Bourse : ce triste capitalisme à la française

La stratégie des poids lourds du CAC 40, en particulier semi-publics, laisse beaucoup à désirer et doit pousser les investisseurs à s’interroger.

Un article du site L’Investisseur Français.

Christophe de Margerie, PDG de Total (Crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)
Christophe de Margerie, PDG de Total

Total

Chez Total, on s’obstine à distribuer un dividende supérieur au cash flow disponible.

Les marges et les retours sur capitaux investis diminuent sans cesse, mais qu’importe : la compagnie s’endette pour maintenir l’aberration.

Le management – véritable armée mexicaine – perpétue une longue tradition d’allocation du capital déficiente : quand il ne dilapide pas ce dernier en distributions excessives et fiscalement désavantageuses, il acquiert à prix délirant (SunPower).

Orange

Orange distribue aussi un dividende supérieur à son free cash flow. Bien décidé à traire la vache – jusqu’à la sécheresse finale ? – l’État ne laisse au management aucune latitude opérationnelle (reconnaissons toutefois à Stéphane Richard le mérite d’avoir essayé).

Le contexte européen est particulier : l’industrie des télécoms est lourdement régulée, sans possibilités de marges ; avec des coûts de maintenance des infrastructures et du personnel parfaitement prohibitifs, la menace d’étranglement est permanente.

Orange se retrouve contraint de chasser la croissance à l’étranger (seul échappatoire), plus spécifiquement sur des marchés où le risque politique et économique est maximal.

GDF Suez

Chez GDF Suez, le dividende est à peine couvert par le free cash flow – mais l’entreprise est peut-être l’exemple le plus grotesque de sabotage étatique d’une affaire initialement brillante, car monopolistique et à très hauts retours sur capitaux.

Le management s’est rendu prisonnier d’une structure de coûts absurde (les contrats d’approvisionnements courent sur vingt ans et ont été signés au plus mauvais moment), le risque de marché est permanent (le prix du gaz est contrôlé par le gouvernement en place), et la quête de la croissance à tout prix aura conduit à un double désastre : l’acquisition de Suez (surpayée dix fois) puis celle d’International Power (surpayée trois fois – on saluera quand même le progrès réalisé !)

Si d’aventure on voulait décerner la médaille d’or de la destruction de valeur, la direction de GDF Suez s’annoncerait comme un lauréat de choix.

Veolia

Chez Veolia, la catastrophe vire à la caricature : même avec un levier conséquent, les retours sur capitaux propres demeurent inférieurs à ceux d’un livret A.

Une sur-diversification sans queue ni tête des activités couplée à un endettement excessif (la dette est plus de vingt fois supérieure au cash flow disponible !) ne laisseront à terme que deux options : un appel au marché (et avec lui, une dilution potentiellement létale pour les actionnaires historiques) ou bien des cessions d’actifs, ultimes bouffées d’oxygène désespérées pour refinancer la dette (à un taux inévitablement plus élevé).

Indice : au dernier repaiement, le cash flow disponible a été divisé par deux sur l’exercice suivant. Traduction : pour rembourser ses créanciers, Veolia a cédé son (ses) activité(s) parmi la (les) plus profitable(s).

Vendre les joyaux de la couronne pour durer : c’est la stratégie de l’apnée. À quand l’asphyxie?

Comme le rappelle le bon mot de la sagesse boursière : plus d’argent a été perdu à la poursuite d’un dividende qu’au bout portant d’une arme à feu.

Plus d’un bon père de famille en perdrait le sommeil.

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