Implosion de l’UMP : Quand le RPR renaît de ses cendres…

ump

D'ores et déjà, l'UMP n'existe plus. Les chiraquiens Juppé-Fillon-Raffarin vont reprendre la main. Un retour en arrière qui ne répondra en rien aux attentes réelles des Français.

Par T. Matique.

ump

Si Borloo rêvait d’une UDF du XXIe siècle avec l’UDI, les chiraquiens n’ont jamais renoncé à voir leurs ambitions triompher au sein de l’UMP.

Indépendamment de l’appréciation de chacun sur la personnalité des protagonistes, et dans le respect de la présomption d’innocence dont chaque citoyen doit bénéficier, l’affaire Bygmalion est pour le moins révélatrice des ambitions mal contenues dans les coulisses de l’UMP. Ainsi, au lendemain des élections européennes les crocs s’aiguisent et le tribunal médiatique et journalistique renoue avec sa propension à vouloir lobotomiser les esprits dans des surenchères de sous-entendus et d’interprétations. Le lundi, Debré, Lelouche, et Chartier sillonnent les plateaux de télévision pour faire la promotion de Fillon, avec l’aval de certains journalistes voulant encore faire des unes sur Copé et Sarkozy. Puis, Lavrilleux se sacrifie en direct alors qu’il n’était ni directeur de campagne puisqu’il s’agissait de Lambert, ni même trésorier en charge de la gestion et de la responsabilité des finances. Le mardi, ce sont NKM et Ciotti qui viennent épauler le triumvirat chiraquien de Juppé-Fillon-Raffarin, et l’ancien trésorier de l’UMP et proche de Fillon, Dord, se défausse de toute responsabilité. Il ne manque plus que le trésorier de campagne proche de Juppé, Briand, pour s’associer aux propos de Dord et tenter aussi de démontrer qu’un trésorier n’est pas au courant de certaines gestions financières. Dans cette course au pouvoir du RPR, la sentence est déjà prononcée avant même que les enquêteurs et la justice ne se soient prononcés : Copé et Sarkozy doivent être coupables pour leur laisser le champ libre. Ça tombe bien, les Français cherchent un bouc émissaire à tous leurs maux et ces deux-là sont des cibles de choix tant ils suscitent haine et passion.

Chacun peut à souhait juger et condamner, se substituer à la justice en affirmant ce qui n’est pas, en brisant des carrières et des réputations, mais est-ce que cela grandit ceux qui s’adonnent à ce genre de procès expéditif orchestré par quelques politiciens et quelques journalistes carriéristes ? Est-ce que cela va réconcilier le nombre grandissant d’abstentionnistes avec la politique ? L’avenir le dira. Pour l’heure, le FN se prend pour le premier parti de France avec près de 25% des voix sur les 19,5 millions exprimées, soit à peine 10% des électeurs inscrits, et tente d’immoler Sarkozy sous le feu de la tricherie en omettant d’évoquer les investigations en cours sur les rouages financiers du FN avec l’information judiciaire contre X qui aurait été ouverte pour « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux ». Pour l’instant, l’UDI semble s’organiser et nul doute qu’il saura apprécier la soudaine tentative de séduction des chiraquiens qui vont à présent tout mettre en œuvre pour éviter une énième candidature de Bayrou aux élections présidentielles en tentant de l’associer aux primaires de l’UMP. Borloo absent, les chiraquiens, et plus particulièrement les fillonnistes pensent pouvoir absorber l’UDI par quelques stratagèmes et par de faux compromis avec quelques carriéristes de l’UDI en brandissant le spectre du FN à défaut de savoir convaincre leurs électeurs.

Dans ce triste spectacle politique où tous les partis sans exception n’offrent aucune vision politique moderne et adaptée à la situation de la France, l’abstention est en passe de devenir la seule expression politique. Quelles que soient les appréciations personnelles de chacun envers Copé, pour renaître de ces cendres le RPR a dû éliminer ceux qui portent la voix du conservatisme et du « pain au chocolat », de même que par effet collatéral les représentants du courant porté par Peltier et Geoffroy, des eurosceptiques conservateurs tels que Guaino, et les soutiens de Sarkozy. Mais sans les conservateurs, les porteurs de la soi-disant « droitisation », et les soutiens de Sarkozy, comment le RPR pourrait-il rassembler la droite alors qu’il vient de la torpiller de l’intérieur pour asseoir son pouvoir ? En faisant de Juppé ou de Fillon un Hollande de droite à grand renfort de compromis, d’étatisme, de négociations entre amis, de mesurettes symboliques ? En minimisant les inquiétudes profondes de certains français avec des discours ? Peut-être pourront-ils créer un nouveau leurre en faisant un peu de Sarkozy, un peu de conservatisme, un peu de social, et au fond un peu de rien du tout avec les médias comme allié pour alimenter leur surenchère de people politique.

