Quand la cigarette électronique ringardise l’État

Je le rappelle pour ceux qui n’ont pas suivi : manger trop gras, trop salé, trop sucré, boire de l’alcool sans modération, fumer et conduire trop vite, tout cela tue, immanquablement. Cependant, si vous vivez en France de façon traditionnelle, vous pouvez donc cocher toutes les cases et techniquement, vous êtes mort. Seules les prouesses de la médecine moderne et la câlinothérapie agressive du gouvernement parviennent à vous maintenir en vie, dans ce coma artificiel qu’on appelle citoyenneté française.

Heureusement, une petite lueur d’espoir vient de s’allumer, de façon discrète, à la façon de ces petites loupiotes électroniques qu’on trouve, justement, sur certaines cigarettes électroniques. Ceux qui n’affichent que du mépris pour leur santé et les caisses d’assurance maladie collectivistes connaissent déjà ce fléau fumigène pour l’avoir probablement essayé, sans honte et sans peur de se faire attraper par le Gouvernemaman. Pour les autres, il suffira de rappeler que c’est un dispositif électronique simple qui permet à son utilisateur d’inspirer la vapeur d’un solvant organique (propylène glycol) mélangée de parfum et, souvent, de nicotine.

Ce petit engin remplace avantageusement la cigarette traditionnelle puisque les volutes relâchées ne contiennent plus aucun élément toxique qu’on associe habituellement au tabagisme passif. Il ne produit pas d’odeurs nauséabondes de tabac froid et n’incite pas à aller jouer au babyfoot pendant toute la journée. En outre, il ne crée pas de cendres, le procédé ne dépendant pas d’une combustion (le liquide est juste chauffé pour obtenir de la vapeur). Ainsi, il ne produit aucun des déclencheurs reconnus du cancer.

Sur le papier, c’est donc une nette amélioration de la cigarette traditionnelle qui donnait, certes, un chic certains aux héros hollywoodiens dans les années 50, mais avait le désagréable avantage de répandre des odeurs désagréables et donner une haleine de poney mort. Que voulez-vous, il n’y a pas à tortiller : avant de tuer, fumer pue.

fumer tue

Comme je le notais dans un précédent billet, la cigarette électronique représente un vrai souci pour le gouvernement puisqu’elle n’est, jusqu’à présent, pas vraiment encadrée. Malgré les excitations de caniches cocaïnomanes de la brochette de députés et de sénateurs qui hantent les couloirs parlementaires, la loi n’est pas encore parvenue à rattraper le rythme des évolutions technologiques. Il y a donc comme une zone grise qui entoure la cigarette électronique, et pour une fois, ce n’est pas la faute des fumeurs.

Ce qui n’a pas empêché Marisol Touraine, actuellement ministre de la Santé et d’Un Tas d’Autres Choses Importantes, d’émettre des avis, commodément négatifs, sur cette nouvelle technologie, avis qui sont rapidement devenus des prétextes à une bordée d’interdictions pour le moment à l’étude mais, on s’en doute, bientôt réalité.

En vertu de quoi, il s’agira de trouver de bonnes raisons pour que la cigarette électronique soit, elle aussi, mise en accusation par le gouvernement et vouées aux gémonies du peuple qui frétille de bonne santé et ne se vautre pas dans la babyfooterie facile. Par exemple, on pourra dire que la cigarette électronique est moche, que c’est un symbole phallique qui montre la dérive intellectuelle de certains pervers fumistes, qu’elle fait un petit bruit bizarre lorsqu’elle chauffe son solvant délétère, qu’elle n’est pas certifiée bio, etc…

