La destruction des BTS

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Le contingentement des élèves à l’entrée des BTS a produit ce qui était tout à fait prévisible, c’est-à-dire la destruction de ces formations. Retour sur un échec annoncé et effectif.

Par Jean-Baptiste Noé.

étudiantsLes BTS sont censés être réservés aux bacheliers de bac professionnel et technologique. Mais depuis une dizaine d’années, de plus en plus de bacheliers de bac généraux, notamment des S, posaient un dossier de candidature dans ces filières et étaient admis. D’après L’Étudiant, 20% des bacheliers S optaient pour cette voie en 2013. Sauf qu’aux yeux de l’Éducation nationale il y avait un problème de concurrence. Les BTS préféraient recruter des bac S, dont le niveau est meilleur, plutôt que des bac pro, qui du coup se retrouvaient sur le carreau, alors même que ces formations étaient initialement conçues pour eux. La formation en BTS était souvent bonne, parfois excellente, et les étudiants en sortaient en décrochant des postes de bon niveau, avec des rémunérations au-dessus du smic.

Si j’emploie le passé, c’est que, vous l’aurez compris, les temps ont changé. Pour mettre un terme à la concurrence jugée déloyale des bac généraux à l’entrée des BTS, il a été décidé il y a deux ans de leur interdire ces formations dans les lycées publics. Les lycées privés peuvent encore, pour l’instant, recruter des bac généraux. Pour rendre la mesure effective, il a fallu revoir les programmes pour les mettre à la portée des élèves, c’est-à-dire rabaisser les exigences et le niveau. Des élèves de bac pro qui étaient moyens pouvaient espérer progresser en BTS, étant tirés par la tête de classe issue de bac S. Désormais ce n’est plus le cas. La formation a donc terriblement baissé, et les postes autrefois intéressants se ferment aux titulaires de ces formations. Le mensonge se met en place : on fait croire à des lycéens de bac pro et technologique qu’ils vont pouvoir faire un BTS et obtenir un poste de bon niveau, sans leur expliquer que l’on est en train de sabrer les exigences de leur formation. Ces jeunes suivent avec espérance cette voie, et se retrouvent deux ans plus tard dans une impasse. D’où leur rancœur, leur amertume et leur colère. Ils sont victimes du mensonge, et victimes aussi de leur illusion : si on leur disait la vérité sur la qualité de leur formation, l’accepteraient-il ?

On comprend les bons sentiments qui ont amené à prendre cette mesure : empêcher que la bonne monnaie chasse la mauvaise. En interdisant la bonne monnaie de rentrer dans les BTS on contribue à dévaluer encore plus la mauvaise. Les bac pro et technologique, qui étaient déjà perçus comme des voies de garage, vont l’être encore plus, et les employeurs vont se détourner de ces formations pour recruter ailleurs les salariés dont ils ont besoin.

Encore un bel exemple de l’échec du contingentement, de l’étatisme et du dirigisme scolaire.


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