Petite théorie électromagnétique des prochaines présidentielles

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Comment le comportement des aimants peut nous instruire sur les prochaines présidentielles

Par Nicolas Nilsen

Les aimants, comme chacun sait, ont deux “pôles” — qui s’attirent ou se repoussent. Les pôles de nom contraire (nord/sud) s’attirent alors que les pôles de même nom (SS ou NN) se repoussent mutuellement. Je ne lis évidemment pas dans le marc de café politique — je ne suis qu’une modeste grenouille dans son bocal — mais j’ai comme l’impression que “l’électromagnétisme” des aimants peut nous instruire à l’approche des prochaines présidentielles…

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  • Prenez la nouvelle troïka de l’UMP : en essayant de mettre en avant son pôle “centriste” pour s’attirer les électeurs du Modem et de l’UDI, elle va repousser encore davantage vers les extrêmes la base militante sarkoziste qui s’est radicalisée et s’éloigne résolument vers une droite décomplexée et plus dure (disons tendance “Buisson” mais sous un autre nom)…
  • Pareil pour la Gauche de Gouvernement : en essayant de mettre en avant son pôle réformiste tendance Hollande-social-démocrate pour tenter de séduire et attirer les électeurs du centre gauche et de la droite molle — elle va repousser encore davantage vers les extrêmes les Verts, les socialistes tendance rouge et les Frontistes bruns de Mélanchon… C’est évidemment plus subtil que cela mais l’essentiel est de comprendre l’électromagnétisme électoral qui est à l’œuvre.

Des “forces de répulsion” gravement sous-estimées

Tout le monde comprend l’influence des forces “d’attraction-répulsion” des aimants. Mais ce qu’on a trop tendance à sous-estimer, c’est qu’il y a des moments dans la vie politique — et on y est — où la désespérance des citoyens et la désillusion des électeurs font que les forces de “répulsion” peuvent devenir plus puissantes que les forces “d’attraction” qui restent désespérément faibles. Et c’est là qu’on risque d’avoir des surprises désagréables.

  • Regardez à Droite et observez la répulsion qu’elle suscite depuis des mois : elle barbotte et se complait dans le sordide : l’affaire Bettencourt, puis l’affaire des écoutes de Sarkozy, puis l’affaire Copé, puis l’affaire Bygmalion, puis l’affaire Guéant, puis l’affaire du prêt caché consenti par le groupe parlementaire UMP… etc. Les affaires sont si généralisées que ce n’est pas le FN — mais de l’intérieur même du parti — qu’ils parlent de l’urgence de “nettoyer les écuries d’Augias”. Diable ! Bon, j’abrège car vous avez compris la puissance des forces de répulsion qui sont à l’œuvre.
  • Regardez à Gauche : on observe la même répulsion. Elle barbotte dans les mêmes affaires : l’affaire DSK, l’affaire Cahuzac, l’affaire Guérini, l’affaire Aquilino Morelle, l’affaire Faouzi Lamdaoui… (là aussi je vous la fais courte…)

Des forces de répulsion puissantes et suicidaires

Le plus dévastateur est qu’il n’y a évidemment pas que les “affaires” ou les “casseroles” qui alimentent le “tous pourris”. Il y a d’abord l’épuisement de partis et de politiciens professionnels incapables de se renouveler et de s’arracher à leurs privilèges pour provoquer un sursaut “d’attractivité”. Il y a aussi l’indigence de leurs programmes et le jeu de massacre des prétendants qui veulent tous être calife à la place du calife… Il y a enfin une accumulation d’erreurs économiques qui ont évidemment sur l’opinion des effets dévastateurs … Mélangez le tout, faites l’addition et vous obtenez un cocktail molotof électoral explosif : des forces d’attraction anéanties et des forces de répulsion puissantes et ravageuses. Et qui s’amplifient — chaque prétendant balançant tous les jours une nouvelle boule puante contre son collègue. Je ne vous dis pas le merveilleux fumet qui — grâce à la bienveillance du Canard et de Médiapart — se propage sous le nez des électeurs abasourdis par tant de bêtise suicidaire …

Entre “pas vraiment attractif” et “plutôt répulsif”, vous votez pour qui ?

