Philippe Herlin : « pourquoi je suis candidat à la tête de l’UMP »

Philippe Herlin (Crédits : Philippe Herlin, tous droits réservés)

En exclusivité, le programme détaillé de Philippe Herlin, candidat à la direction de l’UMP

Philippe Herlin est chercheur en finance, écrivain et entrepreneur. Il est notamment l’auteur de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires (2013) et de Repenser l’économie  (2012). Il anime le blog www.philippeherlin.fr. Se revendiquant libéral-conservateur, il se présente aujourd’hui à la candidature pour la direction de l’UMP. Il livre en exclusivité à Contrepoints le détail de son programme.

JMH_1582Entretien mené par PLG, pour Contrepoints

Philippe Herlin, vous êtes candidat à la présidence de l’UMP, quand avez-vous annoncé cette candidature pour la première fois ?

Ma déclaration officielle s’est faite lundi 2 juin, sous la forme d’un courrier aux parlementaires de l’UMP, ce qui s’explique par le mode de scrutin, qui a changé depuis 2012. Auparavant, pour être candidat il fallait recueillir 8 000 parrainages, ce qui demandait d’avoir des relais très importants au sein de l’appareil. Seul Jean-François Copé et François Fillon ont réussi à les obtenir, et on connaît la suite. Depuis le congrès de 2012, les conditions ont changé : dorénavant, il faut être parrainé par 1 % des militants et 5 % des parlementaires de l’UMP, soit une vingtaine de députés, sénateurs ou députés européens.

Quelle est votre stratégie pour pouvoir obtenir ces parrainages ?

Au départ, le congrès de l’UMP devait se tenir en novembre 2015. L’idée était de faire signer des promesses de parrainage auprès des militants via Internet et des rencontres en direct. Je comptais à partir de septembre prendre contact avec les organisations départementales. Cela aurait permis de récupérer des parrainages, pour ensuite aller voir les parlementaires. Avec l’affaire Bygmalion, le congrès a été avancé à octobre 2014, rendant impossible cette démarche. J’ai donc décidé de contacter directement les parlementaires.

Quels sont les premiers retours ?

Si ma candidature est encore trop récente pour que les parlementaires m’aient répondu, je note que Le Figaro a repris l’information, et qu’elle a été beaucoup commentée et de manière générale très positivement. Ceci montre qu’il y a une réelle attente de changement de la part des militants et sympathisants. C’est une force sur laquelle je compte bien m’appuyer pour faire valoir le bien-fondé de ma candidature.

 

Un accord n’est possible avec le FN qu’au niveau local

 

Votre positionnement se veut libéral-conservateur. Que pensez-vous du positionnement des principaux dirigeants de l’UMP vis-à-vis de ses idées ?

Ce que je remarque, c’est qu’il y a une complète déconnexion entre les idées défendues par les principaux chefs de l’UMP et les attentes de leurs militants et de l’électorat de droite. Par exemple, Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin etc. veulent un rapprochement avec le centre, c’est une voie sans issue.

Justement, vous avez par le passé appartenu au Front National. Quand on connaît le positionnement économiquement très socialiste de ce parti, on a du mal à comprendre votre participation passée…

Soyons clairs, j’ai toujours été libéral-conservateur. Le positionnement conservateur du Front National n’a jamais varié. Concernant les questions économiques, jusqu’en  2007, son programme était tel que certains libéraux comme Claude Reichman l’ont soutenu. Le mouvement a ensuite progressivement opéré un virage étatiste que je déplore, et je l’ai quitté à ce moment, en 2008 précisément.

Vous expliquez que vous êtes favorable à des accords locaux avec le Front National mais défavorable à un accord national, n’est-ce pas contradictoire ?

