Petit porteur : Au cœur d’une Assemblée Générale

Bilan financier, stratégie, rémunération du DG : quelle est la place du petit actionnaire face à ces questions lors d’une AG d’une entreprise du CAC 40. Témoignage.

Par Bénédicte Cart.

AG actionnaires

Toute jeune actionnaire d’une grande entreprise du CAC40, je reçois dans ma boite aux lettres une invitation pour assister à l’assemblée générale, se tenant à Paris. Jetant un coup d’œil rapide à mon agenda, j’étais disponible pour y assister, une première.

Prête pour des discours, ayant lu les documents joints au courrier concernant l’ordre du jour et pleins de bonnes intentions, je m’assois entre deux costumés/cravatés/i-phonés, légèrement mal à l’aise (la gente féminine étant peut représentée). J’observe la salle, elle est remplie d’hommes dont la moyenne d’âge dépasse, de beaucoup, le mien. Et la question fatidique fait irruption dans ma petite tête : mais qu’est ce que je fais là ?

La séance commence et je me sens à ma place à écouter une suite de chiffres, stratégies, réglementations, objectifs, esprit d’entreprise, risques… Ouf ! Entretemps, j’ai récupéré un rapport d’activité de l’année 2013 me permettant de suivre la présentation. Présentation du bilan financier de l’année par le directeur financier, discours du président du conseil d’administration nous affirmant vouloir continuer à travailler dans le respect des valeurs de l’entreprise, de resserrer l’activité sur les savoir-faire.

Je décide de leur faire confiance, de penser que leurs intentions sont bonnes et qu’ils vont effectivement se contenter de faire ce pour quoi l’entreprise est faite. Et le Directeur Général le réaffirme, rajoutant que compte tenu de la labilité sociétale et économique ajoutée à une réglementation de plus en plus étoffée, il n’est pas nécessaire de prendre de risque car la projection à moyen terme est difficile. Puis présentation du plan pour les trois ans à venir.

Je me surprends à penser que, finalement, le discours est sans fausse note, technique mais humain. Mais surtout franc et transparent. Je me rends compte que je participe vraiment à un moment important de la vie de l’entreprise, que mon investissement financier est reconnu et que j’ai un droit de regard ou tout du moins d’écoute sur le bilan de ma société.

Vient ensuite un moment intéressant car largement traité par la presse et chacun d’entre-nous y est particulièrement sensible : celui de la rémunération du DG. Pour nous convaincre, nous avons le droit à un Powerpoint nous expliquant en détail la manière dont est calculé ce salaire :

  • Une partie fixe : qui est votée par le conseil d’administration et stable depuis 4 ans.
  • Trois parties variables, en fonction des performances et de l’atteinte des objectifs : il s’agit de primes et une part à long terme (échelonnée sur 3 ans) qui est constituée d’action du groupe.
  • Une partie dite périphérique : régime de retraite, avantages en nature…

Les dirigeants mettent l’accent sur la réglementation, la possibilité de mesurer objectivement tous les items pour calculer ce salaire. Il est vrai que l’image plutôt négative des entreprises du CAC40 et le contexte économique et politique n’aidant pas, j’ai senti une vraie volonté de justifier le salaire du directeur général.

Alors j’ai été attentive aux questions des actionnaires à ce sujet, certains félicitant le directeur d’avoir tenu bon, de présenter un bilan « honorable » et d’autres critiquant les salaires déments attribués à des dirigeants qui se contentent de maintenir le navire à flot, pendant la tempête. Au fond ce qui m’intéressait n’était pas de savoir comment était calculé ce salaire, pour cela je fais confiance à la volonté des cadres de l’entreprise pour respecter la législation. J’avais plutôt envie de savoir si le directeur général méritait ce salaire, s’il estimait lui-même valoir ce salaire.

N’ayant pas suffisamment de courage pour poser une question, entre la demande d’une actionnaire sur le montant provisionnel quant à la gestion des litiges et l’intervention d’une altermondialiste, j’ai réfléchi.

La place de DG est complexe : ils ont rappelé plusieurs fois l’augmentation des réglementations mais cela ne semble déranger personne, dans la salle aucune réaction. Alors est-il facile aujourd’hui de diriger une entreprise du CAC 40 ? Ne pas prendre de risque n’est-il pas finalement la plus sage décision, la plus difficile à faire respecter par l’ensemble des acteurs ?

Je pense que ce Directeur Général avait du mérite, non celui d’entreprendre, de vouloir conquérir de nouveaux horizons, mais bien de maintenir à flot, de vouloir continuer avec le même esprit et les mêmes valeurs qui l’animent depuis ces débuts dans l’entreprise. Mérite-t-il son salaire ? Ce n’est pas la question que je devrais me poser. Mais bien, fait-il ce que je pense être nécessaire pour l’entreprise ? Oui, je le pense.

J’ai assisté à un moment fort dans la vie d’une entreprise et même si beaucoup d’actionnaires partent avant le vote ou que ma voix n’aura pas beaucoup de poids, j’ai pris part à cette assemblée générale.

Mais je m’inquiète du manque d’investissement des actionnaires, non pas financier mais intellectuel et culturel. Il s’agit d’une entreprise privée, chacun devrait avoir conscience de l’importance de sa voix, de sa pensée, de son implication et pourtant je n’ai vu quasi que des hommes, travaillant dans cette entreprise et plutôt âgés. Alors une question me vient à l’esprit : qu’en est-il de l’avenir ?