Européennes : pire que les constructivistes, les « bande-mou » !

L’enthousiasme est du côté du FN, la déprime du côté des abstentionnistes et la débandade des partis gestionnaires !

Par Philippe Bouchat.

img contrepoints335La messe est dite. À en croire les médias, la peste brune s’est abattue sur la France et les anti-européens déboulent à Strasbourg. Certes, le FN devient le premier parti de France et les anti-Européens – qu’il faut arrêter d’appeler eurosceptiques – deviennent, avec 145 eurodéputés, la troisième formation politique de l’hémicycle continental, derrière le conglomérat du parti populaire européen et les socialistes. Ça, c’est pour le théâtre politique, l’apparence. Faut-il dès lors avoir peur et s’en émouvoir comme la pensée unique médiatique européenne le fait dans ses gros titres ?

Prenons de la hauteur et analysons sereinement.

En France, le taux d’abstention a été de 57%. Le corps électoral comptant 44 millions de citoyens, cela signifie que 19 millions de Français se sont rendus aux urnes. Le FN récoltant 25% des suffrages, cela signifie que 4,75 millions de Français ont voté pour le parti lepéniste, soit 11% du corps électoral. Première conclusion : 89% de Français en âge de voter ne se sont pas rendus aux urnes pour voter FN. Cela permet de relativiser la « catastrophe » proclamée : 9 Français sur 10 ne votent pas FN !

Le véritable séisme est le suivant : si on cumule les voix des partis dits de gouvernement, à savoir l’UMP, le centre (UDI-MODEM), le PS et les Verts, on en arrive péniblement à 54% des suffrages, soit 23% du corps électoral. Deuxième conclusion : moins d’1 Français sur 4 votent pour les partis traditionnels de gouvernement !

Résumons. 57% ne votent pas, 23% votent pour les partis de gouvernement et 11% pour le FN.

Que disent ceux qui s’abstiennent ? La politique ne m’intéresse pas ou plus. Que disent ceux qui votent FN ? La politique est un combat, celui de la Patrie française qui doit lutter contre tous ses ennemis que sont Bruxelles, les immigrés, l’euro, la mondialisation. Que disent ceux qui votent pour les traditionnels ? Rien ! Soit ils votent par habitude pour tel parti, soit pour un « programme » qui est un catalogue de mesures techniques incompréhensibles. Voilà le cœur du problème : les partis traditionnels ne disent plus rien, ils sont devenus gestionnaires, mais ne proposent aucune (H)histoire aux Français ! Les partis gestionnaires ne font pas rêver, ils ne font plus bander…

Pourquoi y a-t-il des gouvernants ? Pour écrire l’Histoire ! Les rois de France ont écrit l’Histoire, Napoléon et De Gaulle ont écrit l’Histoire. La IIIe et la IVe républiques n’ont pas écrit l’Histoire et ont disparu sans éclat, empêtrées dans le marais des grenouilles partisanes. Mais la chienlit de Mai 68 est passée par là et a tout cassé après De Gaulle et Pompidou. Depuis VGE, les gouvernants n’écrivent plus l’Histoire, ils la subissent et deviennent gestionnaires, des boutiquiers , des peine-à-jouir !

Or, les Français – et c’est vrai de tous les peuples européens – ont besoin de se projeter dans une vision, un rêve, une utopie, bref dans l’Histoire. Voilà pourquoi les Français se détournent de la démocratie en s’abstenant dans leur majorité : puisqu’on a rien à me raconter, je ne vous écoute pas, je ne vous écoute plus ! Voilà pourquoi, le FN vole de succès en succès : c’est le seul parti qui raconte une histoire : celle d’une certaine vision (étriquée) de la France pour laquelle le FN invite à se battre. L’enthousiasme est du côté du FN, la déprime du côté des abstentionnistes et la débandade des partis gestionnaires !

Pour lutter contre le FN et surtout faire revenir les abstentionnistes dans les isoloirs, qu’on arrête ce catastrophisme ambiant (la seule histoire que les médias ont à raconter) et surtout qu’on arrête les programmes volumineux, techniques et démobilisateurs ! Mais bon sang : qui peut se mobiliser avec enthousiasme pour un taux d’emploi, un pourcentage de PIB, une transition écologique, etc. ?! Cela ne fait rêver personne ! Oui, cela est important, oui il est nécessaire d’avoir des gestionnaires rigoureux, compétents et honnêtes. Mais cela est secondaire. L’essentiel, c’est de transporter les Français au-delà d’eux-mêmes ! Qu’on nous propose de l’innovation, de la création, d’aller sur Mars, d’avoir des prix Nobel, de vanter le patrimoine gastronomique, culturel, archéologique, patrimonial, historique ! Messieurs et Mesdames (surtout Mesdames), faites-nous bander !

Invitez-nous à voyager, à avoir de l’audace, le goût du risque et de l’aventure. Alors oui, seulement, les Français retrouveront le chemin des urnes et le FN reculera de lui-même n’étant plus le monopole de l’enthousiasme…

Alexandre Jardin a raison !