Pas du tout, un accord national n’est pas envisageable compte tenu de son programme économique. Mais cette question ne se pose pas à l’échelon local où les thèmes du FN et de l’UMP sont très proches (baisse des impôts locaux, arrêt des subventions aux associations communautaristes, renforcement de la sécurité). Je défends la bonne entente à droite, pour battre la gauche, et pour arrêter la fracture de l’électorat de droite entre l’UMP et le FN.

Mon objectif est de réduire la dépense publique à 35% du PIB

Vous prônez le libéralisme économique. Le terme est parfois galvaudé par ceux qui l’utilisent. Comment le définissez-vous ?

C’est une question qui mériterait un long développement. Pour faire simple, je défends un repositionnement de l’État sur ses missions purement régaliennes : justice, police, armée. En revanche, je prône un État fort dans ces domaines. La dispersion de ses moyens, en voulant s’insinuer dans tous les domaines de la vie quotidienne, a conduit à son affaiblissement. Selon moi l’État doit reprendre toute sa place sur la scène internationale via une armée forte, et sur le terrain national en redonnant à la police et la justice les moyens d’agir. Pour le reste, laissons faire les forces du marché, qui seront toujours plus efficaces.

Vous préconisez de réduire progressivement la part de la dépense publique, comment vous y prendriez-vous concrètement ?

Mon objectif principal est de redonner des marges de manœuvre aux entreprises et aux personnes en leur redonnant le pouvoir de décider elles-mêmes la manière dont elles doivent dépenser l’argent qu’elles gagnent. À l’heure actuelle, la dépense publique représente 57 % du PIB, et les prélèvements obligatoires environ 47 %. L’écart entre les deux correspond aux déficits, ainsi qu’à certaines recettes dites non fiscales. En premier lieu mon objectif est de rééquilibrer dépense publique et prélèvements obligatoires, en pratiquant un rééquilibrage par le bas. Ceci fait, je préconise de continuer la diminution jusqu’à environ 35 % du PIB, soit un peu en dessous de l’Allemagne, ce qui était le chiffre à l’époque de Georges Pompidou !

Quelles dépenses vous paraissent superflues ?

Il ne faut pas avoir une vision uniquement comptable et diminuer petit à petit les dépenses sans rien changer par ailleurs, il faut dans le même temps donner plus de liberté et d’opportunités aux gens. Pour vous faire comprendre ma démarche, je vais prendre l’exemple du logement. Les dépenses publiques concernant le logement se montent à environ 44 milliards d’euros par an, je propose de les ramener à zéro ou presque. Il faut arrêter les programmes de « rénovation urbaine » type ANRU, les aides diverses, la loi SRU obligeant les communes à construire 25% de logement sociaux, etc. Dans le même temps il faut nettement assouplir et simplifier le droit foncier pour que les propriétaires puissent construire, il faut vendre progressivement le parc HLM, et il faut renforcer les droits des propriétaires face aux locataires mauvais payeurs (on estime qu’il existe un million de logements vides, du fait qu’il est quasiment impossible d’expulser les mauvais payeurs). Actuellement le logement social est environ 30% moins cher que le secteur privé, mais avec cette politique, il y aurait un afflux de nouvelles offres (constructions, HLM vendues, logements vides remis en location) qui ferait facilement baisser les prix… de 30%. Cette fois ce serait moins cher pour tout le monde et pas seulement pour ceux qui peuvent bénéficier de logements sociaux ! Et à côté je considère que l’État doit garder un peu de logement social pour éviter que des personnes sans ressources puissent se retrouver à la rue, mais elles seraient aidées, devraient suivre une formation, rechercher un emploi, etc.

Votre logique s’étend-elle aux subventions aux entreprises ?

Absolument. Là encore, l’objectif est de supprimer la totalité des subventions aux entreprises et à l’emploi, qui représentent environ 83 milliards deuros par an. Avec le logement on est déjà à 130 milliards d’économie… Par ailleurs je suis bien sûr favorable au salaire complet, pour que chacun soit parfaitement informé, parce qu’il ne peut y avoir de réformes si toutes les cartes ne sont pas mises sur la table.