Évidemment, ça ne suffira pas. Pour des raisons de santé, on l’accusera donc d’inciter les anciens fumeurs à retomber dans leur vice, ou (pire que tout) à pousser les non-fumeurs à essayer le tabac, notamment les plus jeunes, influençables et proies faciles au marketing débridé des vendeurs d’appareils. Horreur des horreurs lorsqu’on imagine alors que la cigarette électronique n’est qu’une ouverture doucereuse vers le tabac, qui, on le sait, mène vers le haschich, qui, on le sait, mène vers la cocaïne, qui, on le sait, mène vers l’héroïne qui ne peut aboutir qu’à la politique et à l’interventionnisme étatique rabique. C’est véritablement affreux, et ça justifie amplement qu’on interdise tout ce bazar vite fait, non mais.

grumpy cat fumer et cancer du poumon

Sauf que flute et crotte, une récente étude (pratiquée tous les ans avec la même méthode sur les collégiens et lycéens) montre que le tabac est en perte de vitesse, avec une baisse de 9% du tabagisme chez les jeunes âgés de 12 à 19 ans, entre 2011 et 2014. Parallèlement la proportion de lycéens et collégiens ayant essayé la cigarette électronique a explosé : 39% en 2014 contre 10% en 2011. Fichtre zut, la cigarette électronique prend des parts de marché au tabac traditionnel !

Pourquoi zut ? Parce qu’il semble bien que l’e-cigarette n’apparaît pas comme un facteur d’augmentation du tabagisme, ni même, selon l’étude, « comme un produit d’initiation du tabac ». Pire : cette invention renvoie le tabac au rang de bricolage nauséabond pour vieux croûtons. Eh oui, là où la cigarette pue, la cigarette électronique, elle, sent bon et n’incommode pas les autres. Elle est en outre bien moins coûteuse que le tabac. Et pompon de l’affaire, de récentes recherches médicales tendent à prouver de façon troublante que la nicotine seule ne provoque pas de dépendance, ni sur les essais animaux, ni sur les essais humains actuellement en cours (avec ces cigarettes électroniques notamment).

Et là, tout d’un coup, la situation se complique follement pour Marisol et ses interdictions.

Comment justifier par un simple argument de santé l’interdiction ou les restrictions de plus en plus fortes à la cigarette électronique si elle ne déclenche pas de dépendance, qu’elle remplace très avantageusement le tabac et qu’elle n’incite pas les jeunes à se lancer dans la fumette ?

Et indépendamment de ce problème de santé publique, qui est en train de se résoudre de façon parfaitement parallèle aux efforts du gouvernement, le fait est que la baisse tendancielle certaine de la cigarette traditionnelle entraîne une baisse des rentrées fiscales, et, par voie de conséquence, de nouvelles difficultés budgétaires : les rentrées fiscales prévues n’arrivent pas. Horreur et désespoir, on ne va pas pouvoir combler le trou de la sécu avec les prochains fumeurs invétérés.

À cet aspect déjà dramatique du point de vue de l’État s’ajoute évidemment celui du lobbying actif de l’industrie du tabac, qui a tout à perdre dans la concurrence avec la cigarette électronique : plus d’addiction veut aussi dire plus de clients captifs, et toute une stratégie à repenser pour espérer même garder des parts de marchés (oublions tout de suite l’espoir d’en gagner).

Quoi qu’il en soit, l’État va devoir rapidement s’adapter au nouveau marché ; comme il perd des rentrées avec ce nouveau gadget et que l’interdire semble un peu délicat puisque maintenant, les raisons objectives manquent franchement, je lui conseille de changer son fusil d’épaule. Ça tombe bien : la guerre contre la drogue n’a finalement jamais fonctionné, et à la place, sponsoriser l’héroïne et le cannabis est probablement une bien meilleure idée. Et pour rappel, une industrie ne merde jamais autant qu’une fois qu’elle passe sous le giron de l’État, le point de non retour avec une agonie définitive étant atteint lorsque ce dernier choisira de titulariser définitivement les trafiquants et revendeur de cannabis.

La technologie n’est pas toujours tendre avec les conservateurs. Et lorsqu’il s’agit de conservateurs socialistes, qui, de surcroît, ne comprennent absolument rien à ce qu’elle recouvre, elle est alors carrément sans pitié.
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