Avec autant d’abstention et autant de colère qu’aucun parti ne parvient à récupérer à son profit, quand le RPR renaît, c’est un boulevard, non pas pour le FN dont le programme, donc la gestion du pays, est purement socialiste avec le collectivisme de l’État des ressources du pays et une redistribution aux nationaux, mais pour un nouveau parti qui parviendrait à concilier le conservatisme et le libéralisme, à redéfinir le rôle de l’État, à faire de profondes réformes institutionnelles, territoriales et fiscales, à redonner la parole aux Français en réduisant de moitié le nombre d’élus et en instituant le référendum, tant national que local, à créer un nouveau modèle où les libertés individuelles pourraient enfin créer une dynamique jusqu’à présent régentée par l’État au nom d’un intérêt général conçu par et au profit des représentants politiques de parti, de tous les partis. Reste à savoir qui pourrait répondre aux préoccupations des Français sur l’immigration et la préservation de certaines de leurs valeurs tout en offrant des gages et des garanties de libéralisme ? À l’heure actuelle personne.

Mais, indépendamment des avis de chacun sur sa personne, et même si le personnage déplaît, le seul à faire trembler le RPR est somme toute Sarkozy dont le retour ne pourra se faire à présent que dans ce boulevard ouvert par les chiraquiens au travers d’un nouveau parti. L’UMP n’existe plus. Il aurait déjà ses soutiens qui constituent une grande majorité de militants de feu l’UMP, de ceux mis à l’ombre par les chiraquiens Juppé-Fillon-Raffarin et leurs soutiens, mais serait-il capable de sortir de l’étatisme et de suivre la voie du libéralisme dans un nouveau parti ? Improbable. Nul doute qu’il puisse répondre aux conservateurs et aux attentes de certains Français en matière d’immigration, ce que le RPR et l’UDI sont incapables de faire, mais pour le libéralisme banni par tous les partis, c’est loin d’être le cas. Sarkozy, un Thatcher moderne et à la française ? Une conjecture qui anéantirait les chiraquiens, adeptes du mi-figue mi-raisin, qui viderait le parti de bon nombre de militants et pourrait fédérer la droite et peut-être même certains libéraux. Une conjecture où il lui faudrait convaincre une majorité de Français et les libéraux ; un défi difficile à relever tant sa personne suscite encore le rejet pour certains et l’admiration pour d’autres. Un défi qu’il serait capable de se fixer mais peut-être pas de gagner. Une hypothèse qui placerait au centre, voire même au milieu de nulle part, l’UDF modernisée en UDI, l’UMP devenue RPR, et les sociaux démocrates, dans un face à face entre un parti de libéraux conservateurs et les socialistes d’une partie du PS et ceux du FN. Mais de toute évidence il s’agit d’un scénario qui raviverait des haines et des contentieux et dont la pensée en fait déjà bondir plus d’un.

Quelles que soient les suites données à cette affaire dont tout le mode parle mais dont seuls les enquêteurs et la justice ont les éléments, quand le RPR renaît de ses cendres, c’est le paysage politique qui s’éloigne encore plus des réalités, de la modernité. Pire, c’est un retour en arrière qui ne répond en rien aux attentes réelles et concrètes des Français. De l’étatisme de l’UDF rebaptisé UDI, et de l’UMP redevenue RPR, au socialisme du PS et du FN, la France n’en sort plus de l’immobilisme politique alors que les Français ont évolué dans leurs attentes et leurs connaissances du monde. Les discours et les procès d’intention ne font plus recettes. Ils ne font qu’alimenter l’abstention grandissante et amoindrir toute légitimité de représentativité politique. Les procès médiatiques peuvent s’enchaîner et les têtes peuvent tomber en direct, la seule vérité est celle de la vacuité des programmes politiques et la prépondérance des ambitions personnelles dans tous les partis existants.