Vers la liberté, 3/5 : « Société volontaire, le contrat social dénoncé »

Si le contrat social n’est pas signé, quels peuvent être les fondements d’une société libre ?

Lien vers la partie 1 et la partie 2.

L’État n’a aucune légitimité intrinsèque. Ce n’est pas parce qu’un individu ou groupe se déclare État et affirme qu’il est seul souverain légitime qu’il le devient ; le pouvoir est pouvoir parce qu’il est capable de se maintenir.

Que le pouvoir soit divin ou populaire, il a besoin d’asseoir sa légitimité sur le consentement du peuple. Mais qu’advient-il si une partie du peuple (par exemple un individu) refuse de reconnaître la légitimité du pouvoir ? Si le gouvernement n’est pas un groupe de dirigeants doté de certaines prérogatives, mais un groupe d’individus se comportant de manière gouvernementale et auquel d’autres individus obéissent ? Si les lois auxquelles on ne consent pas ne s’appliquent pas à nous ?

En dernier recours, le socle du pouvoir est en France le contrat social. Mais un contrat qu’on ne signe pas, qu’on n’approuve pas de son plein gré n’a aucune valeur ; que serait une société sans « contrat social » ?

Le contrat social est en réalité la justification de la coercition. Pour une société harmonieuse, moins dangereuse et violente que l’état de nature, il devient légitime, par le contrat social, d’exiger le paiement de l’impôt et la renonciation à l’usage de la force au profit d’un monopole de la force : l’État. Puisqu’il a le monopole de la force, on lui confie aussi d’autres missions, qui n’ont de limites que l’imagination des dirigeants de l’État ; on lui attribue aussi certains privilèges et prérogatives. En l’absence de contrat social, tout ceci disparaît, car tout ceci était permis par la coercition.

Il demeure donc les droits inaliénables de l’individu, qui sont indissociables de sa nature humaine (le droit naturel : libertés fondamentales, sûreté, propriété privée), ainsi que les interactions et échanges librement consentis. En substance, la coercition ayant disparu, la société n’est plus fondée que sur des interactions et échanges volontaires.

Cette société volontaire est débarrassée d’un monopole illégitime de la violence  puisque légitimé par un contrat jamais accepté. Les États s’ingèrent dans la vie des citoyens, de la naissance au cercueil, créant des pièces d’identité qu’il est seul à délivrer, des règles, des lois, des impôts, pour mieux masquer la fragilité de leur socle réel. Le pouvoir se rend indispensable pour éviter d’apparaître dans toute son illégitimité.

La société volontaire n’est pas sans règles. Le droit naturel et les « contrats » (quelle que soit leur forme) entre individus forment des règles. Elle n’est pas non plus sans contrainte ; la vie humaine requiert de produire les moyens de sa subsistance (ne serait-ce qu’en les ramassant ou les cueillant) ou les obtenir d’autrui. En l’absence de coercition, et le vol étant illégal, chacun doit travailler ou obtenir des autres sa subsistance, mais ne peut le faire que s’ils y consentent.

Mais les seules règles et contraintes sont celles que notre nature nous impose ou auxquelles nous consentons ; la société libre rend chaque citoyen souverain sur lui-même, libre et responsable de ses actes. La force avec laquelle vit l’idée d’une société libre en dit long sur la soif de pouvoir des souverains en herbe et vizirs des bacs à sable qui la dénoncent. Comment pourraient-ils avoir la même influence, le même pouvoir et les mêmes privilèges s’ils doivent préalablement obtenir le consentement de ceux qu’ils dirigent ?

Nous ne vivons malheureusement pas dans une société libre. Quel est le chemin vers la liberté ?