Le coût de la Sécurité Sociale est-il incompressible ?

Le pouvoir ne parvient pas à maitriser le déficit de la sécu. La politique de Mme Touraine est-elle un fiasco ?

Par Thibault Doidy de Kerguelen

MEDECIN.2colquadriLe quotidien La Tribune titrait hier matin :  « Le déficit de la sécurité sociale diminuera moins que prévu en 2014″. Quel joli titre, n’est-ce pas, tout empreint de cette novlangue que continuent d’utiliser nos élites politiques et journalistiques sans se rendre compte qu’elle les coupe chaque jour un petit peu plus du monde réel et des citoyens. En français, langue encore officielle de notre beau pays, « le déficit diminuera moins que prévu » veut dire « le coût de la sécurité sociale augmentera encore cette année ».

Mesures après mesures, le déficit augmente

Ainsi, malgré l’augmentation constante des cotisations qui met en péril notre économie et génère des millions de chômeurs, malgré l’augmentation, tant des taux que des périmètres d’application des CSG et CRDS, malgré la diminution des prestations prises en charge, malgré l’obligation des génériques, malgré l’obligation du « parcours de soins », malgré le flicage des professionnels de santé, malgré les « plans d’économies » dans les hôpitaux, malgré les circulaires interdisant la prise en charge de certaines pathologies au-delà de 80 ans, malgré la mise à disposition à des cheiks arabes d’étages entiers d’hôpitaux publics, malgré la mise à l’index des opticiens, malgré les atteintes à la libre entreprise commises à l’encontre des complémentaires, le déficit de la sécurité sociale continue de s’accroître.

Il faut la vérité des comptes

Quand donc l’État, conformément à ses annonces « d’open-data », nous présentera-t-il des comptes détaillés du coût de la santé en France ? J’aimerais savoir, par exemple, quelles sommes sont prélevées sur les cotisations pour le fonctionnement de l’URSSAF. J’aimerais savoir, par exemple, combien coûte le fonctionnement administratif de la sécurité sociale, ventilé entre « gestion des prestations » et « autres activités ». J’aimerais savoir combien coûte la « gestion paritaire » de la sécurité sociale. J’aimerais savoir combien coûtent les campagnes de communication de la sécurité sociale. J’aimerais savoir combien ont coûté les remboursements de prestations stricto sensu.

Toutes ces informations, sur les dix dernières années, par exemple, permettraient de faire le ratio prestations/coût et de voir l’évolution de ces différents postes. Dès lors, apparaîtrait le plus naturellement du monde sur quels postes il y a lieu de travailler pour réduire le déficit de la sécurité sociale. Les dernières évaluations (en décortiquant les budgets et en faisant des croisements d’informations) m’avaient amené à estimer que les prestations et leur gestion directe représentaient moins de la moitié du coût global de fonctionnement.

Recentrer la sécu sur son rôle premier

La sécu a pour objet de mutualiser le risque santé de chaque citoyen français sur l’ensemble de la population afin de garantir un accès généralisé aux soins.

Dès lors, son rôle n’est pas de fliquer les professionnels de santé et de s’immiscer dans leur activité. Combien coûte la gestion des professionnels de santé ? Combien coûtent leur surveillance, les contrôles, les interdictions, les réglementations ? Est-ce du ressort de la sécu de donner des subventions aux professionnels de santé pour qu’ils s’installent à tel ou tel endroit ? Cette politique totalitaire n’a pour l’instant comme effet visible que la baisse de la qualité des soins (nombre de MG ne prescrivent plus un certain nombre d’examens de peur d’être pénalisés ou de devoir perdre du temps à répondre à une enquête de fonctionnaire parce que la proportion de ce type d’examen dépasse dans son cabinet la moyenne nationale… Nombre de professionnels de santé refusent des patients âgés parce que la sécu leur impose des quotas au-delà desquels ils doivent rendre des comptes pour justifier du dépassement de ce quota – et le découragement des jeunes médecins français (9% des diplômés choisissent maintenant le médecine libérale) entraîne une pénurie que la sécu tente de contrer par l’importation massive de médecins étrangers, plus dociles aux contraintes administratives, mais dont la maîtrise, souvent approximative, du français est souvent source d’incompréhensions.

Le rôle de la sécu est-il de mener des campagnes d’information ? Il y a confusion des genres. Nous avons en France pléthore d’institutions de santé qui, pour beaucoup, émargent déjà au budget de la sécu, et qui n’ont aucune efficacité réelle. On pourrait, pour un certain nombre d’entre elles imaginer aisément de les supprimer et pour d’autres leur confier la communication, soit sous la responsabilité du ministère, soit sous la responsabilité des régions. De plus, il apparaît que les campagnes de communication menées par les associations et fondations sont plus efficaces que les campagnes menées par la sécu. Les instances sus évoquées ne devraient-elles pas avoir un rôle de coordination de ces actions, déchargeant ainsi la sécu du coût des campagnes ?

Quelle est l’efficacité réelle de la « gestion paritaire » ? À part permettre à un certain nombre de syndicalistes (tant patronaux que salariés) de pantoufler en touchant de confortables indemnités et avantages de toutes sortes, donc de générer des coûts à tous les échelons (local, départemental, régional et national), cette organisation, qui partait à l’origine d’un bon sentiment mais que les organisations ont complètement pervertie, ne sert rigoureusement à rien.

De telles mesures auraient pour effet de « dégraisser le mammouth » sécurité sociale. Donc d’en diminuer le coût de fonctionnement, donc d’en diminuer le déficit et cela sans toucher aux prestations.

Réévaluer la pertinence de certaines prestations

Après, seulement après, un certain nombre de prestations seraient à réévaluer. En voici quelques exemples (ce n’est pas exhaustif et ces exemples n’ont pour but que d’illustrer le raisonnement qui doit prévaloir à la réévaluation des prestations). Est-il du rôle de l’État français de prendre en charge le coût de la santé de tous les étrangers se présentant sur le territoire, même en situation irrégulière ? Est-il du rôle de l’État de prendre en charge le coût de 220.000 avortements par an alors que cet acte n’est pas du domaine de la santé et résulte d’un choix personnel (exactement comme actuellement la sécu ne prend pas en charge la chirurgie esthétique, sauf dans des cas qui relèvent justement de la santé) ?

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de refus de soins, mais de dire que des domaines aujourd’hui pris en charge par la solidarité nationale ne relèvent pas de cette solidarité nationale. Dès lors, leur coût doit être pris en charge par d’autres instances. Assurances privées pour ceux qui peuvent en souscrire ou associations pour ceux qui sont contraints à faire appel à la charité. L’État, d’autant plus lorsqu’il est contraint de réduire son coût de fonctionnement, n’a pas vocation à gérer la charité.

La faillite du pouvoir politique

Dans ce domaine comme dans tous ceux qu’il touche, le pouvoir politique, en particulier socialiste car c’est lui qui tient aujourd’hui la quasi totalité des instances de décision de l’État, est en complète faillite car il refuse de revenir aux fondamentaux de la démocratie. Retraites : faillite. Logement : faillite. Éducation Nationale : faillite. Économie : faillite. Santé : faillite. Dans tous ces domaines, l’État croit résoudre les problèmes par encore plus de réglementations, encore plus de fonctionnaires, encore plus de restriction de libertés. Il croit pouvoir soigner le mal par le mal, malheureusement il n’y va pas à dose homéopathique.


Sur le web.