Je prône ce que j’appelle la « double peine étendue ».

Quant à l’Europe, êtes-vous plus proche de la positon du FN qui consiste à sortir de l’Euro, ou de l’UMP qui souhaite à tout prix le conserver ?

Les deux à la fois ! Je m’explique. L’euro est une monnaie politique, mal fichue, qui repose sur des fondamentaux fragiles. Certains pays n’auraient jamais dû y entrer, comme la Grèce. Pour ce pays, l’euro a non seulement fragilisé une économie déjà malade, mais rend également plus complexe son rétablissement. Je préconise la réintroduction de la drachme (les salaires et les prestations sociales seraient versées en drachmes), mais l’euro pourrait continuer de circuler, et les gens décider de garder leur épargne en euros ou en drachmes. L’euro deviendrait monnaie commune plutôt que monnaie unique.

S’agissant de la France, il ne faut pas s’y tromper : non, l’euro n’est pas responsable de notre faiblesse. Notre recul tient avant toute chose à des causes purement internes, de compétitivité, de poids des dépenses publiques, et c’est d’abord là-dessus qu’il faut agir. Croire qu’en sortant de l’euro tout va aller mieux constitue un mirage.

Quelle est votre position sur l’éducation ?

Je défends le chèque-éducation, le « mammouth » est définitivement irréformable, il faut instituer la concurrence entre les établissements, l’État gardant le contrôle des programmes, dans lesquels il remettra à l’honneur les savoirs fondamentaux.

Venons-en thème de la sécurité. Faites-vous, comme le Front National, un lien entre immigration et insécurité ?

Oui, mais il ne faut pas se méprendre. Si, hypothèse d’école, il y avait zéro immigré en France, nous connaîtrions exactement les mêmes problèmes qu’aujourd’hui : insécurité, déficit et dette, chômage, baisse du niveau scolaire, etc. Ces problèmes viennent de notre histoire collective : esprit soixantehuitard, infiltration gauchiste dans la magistrature, abandon des méthodes traditionnelles d’enseignement, etc. et les immigrés n’y sont pour rien ! Bien sûr il y aurait moins d’insécurité s’il y avait moins d’immigration, mais croire que l’on va régler ce problème en stoppant l’immigration est un mirage. Je refuse toute politique de bouc émissaire, il faut d’abord se remettre en question.

Quelles mesures fortes souhaiteriez-vous voir appliquer dans ce domaine ?

Je prône ce que j’appelle la « double peine étendue ». Il s’agit de remettre en place la double peine qu’avait supprimé Nicolas Sarkozy, qui consiste à expulser un étranger du territoire une fois qu’il a purgé sa peine. Mais je veux étendre ce mécanisme aux binationaux. Je considère qu’un binational qui a commis un crime grave ou est multirécidiviste doit être déchu de la nationalité française et expulsé. Ça va faire un grand coup de balai.

S’agissant des questions  sociétales, vous revendiquez un positionnement très conservateur. Vous considérez qu’il faut par exemple supprimer le mariage pour tous…

Absolument. Je ferai une comparaison, de même que la loi sur les 35 heures détruit la notion même de travail, le « mariage pour tous » détruit la notion de mariage et de famille. La motivation fondamentale de la gauche ce n’est pas l’égalité, c’est le nihilisme.

Pourquoi ne pas plutôt proposer un référendum, comme demandaient les opposants au mariage pour tous ?

Votre question me permet d’introduire une idée que je défends fortement : le référendum d’initiative populaire. Comme en Suisse ou dans certains États des États-Unis, je suis favorable à ce que l’on introduise une disposition qui rende obligatoire la mise en place d’un référendum si une question est portée par, mettons, 500.000 à 1 million de personnes. Mais le « mariage pour tous » serait remis en cause par la loi, et après si ses défenseurs veulent faire un référendum d’initiative populaire pour le rétablir, bon courage à eux !

Entretien mené par PLG