Êtes-vous libéral ?

Les libéraux sont plus nombreux qu’ils le pensent. Attention, vous êtes peut-être l’un d’entre eux.

Par Baptiste Créteur.

Si tous ceux qui se battent pour une quelconque liberté comprenaient qu’ils étaient engagés pour la même liberté, beaucoup plus d’entre eux se découvriraient libéraux.

Le parti libertarien du Canada l’a bien compris, unissant les défenseurs de libertés diverses derrière un seul slogan, pour le moins osé :

Je veux que des couples homosexuels mariés puissent protéger, l’arme au poing, leurs pieds de marijuana.

Et force est de constater que les causes libérales sont aussi nombreuses que leurs adhérents ont des profils différents.

Les amateurs de cannabis veulent qu’il soit légal d’en cultiver, d’en posséder et d’en vendre. Les défenseurs du droit au port d’arme veulent pouvoir en détenir librement. Les agriculteurs pratiquant la permaculture refusent certaines normes et réglementations ainsi que les subventions à une agriculture intensive déraisonnée. Les hommes d’affaires honnêtes refusent les subventions et collusions. Les conspirationnistes craignent le pouvoir en général. Les religieux pratiquants de toutes confessions refusent l’école centralisée et laïque. Les ennemis de la finance s’opposent (ou devraient s’opposer) au pouvoir des banques centrales.

Certains défenseurs de ces causes se savent et se disent libéraux. Mais beaucoup sont aveuglés par leur passion et défendent leur liberté, une liberté particulière, plutôt que la liberté.

Une partie minoritaire de la droite française s’efforce ainsi de défendre la liberté économique, mais pas la liberté sociale ou des mœurs. Le Front National a un temps fait campagne sur un programme économique partiellement libéral, et de soi-disant « libéraux conservateurs » dissimulent leur prédominant conservatisme derrière les quelques libertés auxquelles ils tiennent. Une position « pro-business » est autant pour les entreprises contre l’État que contre les consommateurs. Et les incohérences atteignent des sommets chez certains socialistes lycéens s’opposant par principe à toute autorité, ce sous-produit de l’exception culturelle française et d’un anti-conformisme de supermarché.

Milton Friedman a démontré l’incohérence d’une position qui ne serait libérale que dans l’économie ou que dans les mœurs. Le contrôle de l’économie mène au contrôle des mœurs et vice-versa.

Si on admet certains libertés alors qu’on en refuse d’autres, on ne défend pas réellement la liberté et on ne peut la faire avancer que partiellement et presque par inadvertance. Le libéral authentique est celui qui défend la liberté comme un principe ; il privilégie les moyens à la fin, et laisse chacun se faire sa propre idée de ce qu’est une bonne fin. Il y a plusieurs raisons de défendre la liberté, notamment :

  • Elle est le système le plus juste, où la coopération est toujours volontaire et la coercition est absente.
  • Elle est le système le plus tolérant, laissant chacun agir selon ses préférences en respectant autrui.
  • Elle est le système le plus efficace, chaque décision étant prise par les individus pour eux-mêmes selon leur meilleur intérêt perçu.
  • Tout autre système et dangereux, car la collectivisation et la centralisation ne se font pas sans heurts et accroissent le risque d’erreur dans toute décision.

Mais d’une façon générale, les libéraux préfèrent la liberté individuelle au contrôle, le libre-arbitre au fatalisme, la responsabilité individuelle à la centralisation des décisions, le marché à l’interventionnisme.

S’il est si difficile de se reconnaître ou s’admettre libéral aujourd’hui, c’est parce que l’image donnée partout du libéralisme et celle du libéralisme de dupes de Wall Street et des hommes d’affaires liés de près aux hommes politiques : le capitalisme de copinage.

Nombreux sont en effet les chefs d’entreprise qui veulent le beurre et l’argent du beurre, sont contre les impôts mais pour les subventions, dénoncent les suppressions d’emploi quand une régulation les menace mais appellent l’État à la rescousse quand la concurrence rage ou quand la faillite menace. Et ceux qui défendent la liberté sans la responsabilité, conçoivent le même long terme et ont la même intégrité qu’un homme politique : la fin du mandat, la prochaine échéance.

Il est bien entendu impossible que chacun tire parti de la même façon d’un État arbitraire ; les lobbies se développent, défendant tantôt la liberté et tantôt le contrôle. Chacun cherche à tirer la couverture à soi, même certains particuliers qui veulent contribuer toujours moins et recevoir toujours plus.

Le seul système juste est celui qui ne prend pas plus qu’il ne donne ; c’est un système libéral où les échanges et interactions sont volontaires.

Si vous l’admettez, alors, vous êtes libéral. Il n’est pas nécessaire de souhaiter la généralisation des armes à feu pour en tolérer la détention et le port, ni de souhaiter que la terre entière fume du crack pour soutenir la légalisation des drogues.

N’hésitez pas alors à vous plonger dans la littérature libérale, pour découvrir si pour vous une police d’État est nécessaire ou dangereuse, si l’État doit protéger la liberté ou ne peut que les menacer, quelle est votre vision (et si vous en avez une) d’une société idéale, quelle est la source de la propriété, etc. Mais ne perdez pas de vue l’essentiel : faire avancer la liberté.

Vous tomberez rarement totalement d’accord avec les autres libéraux : les divergences sont nombreuses et peuvent animer d’interminables discussions. Tant mieux, et tout cela est très intéressant ; mais vous tomberez rapidement d’accord pour affirmer qu’il y a fort à faire pour parvenir à une société libéral-compatible. Alors, retroussez-vous les manches, et rejoignez-nous.