Le FN assiste évidemment en spectateur enchanté à tous ces règlements de compte sanglants au sein de ce qu’il appelle “l’UMPS”. UMPS qui ne semble d’ailleurs pas trop s’en faire tant elle est persuadée que si elle est effectivement un peu répulsive, le diabolique FN n’est lui pas “attractif” du tout et que donc l’électeur — même désabusé et déçu — ne votera jamais pour Marine Le Pen au deuxième tour. Mais si le FN a un programme économique digne du Pétainisme des années 40 ou du parti communiste des années 1970, il est porté par l’air du temps d’un “patriotisme économique” qui séduit ceux que la crise frappe le plus ; Il prospère aussi sur la défense d’une “identité nationale” de plus en plus bousculée par l’immigration et la présence accrue de l’Islam dans l’actualité. Il profite surtout des ravages causés par la force de répulsion de ses adversaires déclarés.

En politique — surtout en période de crise économique —être une force “d’attractivité” n’est même plus indispensable pour gagner. Il suffit que vos adversaires soient des forces de répulsion puissantes et vous pouvez emporter le scrutin. Les deux pôles politiques ont beau être opposés sur l’échiquier électoral, ils vont s’attirer électromagnétiquement dans les urnes de la même manière que les deux pôles opposés d’un aimant s’attirent. Pensez aux ouvriers qui abandonnent le Front de Gauche pour devenir des électeurs du Front National. Et c’est là que les gens risquent d’avoir des surprises.

Le “plus jamais ça” de 2002

21avril2002Les jeunes l’ont oublié aujourd’hui, mais on a déjà connu un tel cataclysme politique lors de l’élection présidentielle de 2002 où Jean-Marie Le Pen — en raison d’un éparpillement des voix mais surtout d’une faible mobilisation des électeurs de gauche — était arrivé au deuxième tour contre Jacques Chirac. Il avait réussi l’impensable : battre Jospin dont la faible “attractivité” de l’aimant fut fatale.

Rendez-vous compte : Jospin avait été éliminé dès le premier tour ! C’était la première fois qu’un candidat d’extrême droite passait le premier tour d’une élection présidentielle. Et Jean-Marie Le Pen n’avait pas, à l’époque, la popularité dont sa fille dispose actuellement. Aujourd’hui — au lieu de regarder tout ça avec désinvolture — la classe politique ferait mieux de réfléchir à l’électromagnétisme des aimants et de se faire du souci. Sinon elle arrivera totalement carbonisée au scrutin de 2017.

Une classe politique arrivant totalement carbonisée en 2014 ?

En 2002, toute la classe politique — la main sur le coeur et les larmes dans les yeux — avait pourtant juré “plus jamais ça” et promis que le message d’alerte avait été compris et que ça ne se reproduirait plus jamais. Eh bien voilà, nous y sommes à nouveau. À qui la faute ? À “l’attractivité” de l’aimant-FN ? Ou bien à la force de répulsion des autres partis et de toute la classe politique et notamment de la Droite qui se discrédite tous les jours un peu plus, jusqu’à provoquer dégoût et répulsion comme l’a bien montré ici h16.

Hollande sous-estime la déflagration qu’il est en train d’organiser

En 2002, le Pen était présent au deuxième tour. Faisons attention à ce qu’en 2017 ce ne soit pas pire encore. Le problème est que toute la statégie de Hollande est de faire monter le FN car il pense qu’en face de Marine le Pen, il sera réélu plus aisément. Il sous-estime gravement les forces de l’électromagnétisme électoral et la théorie des aimants.

Attention à la force de répulsion et au risque de déflagration politique. La stratégie de gribouille de Hollande pourrait bien faire passer Marine Le Pen en 2017… Peut-être pas par adhésion massive du corps électoral, mais tout simplement par défection. Parce que les forces de répulsion des autres partis auront été tellement fortes qu’elles auront provoqué — comme en 2002 avec Jospin — un éparpillement des voix, une démobilisation des électeurs et surtout un effondrement des faibles “forces d’attractivité”. Saupoudrez avec un peu de crise économique et ajoutez quelques “affaires” supplémentaires achevant d’écœurer les électeurs et elle pourrait passer, un peu à la manière dont Hollande est passé : par défaut. Il n’était pas particulièrement “attractif”, mais DSK avait fait défaut et Sarkozy agaçait tellement qu’il était devenu, pour beaucoup, une force de répulsion… Le jour du scrutin, Hollande est passé devant la caméra comme par inadvertance et pof, c’est lui qui a été élu.

Espérons que d’ici 2014 de nouvelles et puissantes forces “d’attraction” – libérales de préférence – se seront manifestées (avec — dans un premier temps car le libéralisme sera long à être comprendris dans ce pays — des gens comme @DenisPayre et @Nous_Citoyens…). Le temps presse pour les activer. Sinon gare aux mauvaises surprises et à la déflagration qui sera provoquée par les vieilles forces de “répulsion”…

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