Vers la liberté, 1/5 : « L’intermédiation du pouvoir »

liberté

Le pouvoir repose historiquement sur des intermédiaires de plus en plus nombreux.

L’évolution des sociétés humaines revêt de multiples facettes. On peut s’intéresser, par exemple, à l’invention des libertés, et se demander si les libertés ont été d’abord confisquées avant d’être reconquises. Se demander, donc, si le pouvoir a un jour été inventé, ou s’il n’est que le reliquat d’une hiérarchie grégaire.

Car l’opposé de la liberté, c’est le pouvoir. Le pouvoir désigne l’appropriation des droits d’un individu par autrui ; le pouvoir que détient un individu sur un autre est l’ensemble des actions de cet autre que l’individu peut lui refuser d’entreprendre ou sur lesquelles il peut imposer des conditions.

On peut logiquement étudier l’histoire de la liberté en négatif, en s’intéressant à l’histoire du pouvoir. On remarquera alors que le pouvoir fait intervenir de plus en plus d’intermédiaires pour rendre la servitude plus volontaire en apparence.

Les esclaves d’Égypte et d’ailleurs étaient dirigés à la contrainte du fouet. L’usage direct de la force physique est contraignant, car il requiert des ressources importantes et ne peut avoir d’efficacité que pour les travaux physiques, peu rentables. Un percepteur passait régulièrement, ou irrégulièrement 1 accompagné de soldats pour collecter l’impôt.

Aujourd’hui, on envoie bien gentiment une déclaration d’impôts à l’État pour qu’il exige de nous la somme appropriée, notre juste contribution à l’effort national du moment. Personne ne nous presse à coups de fouet pour aller au travail et apporter ainsi une contribution plus importante à l’État.

Mais en cas d’écart, la police veille. Sur votre sécurité certes, mais aussi sur votre obéissance. On peut ne pas payer l’impôt ; on ne sera ni battu ni tué sur place, et à moins de faire soi-même usage de la violence, les huissiers se contenteront de se saisir des biens. Grand prince, l’État laisse une table, une chaise, une lampe et un couchage aux mauvais payeurs.

L’intermédiaire policier est efficace, car il assure également la sécurité. Le policier n’est pas en soi un ennemi à la solde du prince, il est un serviteur de l’État ; ce ne sont pas les élus dont on réprouve le comportement ou les décisions que l’on trouve en face de soi lors de manifestations. Le policier n’y est d’ailleurs souvent pour rien.

Mais un État se contentant de faire appliquer ses décisions par le bon vouloir des citoyens et la police quand le citoyen traîne la patte serait assez peu différent des pharaons d’Égypte. Les États modernes ont donc besoin de faire changer les comportements par la norme.

La suite samedi prochain.

  1. L’incertitude fiscale était, hier comme aujourd’hui, une conséquence directe de l’appétit des princes. L’accroissement de la fréquence de collecte n’existe plus, mais l’accroissement des assiettes et des taux demeure.