personnes de classes socioéconomiques plus basses ont des taux de natalité ou d’immigration plus hauts, la charge sur l’État va augmenter disproportionnellement.
  • Etc.

Dans un superbe article, Bryan Caplan imagine les États-Unis dans une dystopie eugénique où l’on restreint la possibilité pour les populations les plus pauvres d’avoir des enfants. Dans ce monde, la mesure est justifiée par tous les arguments qu’on utilise actuellement pour l’immigration, cités ci-dessus. Si vous êtes en faveur du pouvoir de l’État de restreindre la libre circulation des individus en raison de tous les problèmes liés à une population plus grande, pourquoi rester silencieux sur des restrictions à la reproduction ? Pourquoi ceux qui s’inquiètent que plus de population mène à plus de crime, plus de transferts sociaux, moins de travail, et ainsi de suite, pourquoi se concentrent-ils sur les nouveaux immigrants en oubliant les nouveau-nés ? Les défenseurs des restrictions sur l’immigration devraient être horrifiés par le régime français qui, à l’inverse, tend à favoriser les naissances.

Pourquoi ne pas interdire aux bénéficiaires nets de transferts sociaux d’avoir des enfants ? Pourquoi ne pas stériliser les criminels violents ? Pourquoi ne pas imposer un quota sur le nombre de travailleurs peu qualifiés autorisés à se reproduire, car sinon il y a le risque que l’économie ne soit pas capable de créer des emplois suffisamment rapidement ?

Je peux déjà entendre les anti-immigrations dire que cette analogie ne tient pas car en matière d’immigration il s’agit de personnes qui viennent de cultures différentes de la nôtre. Ce que sous-entend cette objection, c’est que l’État a un rôle légitime dans la gestion des cultures de la société. Si l’État doit s’efforcer de maintenir un ensemble culturel cohérent, ne devrait-il pas intervenir pour s’assurer que l’équilibre des cultures reste le même ? Ne devrait-il pas restreindre les naissances de citoyens d’une certaine région ou d’une certaine communauté ethnique de sorte à éviter que le taux de natalité ne sorte pas de ce que l’État juge raisonnable ?

Évidemment, l’analogie de Bryan Caplan n’est pas parfaite et il y a toutes sortes d’autres arguments pour les restrictions sur l’immigration, y compris des arguments utilitaristes. Cette analogie ne peut en elle-même suffire pour un plaidoyer en faveur de frontières ouvertes. Mais comme le précise Scott Sumner, cette analogie doit au moins faire douter quant à la sagesse des arguments classiques qui justifient les restrictions sur l’immigration.

« Bryan ne m’a pas convaincu que nous devons aller vers 100% de frontières ouvertes. Mais il m’a convaincu que mes objections à ses arguments ne sont pas aussi fiables que je l’avais supposé. Mes réserves quant aux frontières ouvertes sont en réalité assez similaires aux réserves que les gens dans une société eugénique auraient face à une proposition de politique de naissances libres.

Le fait que des arguments superficiellement similaires contre des restrictions sur les naissances auraient été rejetés d’emblée par une culture eugénique devrait, au minimum, nous pousser à faire un peu d’introspection.

Soyons réalistes, la plupart des gens s’opposent à des frontières ouvertes au niveau de leurs tripes, et ensuite ils cherchent des raisons logiques pour appuyer la position qui s’était déjà formée dans leur cerveau reptilien. »


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